25 juin 2006
REVUE DE PRESSE
Compte rendu
Les Européens se mettent d'accord pour refondre le traité
constitutionnel d'ici à 2009
LE MONDE |
16.06.06 | 15h55 ¤ Mis à jour le 16.06.06 | 15h55
BRUXELLES BUREAU
EUROPÉEN
Les chefs d'Etat
et de gouvernement de l'Union européenne, réunis à Bruxelles jeudi 15 et
vendredi 16 juin, ont décidé de rouvrir le chantier de la réforme des
institutions, interrompu il y a un an par le double non des Français et des Néerlandais
au traité constitutionnel. Un rapport sera présenté par la présidence allemande
en juin 2007 après des consultations extensives avec les Etats membres. Il évaluera
l'état de la discussion et "explorera les évolutions futures
possibles".
Sur la base de
ce rapport, les chefs d'Etat et de gouvernement décideront des mesures à
prendre au plus tard au second semestre de 2008, alors que les nouveaux
dirigeants français, élus en 2007, assumeront leur tour de présidence.
L'objectif est qu'en 2009, avant le renouvellement de la Commission et du
Parlement, l'Union dispose d'institutions rénovées.
La procédure
retenue est celle qui avait fait l'objet d'un accord entre Jacques Chirac et
Angela Merkel, mardi 6 juin à Rheinsberg, au nord de Berlin. Le président français
a affirmé devant le Conseil qu'il faisait confiance à la prochaine présidence
allemande pour présenter des propositions "permettant de relancer le
processus de réforme des institutions". "Cette réforme est
indispensable si l'on veut une Europe plus forte et mieux organisée.
C'est un processus qui prendra du temps et dans lequel la future présidence
française aura certainement un rôle important à jouer", a-t-il dit
lors de son intervention.
Le futur traité
devra reprendre la "substance" du traité constitutionnel en y
ajoutant de "nouveaux éléments", a précisé le chancelier
autrichien Wolfgang Schüssel, qui présidait la réunion. Ces "nouveaux éléments"
restent à définir. Devant le Conseil, le président du Parlement européen, le
socialiste espagnol Josep Borrell, a souhaité que soient préservés "le
compromis global et le système institutionnel du traité constitutionnel".
"CONSENSUS"
Tous les
intervenants ont convenu que le traité de Nice, actuellement en vigueur, ne
suffira pas à assurer le fonctionnement de l'Europe élargie. "Nous ne
pouvons pas dire oui à une Europe élargie et non à des réformes
institutionnelles", a affirmé José Manuel Barroso, président de la
Commission, qui s'est réjoui du "consensus" des Vingt-Cinq en
faveur d'une telle démarche. "Nous avons besoin d'un accord sur les
institutions, a-t-il ajouté, mais nous ne savons pas encore ce qu'il
doit être. Certains disent qu'il faut décréter la mort de la Constitution,
d'autres invoquent la Constitution, toute la Constitution et rien que la
Constitution. Ces deux voies sont des impasses."
En attendant de
parvenir à une solution qui donne satisfaction aux uns et aux autres, M.
Barroso a proposé l'adoption d'une déclaration politique en 2007 à l'occasion
du cinquantième anniversaire du traité de Rome. "J'espère, a-t-il
dit, que ce ne sera pas seulement une commémoration du passé, mais aussi une
manière de marquer notre ambition pour l'avenir." Cette proposition a été
approuvée par le Conseil européen.
"Nous
sommes fondés à faire preuve d'un optimisme raisonnable", a déclaré à l'issue de la journée le
chancelier Schüssel "Ce que nous lançons, c'est une procédure",
a-t-il souligné, en notant qu'il n'y a pas encore de consensus entre les Etats
membres sur les modifications à apporter au traité constitutionnel, mais que la
situation est bien meilleure qu'il y a un an, autorisant l'espoir d'un accord
futur.
Thomas
Ferenczi
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La Pologne
inquiète les eurodéputés
Dans une résolution
adoptée par 301 voix contre 161 et 102 abstentions jeudi à Strasbourg, le
Parlement européen s'est déclaré "profondément préoccupé par la montée
générale de l'intolérance raciste, xénophobe, antisémite et homophobe en
Pologne". Il demande à l'Union d'"aborder le problème de la
participation au gouvernement de la Ligue des familles polonaise, dont les
dirigeants incitent les citoyens à la haine et à la violence". Les députés
souhaitent que la Commission vérifie "si les actions et déclarations du
ministre polonais de l'Education (président de la Ligue des familles) sont
conformes à l'article 6 du traité sur l'Union européenne" qui prévoit
une procédure en cas de non respect des valeurs de l'UE par un pays membre. Le
Premier ministre Kazimierz Marcinkiewicz a récusé ces accusations en se rendant
à Bruxelles. "S'il nous arrive d'identifier des affaires de ce genre,
notre Constitution est sans pitié pour les punir", a-t-il dit. -
(Corresp.)
Article paru
dans l'édition du 17.06.06
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Les Vingt-Cinq se donnent jusqu'à 2008 pour réformer les
institutions
LEMONDE.FR |
16.06.06 | 06h55 ¤ Mis à jour le 16.06.06 | 07h54
Les chefs d'Etat
et de gouvernement des Vingt-Cinq ont fait assaut d'optimisme, jeudi 15 juin,
lors de leur conseil à Bruxelles, un an après les "non" français et
hollandais qui ont plongé l'Europe dans une crise profonde. Les décisions
qu'ils ont prises sont pourtant uniquement procédurales.
Selon un texte
auquel les dirigeants ont donné jeudi soir leur accord de principe, ils décideront
"au plus tard au second semestre de 2008" comment poursuivre
le processus de réforme des institutions européennes, une échéance acceptée
malgré des grincements de dents, notamment du côté polonais, où l'on voulait
une extension indéfinie de la période de réflexion. Les élections pour le
Parlement européen de juin 2009 sont considérées de manière informelle comme
une échéance afin d'adopter cette solution, a expliqué le chancelier
autrichien, Wolfang Schüssel.
La présidence
allemande sera chargée, en juin 2007, de rédiger un rapport "explorant
les évolutions futures possibles". Ce sera ensuite à la France, qui
assurera alors la présidence de l'Union, qu'il appartiendra de gérer la renégociation
du traité.
Cet important délai
s'explique, d'une part, par les échéances électorales en France et au Pays-bas
au printemps 2007. Il est jugé nécessaire, d'autre part, pour trouver un
terrain d'entente sur la manière de mettre en vigueur les réformes
institutionnelles prévues par la Constitution et qui font consensus.
LA FRANCE ET
LES PAYS-BAS INVITÉS À FAIRE DES PROPOSITIONS
Les 15 pays -
bientôt 16, avec la Finlande - qui l'ont ratifiée, dont l'Allemagne, l'Italie
et l'Espagne, veulent sauvegarder l'essentiel de ce texte qui permet de prendre
plus facilement des décisions. Ils ont invité Paris et La Haye à sortir de leur
mutisme sur les institutions. "Seize ont dit 'oui,' deux 'non'. Il est
normal que ceux qui ont les premiers dit 'non' fassent des propositions pour
clarifier la situation", a déclaré le premier luxembourgeois,
Jean-Claude Juncker, lors d'un sommet démocrate-chrétien jeudi à Bruxelles.
Certains n'ont pas hésité à prédire un nouveau vote français.
Mais la France
et les Pays-Bas sont bien en peine de dire ce qui devrait être fait : ils ne se
voient pas reposer la même question à leurs citoyens et se demandent même quel
type de traité pourrait passer le cap d'une opinion publique très rétive.
Plusieurs pays qui n'ont pas encore ratifié le texte, comme le Portugal,
l'Irlande, voire le Danemark ou la Suède se posent des questions sur les
risques électoraux qui sont liés. La Pologne, la Grande-Bretagne et la République
tchèque n'ont quant à elles aucune intention de présenter à leurs opinions
publiques un texte qu'elles considèrent comme mort, même si Londres est prêt à
faire entrer en vigueur certaines dispositions du texte, notamment sur les
institutions.
Avec AFP
L'élargissement
encore au menu des discussions
Les chefs d'Etat
et de gouvernement des Vingt-Cinq abordent vendredi la question de l'élargissement
et de la capacité de l'Union à intégrer de nouveaux membres. Ils devraient
souligner l'importance d'assurer, avec les élargissements futurs, "que
l'UE sera capable de fonctionner effectivement et d'approfondir le projet européen".
Ils devraient aussi valider, sur les recommandations de la Commission européenne,
l'entrée de la Slovénie dans la zone euro au 1er janvier 2007, tout en laissant
pour l'instant sur la touche la Lituanie pour cause d'inflation trop élevée.
En 1993, à
Copenhague, l'UE s'était fixé seulement trois critères à remplir par les
candidats qui souhaitent la rejoindre : critères politiques (démocratie, Etat
de droit, droits de l'homme, respect des minorités), économiques (économie de
marché fonctionnelle) et adoption de l'ensemble des règles européennes. - (Avec
AFP)
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Avenir de l'Europe/Intégration européenne - 14-06-2006 - 16:49
Pas question de détricoter le Traité constitutionnel, affirment
les députés
Dans
une résolution adoptée mercredi 14 juin à Strasbourg, les députés recommandent
de passer de la période de réflexion à une "période d'analyse". Ils réaffirment
leur soutien au Traité constitutionnel et souhaitent que les Etats membres
formulent des engagements clairs sur la poursuite su processus de ratification.
Ils plaident en outre pour un dialogue spécifique avec les Pays-Bas et la
France, où les référendums négatifs de 2005 ont bloqué le processus.
Par
cette résolution "sur les étapes futures de la période de réflexion et
d'analyse sur l'avenir de l'Europe", proposée par la Commission des
affaires constitutionnelles et approuvée par 347 voix pour, 212 contre et 70
abstentions par l'Assemblée plénière, les députés réaffirment leur engagement
"à parvenir, sans retard excessif, à une formule constitutionnelle pour
l'Union européenne", et réitèrent leur soutien au Traité établissant
une Constitution pour l'Europe. Ils mettent en garde contre toute tentative de
"détricoter le compromis global", réalisé en 2004 qui pourrait
aboutir à une Union "affaiblie et divisée". Ils s'opposent
ainsi à "la mise en ∫uvre, fragmentée, de parties de l'accord
constitutionnel global", idée récemment évoquée par certains responsables
politiques français.
Ils
considèrent que si un débat a pu avoir lieu dans certains Etats membres, "nul
débat approfondi n'a été engagé à l'échelle de l'Union" sur l'avenir
de l'Union européenne. De même, estiment-ils, le "plan D" mis sur
pied par la Commission suite aux référendums négatifs de 2006 "n'a pas
encore touché un large public dans l'Union". En attendant, soulignent
les députés, "d'autres pays hésitent à entamer ou à poursuivre le
processus de ratification, de sorte que, dans la plupart des Etats membres
restants, ce processus est au point mort". Les députés invitent ainsi
le Conseil européen à passer de la période de réflexion à une "période
d'analyse", allant jusqu'à la mi-2007, en vue d'arriver "pour
le second semestre 2007 au plus tard, à une proposition claire sur la marche à
suivre en ce qui concerne le traité constitutionnel".
Pour
un dialogue spécifique avec la France et les Pays-Bas
Ils
souhaitent en outre que le Conseil européen demande à chacun des Etats membres
des "engagements clairs" sur les modalités selon lesquelles
ces derniers se proposent de susciter et de mener un débat public ouvert sur
l'avenir de l'Europe. Les députés demandent qu'un cadre approprié soit défini
afin d'établir un dialogue spécifique avec les représentants des pays où le référendum
sur le traité constitutionnel s'est soldé par un résultat négatif pour examiner
si, et à quelles conditions, il leur paraîtrait possible de poursuivre le
processus de ratification.
Les
députés tirent en outre certaines conclusions des discussions qui ont eu lieu
les 8 et 9 mai, à Bruxelles avec des membres des parlements nationaux des Etats
membres, et souhaitent ainsi poursuivre le processus constitutionnel de l'UE.
Le TCE leur paraît constituer un "cadre approprié" pour
relever les grands défis politiques qui se posent à l'Europe. Ils souhaitent
ainsi aboutir à une solution avant la prochaine élection européenne, notamment
par le biais d'un "essentiel" dialogue interparlementaire. Les
députés rappellent en outre leur souhait que la "nécessaire formule
constitutionnelle soit prête pour le moment où les citoyens de l'Union seront
appelés à participer aux élections européennes de 2009". Ils demandent
par ailleurs à la Commission de réaliser une étude sur les coûts engendrés par
la non-entrée en vigueur du TCE à la date initialement prévue, soit le 1er
novembre 2006.
REF.:
20060614STO09037
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Confédération
Paysanne
Un nouvel AMI ?
Un projet de “ marché sans entrave ” entre l∂Union européenne
et les Etats-Unis sort de l∂ombre au Parlement européen. Après l∂AMI, le TCE et
la directive Bolkestein, il faudra se montrer à nouveau vigilants et déterminés
pour repousser ce nouvel avatar néocapitaliste.
Le 18 avril, la commission du commerce international du Parlement
européen approuve à une écrasante majorité le rapport présenté par la député
socialiste allemande Erika Mann, appelant de ses voeux un “ marché
transatlantique sans entrave pour 2015 ”. ( !!!)
Le texte doit être discuté en séance plénière à Bruxelles le 31
mai, et soumis à un vote du Parlement le 1er juin.
Il recommande que, lors du prochain sommet entre l∂Union européenne
et les Etats-Unis, soit dès juin 2006, les deux parties conviennent d∂actualiser
le nouvel agenda transatlantique de 1995 et le Partenariat économique
transatlantique de 1998, et de mettre au point un nouvel accord de partenariat,
couvrant les deux et conduisant à l∂instauration d∂un marché transatlantique
sans entrave d∂ici 2015, “ cet objectif devant être atteint dès 2010 en ce qui
concerne les services financiers et les marchés de capitaux ”.
Si le rapport est approuvé par la majorité des députés européens,
il ouvrira la porte à un processus accéléré. Les partisans du projet souhaitent
que “ le prochain sommet Union européenne - Etats-Unis fixe sans plus attendre
l∂objectif consistant à parachever le marché transatlantique d∂ici 2015 ”
(rapport adopté le 25 avril 2006 par la commission des Affaires étrangères du
Parlement européen).
Le processus est mené dans la plus grande opacité, sans que les
peuples ou les parlements nationaux aient leur mot à dire.
Cela rappelle le projet d∂Accord multilatéral sur les
investissements (AMI), mis en échec en 1998 par sa révélation publique in
extremis et une spectaculaire mobilisation populaire.
Conséquences dramatiques :
Un marché commun entre l∂Union européenne et les Etats-Unis
auraient des conséquences dramatiques sur la construction politique de l∂Europe.
La désagrégation de l∂Union dans une grande zone de libre-échange
irait à l∂opposé du souhait d∂une majorité d∂Européens de voir se réaliser une
Europe sociale, basée sur les principes de solidarité.
Un an après la première tentative de passage d∂une constitution
qui n∂en était pas une, toute acquise aux thèses néocapitalistes, voici un
nouvel avatar pour une Union européenne en pleine crise de légitimité.
Les paysans et les consommateurs ne peuvent se désintéresser de la
manoeuvre : un marché transatlantique sans entrave signifie l∂ouverture des
champs, des étables et des frigos européens aux OGM, à l∂hormone laitière et au
boeuf aux hormones. De nombreux territoires sont également menacés de
ressembler à terme à l∂Etat américain du Wisconsin, vidé de ses paysans, où
seules émergent des “ usines ” à lait ou à viande.
La plus grande vigilance et une mobilisation sans faille seront
donc nécessaires si les députés européens laissent passer un tel projet.
Et si nous demandions un référendum ? ”
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Les Vingt-Cinq se mettent d'accord pour ouvrir des négociations
concrètes avec la Turquie
LEMONDE.FR |
12.06.06 | 14h19 ¤ Mis à jour le 12.06.06 | 14h26
Les ministres
des affaires étrangères des pays membres de l'Union européenne sont parvenus,
lundi 12 juin, à un compromis sur l'ouverture du premier chapitre des négociations
d'adhésion de la Turquie à l'Union européenne, malgré l'opposition des
Chypriotes.
Les discussions
de rapprochement entre l'Union européenne et la Turquie étaient entrées dans
une phase plus que délicate quelques heures plus tôt, après que Nicosie a réclamé
qu'Ankara reconnaisse les autorités chypriotes grecques avant la poursuite des
négociations. Après des débats électriques, les ministres des Vingt-Cinq sont
parvenus à convaincre Nicosie de mettre un bémol à ses desiderata, pour ne pas
bloquer le dialogue avec Ankara.
Les ministres
des affaires étrangères des Vingt-Cinq sont réunis à Luxembourg pour un conseil
d'association UE-Turquie où devrait être clôturé le premier des 35 chapitres
des négociations d'adhésion entamées avec Ankara le 2 octobre dernier, qui
concerne la science et la recherche. Le contenu de ce chapitre ne pose aucun
problème, puisque la Turquie se contente d'accepter la législation
communautaire en la matière. Mais sa clôture serait un signal important, alors
que les relations se tendent entre Bruxelles et Ankara.
"Nous
devons maintenant nous assurer que nous donnons aux Turcs un signal
positif", avait déclaré
à son arrivée le ministre des affaires étrangères
luxembourgeois, Jean Asselborn. Mais les Chypriotes grecs, entrés dans l'UE en
2004, ne l'entendaient pas ainsi. Disposant, comme chaque pays, d'un droit de
veto; ils ont exigé d'inclure dans ce chapitre une référence à l'obligation
pour la Turquie de normaliser ses relations avec Nicosie, alors qu'il s'agit
d'un chiffon rouge pour Ankara.
NÉGOCIATIONS
ULTRASENSIBLES
La Turquie, qui
occupe depuis 1974 la partie nord de Chypre, estime que la normalisation avec
Nicosie est liée à l'approbation d'un plan de réunification de l'ONU, rejeté
par les Chypriotes grecs en 2004. Les 24 partenaires de Chypre, tout en
soutenant sa demande sur le fond, ont estimé que le chapitre sur la science et
l'éducation n'était pas le bon cadre pour cette référence.
Les négociations
d'adhésion avec la Turquie, bien qu'officiellement ouvertes depuis octobre
2005, ne sont pas encore dans une phase active. Celle-ci suppose l'ouverture un
par un, décidée à l'unanimité des 25, de chacun des 35 volets thématiques.
Malgré le compromis trouvé, les difficultés rencontrées lundi témoignent du
caractère ultrasensible des pourparlers avec la Turquie, prévus pour durer au
moins dix ans.
En octobre,
l'ouverture formelle des négociations d'adhésion avaient déjà tourné au mélodrame,
plusieurs Etats membres, à commencer par l'Autriche, étant ouvertement hostiles
à une adhésion à terme de ce pays à cheval entre l'Europe et l'Asie, et à
majorité musulmane.
Avec AFP et
Reuters
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Les Vingt-Cinq autorisent les régies pour le transport public
local
LE MONDE |
10.06.06 | 14h46 ¤ Mis à jour le 10.06.06 | 14h46
BRUXELLES BUREAU
EUROPÉEN
Les ministres
des transports de l'Union européenne, réunis vendredi 9 juin à Luxembourg, se
sont mis d'accord pour harmoniser les conditions dans lesquelles les
collectivités publiques passent des contrats de transports locaux. Le règlement
qu'ils ont adopté, "relatif aux services publics de transports de
voyageurs par chemin de fer, par route", reconnaît l'existence
d'obligations de service public dans ces secteurs et admet que les
compensations accordées aux opérateurs pour qu'ils les respectent ne sont pas
des aides d'Etat, ce qui constitue une grande victoire pour la France.
Ce texte dit
aussi que les collectivités publiques sont libres d'administrer leurs services
de transports collectifs (bus, tramway, métro) comme elles le souhaitent : soit
en les confiant au secteur privé, et en respectant des règles de concurrence,
soit en les confiant à des "opérateurs internes" (comme les régies
en France), à condition de leur imposer un cantonnement géographique.
En cas de dévolution
au secteur privé, il faudra organiser des appels d'offres, à partir de seuils
que le règlement détermine, en fonction, notamment, du nombre de kilomètres
devant être parcourus, et qui exonèrent petites collectivités et PME. Cela ne
changera rien en France, où les règles imposées par la loi Sapin sont plus sévères.
Quatre pays de
petite superficie (Grèce, Luxembourg, République tchèque et Malte) se sont
abstenus lors du vote final, faute d'avoir pu relever ces seuils.
En cas de refus
de la concurrence, l'opérateur qui obtiendra un monopole ne devra plus aller
chez le voisin. Cette disposition a été voulue par les Italiens et les
Espagnols, qui en ont assez de voir la France attaquer leurs marchés, comme EDF
l'a fait pour l'électricité, tout en protégeant le sien. Elle s'appliquera à la
RATP, qui gère les transports parisiens. L'Ile-de-France devra choisir, soit de
la mettre en concurrence avec d'autres opérateurs à l'occasion d'un appel
d'offres, soit de la faire passer sous son contrôle intégral, pour lui garantir
son monopole. Dans ce cas, la RATP n'aura plus le droit de participer à des
appels d'offres en province ou à l'étranger.
REVOIR LES
CONTRATS
L'eurodéputé
socialiste français Gilles Savary a aussitôt salué le vote du Conseil : "Il
va sécuriser le financement public des obligations de service public dans les
transports", explique-t-il. "Autrement, la jurisprudence de la
Cour de justice des Communautés européennes appliquerait les règles du marché
intérieur dans toute leur rigueur", prévient-il. Certains diplomates
français observent ainsi que ce texte valide les aides que les régions
attribuent à la SNCF afin qu'elle propose des tarifs spéciaux (étudiants, moins
de 25 ans...).
M. Savary se réjouit
aussi de ce que le règlement "respecte le principe de libre
administration des collectivités locales", puisqu'il les autorise à
choisir leur mode de gestion. Il estime avoir "contribué" à
cette victoire en faisant adopter par le Parlement européen un amendement qui
soutenait ce principe, en novembre 2001, et que le commissaire chargé des
transports, Jacques Barrot, a repris à son compte, au mois de juillet 2005. "Pour
la première fois, le droit européen reconnaît la gestion en régie directe et
sans concurrence !", se réjouit-il. Le texte, qui doit revenir devant
le Parlement, pourrait entrer en vigueur en 2022 ou 2023, ce qui laisse aux
collectivités le temps de revoir leurs contrats.
Rafaële
Rivais
Article paru
dans l'édition du 11.06.06
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Traité constitutionnel: Merkel et Chirac veulent une décision fin
2008
AFP 06.06.06 |
14h35
Jacques Chirac
et Angela Merkel ont reconnu mardi la nécessité d'une pause pour réviser le
traité constitutionnel européen, adopté par certains pays et rejeté par
d'autres dont la France, à condition que des décisisions soient prises avant
fin 2008.
"Nous
sommes d'accord pour dire que le traité constitutionnel reviendra à l'ordre du
jour pendant la présidence allemande, après une pause de réflexion", a déclaré
la chancelière allemande lors d'une conférence de presse à l'occasion d'un
sommet informel avec le président français.
A l'issue de la
période allant de la présidence allemande de l'Union européenne, début 2007, à
la présidence française qui s'achèvera fin 2008, "il faudra arriver à une
décision", a jugé Mme Merkel.
Jacques Chirac a
pour sa part assuré qu'il faisait "confiance à la présidence allemande
pour lancer le train dans la bonne direction".
Les Français ont
rejeté le 29 mai 2005 la constitution européenne, bloquant de facto le
processus de ratification de ce traité.
"Nous
sommes dans une certaine difficulté dont nous sortirons, naturellement", a
assuré le président français, tandis que Angela Merkel soulignait qu'"une
phase de réflexion est une phase de réflexion" dont "le résultat ne
peut être donné à l'avance".
L'Allemagne veut
sauver le traité constitutionnel, en dépit du rejet français et néerlandais.
Paris juge pour sa part que ce texte ne peut être soumis aux Français dans les
mêmes termes que celui qui a été rejeté l'an dernier.
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POLITIS
Jeudi 25 mai
2006
Vers un grand marché transatlantique
Economie : Le
Parlement européen se prononcera fin mai sur une zone de
libre-échange
sans entrave entre les Etats-Unis et l'Union européenne. La
décision a été
prise sans consultation et avec l'étroite collaboration des
multinationales
américaines et européennes.
La mise en oeuvre
d'une zone de libre-échange entre les Etats-Unis et l'Union
européenne est
une affaire entendue et elle ne souffre aucune consultation.
La commission du
commerce international du Parlement européen a en effet
voté le 20
avril, sans rencontrer d'opposition et avec le soutien des
députés
socialistes, un rapport (1) qui ne cache pas sa volonté de mettre en
place rapidement
cette ambition. Des organisations comme la Coordination
paysanne européenne
(CPE), l'américaine National Family Farm Coalition
(NFFC) et Food
and Water Watch, une association américaine de consommateurs
parente de
Public Citizen, ont appris la nouvelle non sans s'inquiéter de
l'accélération
du calendrier dans un communiqué intitulé " Non à la zone de
libre-échange
Etats-Unis-Union européenne ". Car, fin mai, le Parlement
européen se
prononcera sur ce rapport présenté par la rapporteur socialiste
Erika Mann
(Allemagne).
La député européenne
appelle de ses voeux un " marché transatlantique sans
entraves pour
2015 ", cet objectif devant être atteint " dès 2010 en ce qui
concerne les
services financiers et les marchés de capitaux ". Elle y
indique que lors
du prochain sommet entre les Etats-Unis et l∂Union
européenne, prévue
en juin, il soit convenu d'actualiser le " nouvel agenda
transatlantique
de 1995 et le Partenariat économique transatlantique de 1998
", pour
mettre au point " un nouvel accord de partenariat transatlantique
qui couvre les
deux ". Après une longue parenthèse, le projet de zone de
libre-échange
impulsé par les multinationales du Trans Atlantic Business
Dialogue (TABD),
une organisation regroupant la quintessence des entreprises
multinationales
européennes et américaines, verrait ainsi le jour dans les
plus brefs délais.
Dans le cas d∂une adoption du rapport par une majorité de
députés européens,
la porte serait en effet grande ouverte " à un processus
accéléré ",
préviennent plus d∂une vingtaine d∂organisations (2) qui ont
dénoncé cette opération
menée " dans la plus grande opacité, sans que les
peuples ou les
parlements nationaux aient leur mot à dire ".
Ce passage à la
vitesse supérieure n'a rien d∂anodin, explique René Louail,
membre du bureau
de la CPE : " Le fait que l'Organisation mondiale du
commerce soit en
panne dans les négociations actuelles du cycle de Doha,
notamment sur les
politiques agricoles, permet ce genre d∂initiative. Les
accords bilatéraux
de libre-échange sont un moyen de contourner les
difficultés
". Le rapport d'Erika Mann préconise de suivre la voie d'un "
partenariat économique
transatlantique renforcé " dans une optique purement
libérale qui
exige de s'en remettre à l'OMC en cas de différends
commerciaux,
afin d'éviter le recours à des " mesures protectionnistes ".
"
Les entraves réglementaires
sont devenues l'un des obstacles les plus
importants aux échanges
et aux investissements entre l'UE et les Etats-Unis
" et "
les exigences [sont] excessivement lourdes en matière d'étiquetage ",
explique-t-on
aussi. La CPE se demande " ce qu'il adviendrait alors de
l'interdiction
dans l'Union européenne de l'hormone laitière et des hormones
de croissance
bovine. Les Européens se verraient-ils imposer des OGM non
étiquetés ? C'est notre
droit à choisir notre alimentation et ses méthodes
de production
qui seraient foulés du pied si un tel projet voyait le jour ".
Le document a
pourtant été approuvé à une écrasante majorité par plusieurs
commissions du
Parlement européen, consultées pour avis, et ne s'intéresse
pas qu'à
l'agriculture. La zone de libre-échange se doit de " reconnaître le
rôle important
de l'énergie nucléaire pour la production d'énergie sans
émission de
carbone et poursuivre les recherches conjointes portant sur
l'amélioration
de cette technologie vitale ". Et pour ce qui concerne les
marchés publics,
le rapport " recommande qu'un inventaire complet de toutes
les entraves
d'ordre juridique, pratique et technique aux marchés publics
transfrontaliers
entre les deux partenaires et une liste des mesures à
adopter pour y
remédier soient formellement adoptés lors du sommet de 2006
", c'est-à-dire
dans quelques semaines.
" La désagrégation
de l'Union européenne dans une grande zone de
libre-échange
irait à l'opposé du souhait d'une majorité d'Européens d'une
Europe sociale,
basée sur des principes de solidarité ", s'inquiète les
organisations
opposées à la zone de libre-échange. Ce souhait, exprimé
notamment par
les " non " au Traité constitutionnel européen en mai 2005, a
peu de chance d'être écouté
lors du prochain sommet transatlantique. Les
dirigeants de
multinationales du TABD sont à l∂origine du projet de
partenariat économique
transatlantique et le calendrier des négociations
avance au rythme
des propositions des multinationales membres de cette
organisation qui
a établi des liens étroits avec la Commission européenne
(3). A tel point
que les grands patrons présentent chaque année un rapport
qu∂ils
remettent en mains propres aux dirigeants politiques en marge des
sommets
transatlantiques. Ainsi, le rapport 2005 du TABD a inspiré en grande
partie le
rapport d'Erika Mann.
Si tout va bien,
lors du prochain sommet, il ne restera plus qu'à valider un
document fourni
clé en main par des multinationales.
Thierry Brun
(1) Rapport
final sur les relations économiques transatlantiques
UE-Etats-Unis,
commission du commerce international, Commission du commerce
international.
(2) Les
signataires français sont Action consommation, Attac France, la
Confédération
paysanne, la Fondation Copernic, Pour la république sociale
(Jean-Luc Mélenchon),
l'Union syndicale Solidaires, l'Urfig.
(3) Lire Europe,
la trahison des élites, Raoul Marc Jennar, 2004.
++++++++
POLITIS
Un accord de
longue date
Expédié en
quelques heures, le sommet Etats-Unis-Union européenne de juin
2005 à
Washington s'est achevé par l'adoption d'une série de propositions
concoctées par
le Trans Atlantic Business Dialogue (TABD), un groupe
transatlantique
de multinationales dont les recommandations sont suivies par
la Commission
européenne. La décision est prise quelques semaines après les
" non
" français et néerlandais au Traité constitutionnel européen et à la
fameuse "
concurrence libre et non faussée ". Un programme de travail commun
est rapidement
mis en place par l∂administration de George W. Bush et
Bruxelles pour
concrétiser une ambition qui remonte à avril 1998. Après
l'échec de
la signature d'un accord multilatéral sur l'investissement (AMI)
au sein de l'OCDE, un
New Transatlantic Market (NTM) est à l'époque mis sur
la table des négociations
par Leon Brittan, commissaire européen au commerce
extérieur. Le
projet est aussitôt menacé de veto par le Président Jacques
Chirac et son
Premier ministre, Lionel Jospin. Quelques semaines plus tard,
en mai 1998, le
NTM ressurgit sous le nom de Partenariat économique
transatlantique
(PET) et est adopté sans coup férir par Bill Clinton et
Jacques Santer,
président de la Commission européenne, au sommet du G8 à
Birmingham. Le
projet de PET fit l'objet d'une levée de bouclier du
Parlement européen
et des mouvements altermondialistes.
T. B.
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47 eurodéputés français rejettent le résultat du référendum
47 eurodéputés français rejettent le résultat du référendum
mercredi 21 juin 2006
Ils sont élus européens de l’UMP, du Parti socialiste, de l’UDF et des Verts. Le 14 juin vers midi, dans la torpeur générale de l’hémicycle du Parlement de Strasbourg, ils ont voté « pour » une résolution exigeant que la France remette la Constitution européenne telle quelle sur les rails de la ratification dès 2007. Pire, ils ont voté « contre » un amendement qui rappelait la règle de l’unanimité pour la ratification et les invitait à exprimer leur respect pour le résultat des référendums français et néerlandais. Et dire que dans quelques mois, ces partis demanderont de nouveau la confiance du peuple...
Encore un vote passé inaperçu. Nulle part vous n’en trouverez mention ni commentaire. De deux choses l’une, soit nous sommes dans un système politico-médiatique réellement verrouillé où journalisme signifie complaisance, soit le niveau de déliquescence morale et politique dans notre pays est tel, qu’on se contrefout du Parlement européen, de ce qu’y font ou n’y font pas les élus des partis de M. Sarkozy et de Mme Royal. Ce n’est pourtant pas rien, ce qui s’est produit, dans l’hémicycle du Parlement de Strasbourg, le 14 juin en fin de matinée, ainsi que nous vous en rendions compte quelques heures après.
Les députés européens étaient appelés à voter sur une proposition de résolution « Leinen » (du nom du président de la commission des Affaires constitutionnelles (AFCO) — parce qu’en effet il y a des « affaires constitutionnelles » dans cette Union sans Constitution...) — relative à la seconde phase de la période dite de « réflexion » sur l’avenir institutionnel de l’Union. Ce qui est extraordinaire dans le texte de cette résolution, comme d’ailleurs dans l’attitude des dirigeants européens depuis que le premier pays a dit « non », c’est la plus complète ignorance du droit des traités. Comme si, ayant perdu ces deux référendums mais étant toujours aux commandes, ils pouvaient s’abstenir d’en tirer les conséquences juridiques qui, elles, relèvent de l’objectivité.
Situation juridique du traité dont la ratification est rejetée
Il faut en effet d’abord se référer à la convention de Vienne du 23 mai 1969 qui fixe le droit des traités — et les traités européens n’y font pas exception — pour comprendre ce que devient légalement un traité dont l’un des Etats signataires n’a pas ratifié. L’article 14 de la convention intitulé « Expression, par la ratification, l’acceptation ou l’approbation, du consentement à être lié par un traité » stipule : « 1. Le consentement d’un Etat à être lié par un traité s’exprime par la ratification : a) lorsque le traité prévoit que ce consentement s’exprime par la ratification ; b) lorsqu’il est par ailleurs établi que les Etats ayant participé à la négociation étaient convenus que la ratification serait requise ; c) lorsque le représentant de cet Etat a signé le traité sous réserve de ratification ; ou d) lorsque l’intention de cet Etat de signer le traité sous réserve de ratification ressort des pleins pouvoirs de son représentant ou a été exprimée au cours de la négociation. »
Pour savoir si le traité de Rome de 2004 entre dans au moins l’une de ces hypothèses, il faut donc, comme nous y invite la convention de Vienne, se reporter à ses dispositions finales relatives aux « Ratification et entrée en vigueur », (article IV-447) qui stipulent : « 1. Le présent traité est ratifié par les Hautes-Parties contractantes, conformément à leurs règles constitutionnelles respectives [...] 2. Le présent traité entre en vigueur le 1er novembre 2006, à condition que tous les instruments de ratification aient été déposés [...] »
Ainsi, comme tous les traités européens, le traité établissant une constitution européenne exigeait bien une ratification « par les Hautes-Parties contractantes » ni plus, ni moins, lesquelles sont les Etats signataires au nombre de 25. Ce sont donc 25 ratifications, pas plus et pas moins, que le traité lui-même exige, conformément à la convention de Vienne citée plus haut, pour entrer en vigueur, autrement dit : l’unanimité.
Où lit-on autre chose que cette exigence de ratification à l’unanimité ? Nulle part. Le traité a-t-il prévu le cas de rejet de ratification par au moins l’un des Etats ? Oui. Et que prévoit-il ? La déclaration (n°30) annexée à l’acte final précise que « si à l’issue d’un délai de deux ans [...], les quatre cinquièmes des États membres ont ratifié ledit traité et qu’un ou plusieurs États membres ont rencontré des difficultés pour procéder à ladite ratification, le Conseil européen se saisit de la question ». En aucun cas, cette déclaration ne dit que quatre cinquièmes des Etats ayant ratifié, cela suffirait pour l’entrée en vigueur du traité s’il prend la fantaisie au Conseil européen d’en décider ainsi ! Elle dit que le Conseil se réunit pour étudier la situation dans l’hypothèse où justement, on s’apercevrait que l’unanimité requise ne pourra être réunie. En l’occurrence, les « difficultés » sont apparues bien avant que quatre cinquième des Etats aient eu l’occasion ratifier.
Ainsi, en conséquence du « non », dans un système démocratique, les gouvernants des pays concernés auraient dû d’abord retirer du Traité la signature de leur Etat, ce que ni les dirigeants français, ni les dirigeants néerlandais n’ont fait. Ensuite, le premier « non », celui de la France le 29 mai, qu’on s’en réjouisse ou qu’on le déplore, aurait dû stopper net le processus de ratification dans le reste de l’Union. Or, sur les quinze ratifications déjà effectuées, six ont eu lieu après cette date, comme si de rien n’était. Enfin, il aurait fallu effacer de centaines de résolutions, directives, règlements, recommandations, avis, la référence au traité constitutionnel. Au contraire, tout se passe une fois encore comme si le Politique était au dessus de la Loi, sous prétexte que c’est lui qui l’a faite.
Recommencer sans le peuple
En ignorant délibérément le droit, ces élus s’assoient sur ce dont ils procèdent eux-mêmes et que la loi devait préserver : la démocratie. Voilà un an que la plupart d’entre eux chantent un discours qui trahit un véritable refus du résultat référendaire. Une non-acceptation du « non » pourtant acquis démocratiquement et à l’issue d’un référendum dont la légalité a été confirmée quelques jours plus tard par le Conseil constitutionnel. Ce serait un « malentendu », une « erreur » des Français selon Giscard — qui lui n’en fait jamais — parce qu’on les a trompés alors que « c’est très mal de mentir aux Français, surtout en campagne électorale » comme affirmait au récent sommet de Bruxelles le Président Chirac, qui en connaît en effet un rayon sur la question.
Leur objectif est donc de trouver à tout prix un moyen de contourner ce vote populaire qu’on attendait pas et dont on remet ouvertement en cause la légitimité. Imagine-t-on M. Giscard d’Estaing, déçu (déjà) du vote des Français, refusant de céder la place à M. Mitterrand élu en 1981 ? Ou une majorité sortante battue — comme c’est le cas à toutes les élections législatives depuis trente ans — refusant de laisser les nouveaux députés prendre place au Palais-Bourbon ? Un an après le « non », nous en sommes pourtant là : les 29 mai et 1er juin ne seraient que de regrettables incidents, sans rapport avec le formidable « texte » européen mais plutôt avec le regrettable « contexte » national, sur le chemin incontournable de la ratification Quoi de plus facile que de recommencer le processus de ratification en passant cette fois par la voix du Parlement, évidemment plus docile, assurant le reste de l’Europe d’un « oui » parlementaire qui tente de faire oublier le « non » des Français ?
Ainsi par cette résolution massivement votée et qui continue de faire référence en tête de ses « considérants » au traité constitutionnel rejeté, le Parlement européen entend entraîner les autres institutions de l’Union, en particulier le Conseil et la Commission, à le remettre sur les rails de la et ce, au plus tard au second semestre 2007. La date n’est naturellement pas choisie au hasard. Par l’expression « dès que le calendrier politique le permettra », les élus européens ne font guère mystère de leur espoir que l’ère Chirac enfin refermée (combien d’entre eux membres de l’UMP doivent leur siège à Chirac d’ailleurs ?), le Président Sarkozy ou la Présidente Royal fasse ratifier le projet par la France sans égratignure.
« Soutien au traité établissant une Constitution »
Chaque considérant, chaque point de la résolution ou presque est un incroyable affront à la réalité et au choix des Français. Au premier rang de cette déclaration solennelle, le Parlement européen, députés français de l’UMP, socialistes, de l’UDF et des Verts inclus « réaffirme, d’une part, son engagement à parvenir, sans retard excessif, à une formule constitutionnelle pour l’Union européenne et, d’autre part, son soutien au traité établissant une Constitution pour l’Europe ». A la trappe donc, le droit des traités, le suffrage universel et la démocratie ! Après ce grand balayage de Printemps, le même Parlement hausse le ton. Il « met en garde contre toute tentative de détricoter le compromis global réalisé dans le traité, car cela remettrait gravement en question le projet politique européen et créerait le risque d’une Union affaiblie et divisée ».
Contre la « ratification à l’unanimité » et « le choix démocratique de la France et des Pays-Bas ».
Pire, les députés de l’UMP, de l’UDF, du PS et des Verts au Parlement européen vont plus loin encore dans le déni de droit et le déni de démocratie. Ensemble, ils ont voté « contre » un amendement qui 1. rappelait l’exigence juridique d’unanimité des Etats pour la ratification du traité, 2. exprimait solennellement son « respect » pour les votes français et néerlandais. Cet amendement (n°13), déposé par le Danois Jens-Peter Bonde et le Français Patrick Louis (MPF) proposait au Parlement européen de mettre en tête de sa résolution deux affirmations simples, par lesquelles il « rappelle que le “traité établissant une Constitution pour l’Europe” signé à Rome le 29 octobre 2004 ne peut être appliqué sans ratification à l’unanimité, et exprime solennellement son respect pour le choix démocratique de la France et des Pays-Bas d’avoir voté “non” à 54,9 % et 61,6 % respectivement." »
Le piège politique tendu par cet amendement a donc fonctionné. Par idéologie pure, l’UMP, l’UDF, le PS et les Verts y ont sauté à pieds joints. Ils ont non seulement voté « pour » la résolution Leinen, mais ils ont d’un seul homme voté « contre » ces quatre petites lignes appelant inocemment au respect du droit des traités et du résultat référendaire, c’est à dire contre le principe juridique d’unanimité inscrit dans tous les traités européens et contre « le choix démocratique de la France et des Pays-Bas » ! En votant pour cette résolution et contre cet amendement, ils ont dit haut et fort qu’ils n’entendaient respecter ni le droit international, ni le vote populaire de près de 16 millions de Français...
L’idéologue a toujours raison
Voici donc un « Parlement » qui menace, interdit solennellement que l’on touche une virgule au texte rejeté par le suffrage universel et exige qu’il soit de nouveau dans les tuyaux en 2007. Gardienne du temple européiste contre ces peuples qui votent mal, la majorité au Parlement européen nous apporte une fois de plus la démonstration de ce qu’est l’européisme : une idéologie, qui comme toutes les idéologies a toujours raison, contre les faits, contre les chiffres, contre l’expression démocratique. Si un évènement contredit l’idéologie, les idéologues vous expliquent qu’elle n’a pas été bien appliquée. Si l’Union européenne ne marche pas, que l’euro est un échec etc. c’est qu’il faut aller plus loin dans l’intégration. Si la France et les Pays-Bas ont rejeté l’Europe de la Constitution, c’est qu’ils se sont trompés, qu’ils n’ont pas compris le merveilleux avenir qu’elle leur promettait. Voilà comment ils fonctionnent.
L’idéologue a raison envers et contre tout. Aucun argument proposé, aucune évidence mise sous ses yeux, aucun appel au bon sens n’y suffit. Nous sommes bien placés pour le savoir, ils n’attirent sur leurs auteurs que suspicions, remontrances et excommunications. On serait tenté, avec Marie-France Garaud de dire aux élus du peuple, à commencer par le premier d’entre eux, que s’ils ne se sentent plus capables de représenter la France depuis le 29 mai 2005, c’est à dire de porter les messages du « non » français — ce qui signifie 1. l’accepter (ce qu’ils ne font pas) ; 2. le comprendre (ce qu’ils n’essayent pas) ; 3. l’endosser pour y répondre (ce qu’ils ne veulent pas), alors il faut tout simplement qu’ils s’en aillent.
Christophe BEAUDOUIN
Collectif pour une confédération des États d’Europe
Publication originale sur le site Observatoiredeleurope.com.
08 juin 2006
ARTICLES DE PRESSE
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La gauche du non déchante,
par Michel Noblecourt
LE MONDE | 22.05.06 | 13h27 € Mis à jour le 22.05.06 | 13h27
Avec une sincérité qui n'avait d'égale que sa passion de l'emporter,
Marie-George Buffet a répété, pendant la campagne sur le référendum du
29 mai 2005, que le non allait "booster la gauche".
Le non a emporté une nette victoire à laquelle les adversaires de
gauche du projet de Constitution européenne ont largement contribué.
Mais, un an après, le pronostic de la secrétaire nationale du Parti
communiste se trouve démenti. Aucune dynamique unitaire du non de
gauche n'est allée au-delà de l'incantation. Et les élections
cantonales partielles n'ont pas profité aux "nonistes", même quand le
candidat commun venait de la Ligue communiste révolutionnaire (LCR).
Le mouvement social contre le contrat première embauche (CPE) s'est
traduit par un succès que le non de gauche ne peut pas revendiquer
seul. Si étudiants et salariés se sont mobilisés contre une mesure
d'essence libérale, la contestation, menée, dans l'unité, par les
syndicats du oui comme par ceux du non, ne s'est pas politisée. Elle
n'a pas tourné, l'extrême gauche ayant joué un rôle marginal, à la mise
en cause globale du libéralisme.
La gauche dans son ensemble ne s'est pas remise de la fracture du 29
mai et abordera l'élection présidentielle en ordre dispersé. Même
l'unité retrouvée du Parti socialiste, autour de la synthèse réalisée
au congrès du Mans, en novembre 2005, paraît factice sur fond de lutte
à couteaux tirés entre présidentiables. Pourtant, la gauche du non fait
encore semblant de croire au maintien du front commun du référendum.
Une rencontre est prévue, mardi 23 mai, pour mettre en place un "collectif national" qui devrait se décliner en milliers de comités locaux d'ici la fin juin, pour présenter des candidatures "unitaires antilibérales" à la présidentielle et aux législatives.
Mme Buffet, sortie victorieuse de son congrès, rêve d'une victoire des
antilibéraux en 2007, pensant que la présidentielle reproduira le
clivage du référendum. Mais le chemin est si escarpé que le rêve risque
de faire "pschitt"... Dans L'Humanité du 9 mai, Marie-George Buffet confie qu'elle ne veut pas voir "les luttes et les espoirs", issus du 29 mai, "trahis par un social-libéralisme ou bien encore stérilisés par une gauche émiettée". "L'essentiel, prévient-elle, est que notre objectif commun soit clair (en 2007) : battre la droite et donner à la gauche les moyens de réussir." Le PCF "ne met aucune exclusive et vise le rassemblement le plus large possible sur un contenu transformateur". Une vraie rupture.
Mais faute d'avoir fait la clarté à son congrès, le PCF a deux fers au
feu : il participe à des forums avec le PS et ses partenaires de
l'ex-gauche plurielle et il dialogue avec la LCR et les autres
"nonistes" de gauche, comme José Bové, l'ancien dirigeant de la
Confédération paysanne. En même temps, Mme Buffet juge qu'une "candidature issue du PCF" -
sans doute la sienne - peut cristalliser ce rassemblement. La décision
doit être prise en octobre, avant que le PS choisisse, en principe fin
novembre, son candidat ou... sa candidate.
Le hiatus est que la LCR met ce que Pierre-François Grond appelle, dans Rouge du 18 mai, "une condition absolument décisive" à un tel rassemblement : "le fait de dire clairement qu'aucune alliance gouvernementale n'est possible avec le PS".
Se fondant sur la synthèse du Mans - ratifiée par la grande majorité
des "nonistes" socialistes, Laurent Fabius en tête -, la LCR juge qu'"un accord antilibéral avec la direction du PS est impossible". Pour autant, l'invitation adressée par Olivier Besancenot (Le Monde du 28 avril) à Mme Buffet, M. Bové et Arlette Laguiller (LO) pour "une bouffe à quatre" a tourné court. M. Bové a refusé de se limiter au "cadre restreint LCR, PCF, LO, Bové" afin de "partager avec l'ensemble du mouvement social", sans faire du PS "l'ennemi principal". Mme Buffet a aussi récusé la proposition, préférant se mettre "entre les mains de tous".
IMPASSE STRATÉGIQUE
Bref, la fête unitaire du non de gauche a un goût amer. Le navire prend
l'eau avant d'être en mer. L'appel lancé le 13 mai par une cinquantaine
de personnalités pour des candidatures unitaires est un raccourci de
cette impasse stratégique. Signé par le PCF, cinq petites organisations
de gauche, M. Bové ainsi que des minoritaires des Verts - comme
Francine Bavay -, de la LCR et du PS - des membres de l'association
Pour la République sociale (PRS), animée par le sénateur Jean-Luc
Mélenchon -, il réclame "une union de toutes les énergies antilibérales autour d'un projet commun" et de candidatures unitaires.
Le texte souligne que la réponse aux attentes du non de gauche - une "rupture avec le libéralisme" - "ne
peut pas être le "réformisme de gauche'' accompagnant la mondialisation
capitaliste que propose la direction du Parti socialiste". Tout en prônant un désistement implicite au second tour "pour battre la droite et l'extrême droite", les signataires récusent toute participation à un gouvernement "dominé par le social-libéralisme".
Dans A gauche du 16 mai, le bulletin de PRS, François
Delapierre, lieutenant de M. Mélenchon, explique à ses camarades
socialistes cette maïeutique acrobatique en ces termes : "Nous
sommes à la fois favorables à ce que le PS désigne un candidat issu du
non, donc Laurent Fabius, et à ce que la gauche qui ne se reconnaîtra
pas dans le candidat socialiste se rassemble. L'union exige l'un comme
l'autre"... Mais ces gages contre le "social-libéralisme" du PS
n'ont pas suffi. La direction de la LCR a réitéré son refus de s'y
associer, plombant un peu plus le rêve d'union des "nonistes".
Au sein du PS, la position du seul candidat déclaré venant du non, M.
Fabius, est toujours précaire, alors que l'ancien premier ministre, qui
propose, en se référant à François Mitterrand, "un choix clairement à gauche",
entend, dans l'esprit du Mans, dépasser le clivage du référendum. Mais
M. Fabius n'a recueilli aucun dividende de son non et souffre d'un
déficit de popularité qui ne se dément pas. En juin 2005, dans un
sondage IFOP sur le candidat socialiste favori, il recueillait 14 %,
avant de redescendre dans d'autres enquêtes à 8 % (novembre 2005 BVA,
décembre 2005 IFOP) puis de remonter à 10 % en début d'année. Son
"potentiel électoral", mesuré par les sondages Ipsos-Le Point,
est évalué dans la dernière enquête des 12 et 13 mai à 31 %, très loin
derrière Ségolène Royal (66 %). Et sa côte de popularité le met
invariablement en queue de peloton.
M. Fabius a raison de dire que les sondages ne font pas l'élection et
que, un an avant le scrutin présidentiel de 1981, François Mitterrand
était nettement distancé par Michel Rocard. On connaît la suite. Mais
l'ancien président, dans un contexte politique différent, ne flirtait
pas avec des scores aussi bas que son "héritier".
Un an après le 29 mai, le non de gauche est au bord du désenchantement.
Quant au oui de gauche, il lui reste encore le plus dur : trouver son
champion. Mais c'est une autre histoire.
Michel Noblecourt
Article paru dans l'édition du 23.05.06
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Pour les Français,
la droite = la gauche
Selon un sondage Ifop, 61% des Français ne perçoivent plus de différence entre la gauche et la droite s'agissant des "grands problèmes et enjeux nationaux".
Plus de 60% des Français ne perçoivent plus de différence entre la gauche et la droite s'agissant des "grands problèmes et enjeux nationaux", selon un sondage Ifop de Dimanche Ouest France du 21 mai.
D'après cette enquête réalisée les 18 et 19 mai auprès de 1.007 personnes âgées de plus de 18 ans, 61% des sondés estiment qu'il n'y a plus de différence entre la gauche et la droite, contre 38% qui jugent qu'il y a beaucoup de différences. Un pour cent ne se prononce pas.
Soixante-sept pour cent des Français se déclarent favorables à une grande coalition droite-gauche, à l'image du gouvernement allemand, après les élections de 2007, 32% y sont hostiles. Un pour cent ne se prononce pas. (Reuters)
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Ils ont fait campagne pour le « non ». Ce qu¹ils pensent un an après.
Deux questions posées à dix personnalités qui ont marqué le débat en 2005.
1. En quoi la victoire du "non" a-t-elle été utile ?
2. Quel avenir pour 2007 ?
CLAIRE VILLIERS, CONSEILLÈRE RÉGIONALE (ALTERNATIVE CITOYENNE) 1. La victoire du « non » est un coup de barre contre la dérive ultralibérale de la construction européenne. Ce « non » est évidemment constructif. Sans cette victoire, la directive Bolkestein, qu¹il faut continuer à combattre, n¹aurait pas été amendée. La mobilisation et les débats impulsés par les militants du « non » ont poussé - y compris certains qui ont pu voter « oui » -, à une réflexion de grande ampleur sur le projet européen, sur le libéralisme. La révolte des banlieues et l¹immense bataille contre le CPE sont dans cette droite ligne. Ce sont des coups de boutoirs et les pièces, pour le moment un peu éparses, d¹un puzzle. Mais le puzzle d¹une alternative en train de se construire en France, et j¹espère en Europe. 2. Libéralisme ou pas ? C¹est de cela qu¹il s¹agit. Des citoyens ont pu voter « oui » sans être des ultralibéraux, d¹autres qui n¹étaient pas des antilibéraux ont voté « non ». Néanmoins la fracture entre le « oui » et le « non » au traité est extrêmement importante au regard des choix politiques. De ce point de vue, la motion de synthèse du congrès socialiste du Mans est incroyable. Je pense profondément qu¹il n¹y a pas de synthèse possible entre libéralisme et antilibéralisme. Pour cette raison, j¹espère très fort que ceux qui ont mené ensemble cette bataille pour le « non » de gauche se rassemblent et se présentent unis lors des prochaines échéances électorales. Les enjeux sont les mêmes pour la France et pour l¹Europe. Voulons nous construire une alternative à l¹ultralibéralisme ? Depuis une dizaine d¹années, dans tous les forums sociaux, nous affirmons qu¹il faut rompre avec les politiques libérales, apporter des réponses aux urgences sociales et en même temps dessiner un autre monde. Alors le lien est pour moi très direct entre le « non » au référendum et 2007. Penser, comme cela semble être le cas aujourd¹hui à la direction du PS, que le 29 mai n¹est qu¹un moment qui peut être effacé me paraît irrespectueux de la volonté des Françaises et des Français, et une façon d¹engager sur de très mauvaises bases la construction d¹une politique alternative. Il est important aujourd¹hui de bien voir quelles sont les ruptures nécessaires pour construire un autre avenir.
FRANCIS WURTZ, DÉPUTÉ EUROPÉEN, PRÉSIDENT DU GROUPE GUE-GVN 1. Il y a dans l¹Union européenne un « avant » et un « après » 29 mai. Il est le grand caillou dans la chaussure des partisans de l¹Europe libérale. Il a empêché la grande opération qui visait à faire cautionner par les citoyens, de façon solennelle, cette Europe de l¹« économie de marché ouverte où la concurrence est libre et non faussée ». Le « non » a mis en lumière le divorce entre les citoyens et cette conception de plus en plus marchande de l¹Europe. C¹est un défenseur du « oui » qui a le plus clairement résumé la nouvelle donne, à savoir John Monks, le secrétaire général de la Confédération européenne des syndicats, en déclarant : « Le ³non² français a changé le paysage européen (car) tout le monde a compris après cela qu¹il fallait remettre le social au centre des politiques européennes. » Les dirigeants européens l¹ont, eux aussi, « compris » mais... pas admis ! Ils estiment que lâcher un peu de lest sur la directive Bolkestein est le maximum de ce qu¹ils puissent accepter, à condition de ne pas toucher à la structure libérale de tout l¹édifice européen actuel. En résumé : sur le plan social, et également sur le plan de la démocratie, les dirigeants européens se savent aujourd¹hui à contre-courant des citoyens et des citoyennes. Cela ne met pas fin à leur politique mais améliore substantiellement les conditions de notre bataille pour « une autre Europe ». 2. À mes yeux, les trois « secrets » du 29 mai ont été d¹abord la qualité absolument sans équivalent du débat citoyen. De la politique de haut niveau et au meilleur sens du terme. Loin du choc trivial des ambitions personnelles ou des facilités « people ». Ensuite, le travail en commun des militants politiques et des acteurs sociaux - syndicalistes, militants associatifs, membres de réseaux citoyens, élus... Enfin, le rassemblement de toutes les sensibilités progressistes antilibérales. Voilà la bouffée d¹oxygène qu¹il nous faut durablement pour rénover la politique. C¹est pourquoi je suis personnellement très heureux de l¹appel « pour un rassemblement antilibéral de gauche et des candidatures communes » et des initiatives du PCF et de Marie-George Buffet pour impulser une telle dynamique. Là est l¹espoir.
HENRI EMMANUELLI, DÉPUTÉ PS DES LANDES 1. Ce qui a changé, c¹est l¹irruption soudaine et massive des citoyens dans le débat européen. Un débat sur la véritable nature de l¹Europe traverse désormais toute le continent. À l¹évidence, les responsables politiques ne croient plus à la survie du traité constitutionnel, même si le processus de ratification se poursuit en évitant les pays où il aurait toute chance d¹être rejeté, comme le Danemark, la Grande-Bretagne où la Pologne ! Ces responsables sont désormais conscients de ce qu¹à l¹avenir la question sociale ne pourra être évitée et qu¹un nouveau traité n¹a de chance d¹être adopté que s¹il se limite aux questions constitutionnelles (qui fait quoi et comment on décide) et s¹il est démocratiquement élaboré. La prochaine présidentielle française conditionnera pour beaucoup la suite. 2. Le 29 mai 2005 pèsera sur les échéances de 2007. Si l¹on regarde l¹ensemble des scrutins depuis avril 2002 - et même depuis les municipales de 2001 - et les mouvements sociaux de très grande ampleur que nous avons connus - contre la loi Fillon sur les retraites, en 2003, et plus récemment bien sûr sur le CPE - on ne peut qu¹y lire un même message : les Français expriment un rejet profond de l¹orientation libérale que l¹on veut leur imposer. Ils ne sont pas prêts à accepter les conséquences sociales de ce qu¹il est convenu d¹appeler la mondialisation libérale. Chez nos voisins européens, contrairement à ce que l¹on essaye de nous faire croire, ce refus y trouve un écho grandissant, tout comme l¹aspiration à une société plus juste. Les échéances électorales de 2007 doivent donc être l¹occasion d¹un véritable débat, projet contre projet. L¹orientation libérale, communautariste et atlantiste proposée par Nicolas Sarkozy est en totale contradiction avec les attentes du peuple de gauche, et bien au-delà. Si la gauche veut l¹emporter en 2007, et c¹est notre responsabilité collective ,elle doit donc créer les conditions de son rassemblement, sans lequel aucune victoire n¹est possible. Sans oublier - que l¹on me pardonne de le rappeler- que 60% des voix du « non de gauche » étaient celles d¹électeurs socialistes.
MARIE-GEORGE BUFFET, SECRÉTAIRE NATIONALE DU PARTI COMMUNISTE FRANÇAIS 1. Je dirais surtout qu¹elle a été utile aux Européens ! La camisole libérale n¹est pas entrée en vigueur ! Les dirigeants européens ont dû reculer sur leurs projets les plus néfastes pour les salariés ou les services publics : le parcours de la directive Bolkestein est, par exemple, bien plus laborieux que ce que ses promoteurs avaient envisagé... La victoire du « non » a aussi mis au grand jour tout le déficit démocratique de la construction européenne. Elle a montré que l¹intervention populaire pouvait radicalement la réorienter. La route reste très longue, mais la victoire du « non » a fixé le cap ! 2. C¹est une majorité du peuple de gauche qui s¹est retrouvée dans ce refus de l¹Europe libérale. Pourquoi ce rassemblement du monde du travail, de la jeunesse, des chômeurs et des précaires ne pourrait-il pas se reconstituer pour affirmer cette fois un désir d¹une autre politique ? La campagne référendaire et la lutte contre le CPE ont montré la force d¹une dynamique unitaire à gauche, rassemblée sur une volonté claire de rupture avec toutes ces politiques qui, depuis plus de vingt ans, ne font qu¹aggraver le chômage, susciter de l¹angoisse et de la mal-vie, nous déposséder de la maîtrise de notre avenir. Cette dynamique, elle est toujours là : dans tous mes déplacements, à la porte des entreprises, sur les marchés, dans les forums, j¹entends les mêmes choses : « Madame Buffet, il faut se rassembler pour battre la droite et il faut que la gauche réponde à nos attentes, cette fois... ». Cette dynamique, les communistes veulent la faire vivre en rassemblant, partout en France, au sein notamment de comités locaux d¹union populaire, toutes celles et tous ceux qui pensent que la gauche peut gagner sur un projet de rupture claire avec la loi du fric qui écrase tout aujourd¹hui ! C¹est le sens de l¹appel que j¹ai lancé : je ne veux pas que les luttes et les exigences populaires soient piétinées par la droite au pouvoir, trahies par une gauche de renoncement, stérilisées par une gauche contestataire. Je veux qu¹elles soient portées par une gauche audacieuse, antilibérale et majoritaire et qu¹elles se concrétisent dans la réalité.
LAURENT FABIUS DÉPUTÉ PS DE SEINE-MARITIME 1. Le « non » a montré qu¹une majorité de Français, particulièrement une majorité de la gauche, refusait une dérive libérale de l¹Europe et voulait une autre Europe, sociale, démocratique, qui ne se soumette pas à la mondialisation financière. Ce message-là, je crois qu¹il a commencé d¹être entendu même si certains commentateurs continuent de faire croire que le « non » a été involontaire, que les électeurs n¹avaient pas compris, et autres calembredaines. Ce « non » a entraîné certaines conséquences, en particulier pour remettre en cause la fameuse directive Bolkestein, la direct ive portuaire et d¹autres encore. Mais, et j¹insiste sur cela, nous sommes encore très loin du compte. Faute de représentants gouvernementaux - les 25 gouvernements actuels de l¹Union sont pour le « oui » -, faute de majorité progressiste au Parlement européen, il n¹a pas été encore possible de lancer un véritable plan alternatif de relance européenne. C¹est à cela qu¹il faut travailler maintenant, en créant les conditions politiques d¹une alternance. 2. Bien sûr, le 29 mai comptera. En 2002, l¹Europe a été absente du débat présidentiel. En 2007, cette erreur ne doit pas être rééditée. Élection présidentielle de 2002, scrutins de 2004, référendum de 2005, crise des banlieues, mobilisation anti- CPE, à chaque fois les circonstances sont différentes mais un message fort vient des urnes ou de la rue : les Français veulent un coup d¹arrêt au tout-précarité, au tout-marché. Ils ne veulent pas du libéralisme, y compris sous sa version « blairiste ». Seule une ligne clairement de gauche peut permettre le rassemblement des forces de gauche et rendre possible une alternative à la déferlante libérale, communautariste et atlantiste de M. Sarkozy. C¹est pour cette alternative que j¹agis et c¹est dans cet esprit que je souhaite conduire la gauche à la victoire présidentielle en 2007.
JEAN-LUC MÉLENCHON SÉNATEUR PS DE L¹ESSONNE, PORTE-PAROLE DE PRS 1. Le vote « non » n¹est pas responsable de l¹impasse actuelle du projet européen. Celle-ci est le résultat d¹une méthode de construction purement intergouvernementale qui laisse volontairement de côté les peuples pour imposer des politiques libérales que le plus grand nombre refuserait si on lui demandait son avis. En France, les tenants du « oui » de gauche n¹ont pris aucune initiative pour relancer le processus européen en tenant compte du vote « non ». Ils ont laissé les sociaux démocrates européens répéter leur attachement à la constitution. Participant à plus de la moitié des gouvernements de l¹Union, tous s¹accordent pour vouloir que les votes de leurs parlements en faveur de la constitution s¹imposent aux peuples français et néerlandais. Cet encerclement allumera une immense flambée nationaliste dont personne ne sait qui sortirait gagnant. 2. L¹axe d¹un bon plan B pour l¹Europe passe justement par la présidentielle. Logiquement, le c¦ur du plan B du « non »de gauche consiste à élire un président de la République issu du « non »de gauche. Pour porter l¹essentiel du mandat du vote du 29 mai. Premièrement : « Non c¹est non, cette constitution ne sera jamais ratifiée. » Deuxièmement : « La France propose l¹ouverture d¹un nouveau processus constituant démocratique. » Le calendrier démocratique le permet. En 2007 nous pouvons élire un président issu du « non » de gauche. Puis en 2008 la France présidera l¹Union européenne pour six mois. Pour relancer le processus de construction européenne, elle peut proposer de s¹en remettre aux citoyens européens eux mêmes. En effet, en 2009, à l¹occasion du renouvellement du Parlement européen, les électeurs pourraient être invités à donner un mandat constituant à la nouvelle assemblée. Ce calendrier, c¹est notre plan B. Il suppose un préalable simple : reconnaître la décision de la souveraineté populaire. Le « non » français doit être respecté. Ce n¹est pas acquis. Les élites françaises et européennes veulent toujours se venger du « non » populaire. Le travail du 29 mai n¹est pas achevé. Nous devons le faire en 2007.
YVES SALESSE, CONSEILLER D¹ÉTAT 1. La victoire du « non » en France a aidé celle des Pays-Bas et fait échec au projet de « constitution ». Les promoteurs de celle-ci n¹ont pas renoncé. Mais pour l¹instant nous l¹avons bloquée. C¹est la première fois que les peuples se mettent en travers de la marche, qui semblait inexorable, de l¹Europe libérale et antidémocratique. L¹onde de choc a touché l¹opinion de tous les pays. L¹adhésion à l¹Europe libérale ne va plus de soi. Le « non »n¹a pas stoppé l¹offensive anti-sociale, mais l¹a entravée. Nous n¹avons pas gagné sur la directive Bolkestein. Nous sommes parvenus au moins à ce qu¹elle fasse débat et à imposer quelques reculs. Le Parlement européen a rejeté la directive portuaire. 2. En France, la déception prévaut. Nous avons une droite et un gouvernement restés fort arrogants. Pourtant le paysage politique est en partie transformé. Nous avons battu politiquement les forces sociales-libérales. Sur un point cardinal. L¹aspiration à l¹unité de la gauche anti-libérale brandit une menace sur qui prendrait la responsabilité de faire cavalier seul. Je l¹avais dit à la Fête de l¹Humanité : « Malheur à qui romprait la dynamique unitaire qui nous a permis de gagner ! » Le mouvement qui a abouti au retrait du CPE n¹est pas tombé du ciel. Il n¹est ni le prolongement mécanique de la campagne du « non » et de sa victoire, ni l¹¦uvre des seules forces qui l¹ont portée. Il y a pourtant un lien. Le 29 mai a montré l¹illégitimité et la fragilité du pouvoir. Cette perception a contribué à cette extraordinaire mobilisation. La victoire du 29 mai aura une portée électorale incertaine et une assurée. Il n¹est pas donné que les électeurs du « non » sanctionneront les candidats du « oui ». Si nous sommes unis, il est possible que se prolonge le mouvement de l¹an passé. Nous pouvons battre le social-libéralisme à gauche une nouvelle fois. Ce n¹est pas un pronostic. C¹est une possibilité. Tandis que la dispersion signifierait l¹impuissance, l¹exaspération, le découragement. C¹est là que la portée électorale est assurée. Incertaine pour la sanction des candidats du « oui ». Paradoxalement certaine pour la sanction des candidats du « non » rivaux dans une compétition dérisoire.
OLIVIER BESANCENOT, PORTE-PAROLE DE LA LCR 1. Le « non » a contribué à redonner le moral à la contestation sociale en France et en Europe. Avec la victoire contre le CPE, le libéralisme a pris deux grandes claques. Cela ne veut pas dire que tout est réglé, mais l¹espoir grandit qu¹autre chose est possible. Bien sûr, la vie quotidienne des gens n¹a pas été bouleversée, mais cela, on le savait : les débats restent d¹actualité, notamment sur la question européenne. L¹affaire Clearstream l¹illustre, qui renvoie aux paradis fiscaux, au secret bancaire et à l¹absence de contrôle démocratique : autant de sujets qui ont été au c¦ur de cette campagne. La crise en Europe était déjà là avant le 29 mai, le « non » peut être un bon point d¹appui pour en sortir par le haut. La course de vitesse entre le rouleau compresseur libéral, qui s¹est assis sur les deux « non » des trois pays qui se sont prononcés démocratiquement, et la contestation sociale continue. 2. Il y a des discussions entre nous : personne n¹a le monopole de la filiation ou de la fidélité au « non » de gauche, puisqu¹il a été unitaire. La bonne manière serait de reproduire ce que nous avons su faire ensemble pour le « non ». C¹est-à-dire une campagne radicale et unitaire. Unitaire, parce qu¹on a appris à se connaître et à fédérer tous ceux qui s¹opposent aux politiques libérales, qu¹elles soient de droite ou de gauche. Radicale, parce qu¹on a assumé notre indépendance vis-à-vis de la direction du Parti socialiste. Au congrès du PS, la majorité sortante pour le « oui » a été confirmée et a synthétisé autour d¹elle les minorités. Mais il est illusoire de penser reproduire cette synthèse à l¹échelle de toute la gauche. Il n¹y avait pas qu¹une seule gauche au moment du référendum : il n¹y en a toujours pas maintenant. Faire la clarté, c¹est dire clairement qu¹on refuse une alliance gouvernementale ou parlementaire avec la direction du PS. On ne peut pas sortir du libéralisme et augmenter les salaires, relancer le service public, s¹opposer aux licenciements sans assumer une confrontation avec ceux qui ont réellement le pouvoir, c¹est-à-dire les multinationales, les financiers. Aux élections, cela devrait se traduire par des candidatures unitaires anticapitalistes.
FRANCINE BAVAY, CONSEILLÈRE RÉGIONALE D¹ÎLE-DE-FRANCE (LES VERTS) 1. La victoire du « non » a démontré l¹exigence d¹une Europe démocratique où les citoyens pourraient décider de ce qui les concerne et faire entendre leurs désaccords avec les politiques libérales dominantes. On attend toujours la réponse de l¹Union européenne ! La dynamique du débat a permis que se rencontrent pour la première fois depuis longtemps des partis politiques et des mouvements sociaux, jetant simultanément les bases de la mobilisation démocratique dont notre pays a besoin pour sortir de la Ve République et d¹un projet antilibéral, conscient qu¹il faut rompre avec un développement socialement destructeur et écologiquement insoutenable, que le gaspillage productiviste fait le lit du libéralisme. 2. Le résultat du 29 mai a prouvé qu¹il peut se dégager une majorité antilibérale à gauche. Il faut répondre à l¹appel des électeurs et par là même redessiner le paysage à gauche, les alliances, rééquilibrer la gauche à gauche. Pour cela, il faut un projet clair et déterminé, le rassemblement électoral des antilibéraux dans toute leur diversité, il faut oser débattre de la personne et de l¹équipe qui pourraient incarner au mieux ces idées. En un mot, oser une démarche électorale qui s¹adresse à tous ceux qui, à gauche, refusent les politiques libérales menées depuis un quart de siècle. Pour réussir, il faut être collectivement à la hauteur des enjeux, mettre l¹intérêt général avant l¹intérêt boutiquier partidaire, ne pas subir l¹ordre ancien pour faire vivre l¹invention démocratique. Car le jeu électoral tel que l¹instaure la loi - surtout après l¹inversion de la présidentielle et des législatives- n¹est pas digne d¹une démocratie avancée. Les « petits » partis ont trop appris à subir la loi électorale, à faire un tour de piste une fois tous les cinq ans pour être soumis à la loi du parti « dominant » ensuite. Les organisations syndicales, les associations n¹ont pas assez de poids dans les décisions. Il faut créer les conditions de l¹échec de la droite en 2007, rassembler les antilibéraux au premier tour, toute la gauche au second et s¹engager à un changement de constitution dans la foulée, pour rendre aux citoyens la capacité à décider de leur avenir.
JOSÉ BOVÉ, SYNDICALISTE PAYSAN, PORTEPAROLE DE VIA CAMPESINA 1. La campagne du « non » a été utile tout d¹abord pour la démocratie. Nous avons pour la première fois assisté et participé à des discussions de fond à partir desquelles des millions de personnes ont pu se réapproprier le débat politique pour décider ou non d¹aller vers une Europe encore plus libérale. La victoire du « non » de gauche a obligé à requestionner l¹avenir de l¹Europe à partir des grands enjeux sociaux remettant ainsi en cause le modèle libéral. Nous l¹avons vécu avec les débats et les confrontations politiques, à travers par exemple la directive Bolkenstein ou le devenir des services publics. La victoire du « non » de gauche a également renforcé les mouvements progressistes dans les pays du Sud qui contestent la mondialisation libérale. Nous l¹avons encore vu récemment à Vienne, où des représentants de pays comme la Bolivie ou le Venezuela ont pu constater combien dans l¹Union européenne s¹exprimaient des voix et des volontés populaires bien différentes de celles de la Commission européenne. 2. Cette victoire du « non » de gauche sur un contenu antilibéral donne une responsabilité historique à tous ceux qui ont mené ce combat. De cette issue, il ressort de manière très claire la nécessité de l¹union la plus large possible pour faire triompher un vote antilibéral en 2007. Il est aujourd¹hui de notre responsabilité collective de transformer ce rejet d¹Europe libérale en un projet alternatif pour notre pays. Ceux qui ont participé à la victoire du « non » de gauche et qui n¹iraient pas dans ce sens là porteraient la responsabilité d¹un échec en 2007.
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ROUGE
COLLECTIFS DU 29 MAI
Une étape réussie
Ce 13
mai, les collectifs du 29 Mai ont réuni leurs assises nationales à
Paris. Ils ont adopté leur charte et défini les échéances qui vont les
mobiliser.Un peu plus de 350 participants, représentant 140 collectifs venus de toutes les régions : les assises des collectifs du 29 Mai, ce 13 mai à Paris, ont été un succès. Certes, l¹assistance était moindre qu¹aux précédentes assises, en juin 2005, au lendemain de la victoire du « non » au référendum sur le traité constitutionnel européen. Mais chacun savait qu¹il en irait ainsi. En un an, nombre de collectifs ont disparu, d¹autres fonctionnent principalement autour de militants organisés... Il n¹en reste pas moins qu¹avec environ 400 collectifs toujours recensés (voir l¹interview de Claude Debons dans Rouge n° 2158), la mouvance militante née de la bataille référendaire continue de représenter une réalité politique incontournable à gauche du Parti socialiste. À preuve, hormis la LCR, qui a toujours affirmé que cet acquis devait à tout prix être préservé (et dont la forte présence dans la salle était renforcée par la venue d¹Olivier Besancenot), toutes les composantes du Collectif national du 29 Mai avaient tenu à être représentées « au plus haut niveau », de Marie-George Buffet pour le PCF à Jean-Luc Mélenchon pour PRS ou à Marc Dolez pour Forces militantes, en passant par Annick Coupé pour Solidaires ou Christophe Ventura pour Attac.
Ces assises avaient à leur ordre du jour l¹adoption d¹une Charte pour une alternative au libéralisme. Un document qui a reçu des centaines d¹amendements de la part des collectifs locaux, qui reprend à son compte l¹essentiel des exigences portées par les mobilisations, qui marque son refus des logiques d¹alternance et d¹accompagnement du libéral-capitalisme, tel que les incarne aujourd¹hui le PS. Sans doute, ce document reste-t-il ouvert sur nombre de questions, à propos desquelles le consensus n¹a pas été trouvé. Cela dit, là encore, il ne pouvait en être autrement et cette charte se conçoit moins comme un document définitif que comme une étape dans la réflexion de celles et ceux qui continuent à agir ensemble, un an après le référendum.
Évidemment, la discussion sur l¹utilisation de la charte a abordé le problème des échéances électorales. De très nombreuses interventions ont traduit une forte aspiration à l¹unité de la gauche antilibérale à cette occasion. La diversité des collectifs, l¹engagement en leur sein de forces syndicales (comme Solidaires) ou associatives (comme Attac) ne permettaient toutefois pas qu¹ils s¹engagent en tant que tels sur le terrain électoral. La déclaration finale, adoptée par les assises, a permis de trouver un consensus préservant l¹acquis unitaire et la diversité des collectifs : sans devenir des structures électorales, les collectifs entendent bien alimenter le débat politique sur l¹alternative nécessaire.
« Les échéances électorales de 2007 et 2008 seront un moment incontournable pour que cette alternative s¹exprime, indique donc le texte. La droite, l¹extrême droite et le libéralisme doivent être battus. Une alternance sans changement ne répondrait pas aux attentes populaires. Une perspective alternative doit être ouverte. La charte adoptée par les collectifs du 29 Mai est une proposition en ce sens. Sa prise en compte, dans l¹unité, par les différentes forces de la gauche antilibérale crédibiliserait cette perspective. Fidèles à leur démarche de rassemblement et d¹unité, les collectifs du 29 Mai y contribueront. »
En se séparant, les collectifs n¹auront pas manqué de dresser la liste des batailles qui les attendent : soutien aux luttes pour l¹emploi ou les services publics, engagement dans la bataille contre le projet Sarkozy, participation au combat contre le retour de la directive Bolkestein, poursuite de l¹action pour une autre Europe et pour le respect du « non » populaire à la Constitution européenne... Sans oublier la célébration festive du premier anniversaire du 29 mai 2005.
La déclaration finale a valeur d¹engagement : « Le message de nos assises est clair : ³Le 29 Mai n¹est pas mort, le combat contre le libéralisme continue, la recherche d¹alternative s¹amplifie.² »
Christian Picquet
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SONDAGE CSA-MARIANNE sur candidatures unitaires antilibérales
http://www.csa-fr.com/dataset/data2006/opi20060517a.htm
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POLITIS
Le retour du « non » de gauche
Michel Soudais Un appel signé par des formations politiques, dont le PCF, et des personnalités opposées au projet de Constitution européenne relance la perspective d¹un rassemblement antilibéral porté par des candidatures communes. De quoi modifier le rapport de force à gauche.
Est-ce l¹impossible qui prend forme ? Un nouvel appel « pour un rassemblement antilibéral de gauche et des candidatures communes » en 2007 fait renaître l¹espoir d¹un prolongement politique à la victoire du « non » au référendum sur le traité constitutionnel européen. Lancé à la veille des assises nationales des collectifs du 29 mai, ce texte a été bien accueilli par les 355 délégués venus adopter une Charte antilibérale appelée à constituer le « socle commun », selon l¹expression de Claude Debons, d¹un possible programme électoral de ce rassemblement. Diffusé à grande vitesse par courriels sur les listes de diffusion de multiples réseaux politiques et sociaux, cet appel a été lancé par une cinquantaine de personnalités et, fait nouveau, cinq organisations politiques, dont le PCF.
Fin novembre, un premier « appel pour des candidatures unitaires en 2007 et 2008 » avait déjà lancé le débat. Suscitant ici et là des réunions et regroupements, le nombre de ses signataires n¹a pas cessé d¹augmenter - ils étaient plus de 5 400 la semaine dernière -, dissuadant la LCR et, dans une moindre mesure, le PCF de se lancer prématurément dans une campagne présidentielle autonome (Politis, n° 892). L¹appel que nous publions intégralement ci-contre va plus loin. Il propose la « création d¹un collectif national d¹initiative » et de collectifs locaux, constitués sur le modèle des collectifs unitaires à l¹origine de la dynamique de la campagne du « non » de gauche au traité constitutionnel. Mais sans les absorber. Les assises ont opté pour une complémentarité de la démarche des « collectifs du 29 mai » et des « collectifs d¹initiative » à finalité électorale. Yves Salesse a évoqué à ce propos la nécessité de mener « un travail de conviction plutôt que d¹éviction », ce qui serait le cas si les syndicats (Solidaires) et certaines associations (Attac), membres des collectifs du 29 mai, étaient forcés à les quitter à la suite de leur transformation en regroupement électoral.
Ce nouvel appel ne se contente plus seulement d¹appeler à des candidatures unitaires sur un contenu défini par l¹antilibéralisme. Il y ajoute un objectif : « Une majorité et un gouvernement qui appliquent une politique au service du peuple » ; la volonté de se battre « pour gagner », ce qui suppose de « bouleverser le rapport de force à gauche » afin que le choix d¹une « rupture avec le cadre libéral » y soit « majoritaire ». Il explicite aussi la démarche jusque-là elliptique de ces candidatures, tant sur les moyens de mener la campagne que sur les contours des « collectifs d¹initiative » en vue « d¹échapper à la dérive présidentialiste encouragée par les institutions ». Surtout, il clarifie la question d¹un second tour éventuel à la présidentielle en prenant position pour un désistement - « Nous nous mobiliserons pour battre la droite et l¹extrême droite » -, et affirme tout aussi clairement le refus de participer « à un gouvernement qui serait dominé par le social-libéralisme ».
L¹autre nouveauté de cet appel réside dans la nature de ses signataires et l¹arc des forces politiques qu¹ils représentent. Six organisations, le Collectif pour l¹écodéveloppement et cinq formations politiques l¹ont signé, bien qu¹aucune d¹entre elles ne puisse prétendre être à l¹initiative du texte : les Alternatifs, Convergence citoyenne, la Gauche républicaine, le Mouvement pour une alternative républicaine et sociale (Mars) et le PCF. L¹engagement de ce dernier constitue en soi un événement. La signature du PCF, débattue au sein du comité exécutif national, le 9 mai, où elle a été approuvée à une très large majorité (38 pour, 6 contre et une abstention) est un feu vert à destination des militants communistes « invités à s¹investir dans cette démarche en participant aux collectifs ».
Une cinquantaine de personnalités, connues pour avoir mené la campagne du « non », figurent parmi les premiers signataires. Outre des responsables des organisations politiques déjà citées, on y trouve le chercheur altermondialiste Raoul Marc Jennar, les économistes Jean-Paul Hébert et Michel Husson, le politologue Réné Mouriaux, le philosophe Michel Onfray, le président de la Fondation Copernic, Yves Salesse, le médecin et éditeur Patrick Silberstein, ou les sociologues Pierre Cours-Salies et Jean-Pierre Terrail. Mais aussi des syndicalistes comme José Bové ou Christophe Aguiton, des militants associatifs engagés dans les combats antiraciste, féministe ou en faveur des chômeurs. L¹éventail politique comprend encore l¹adjointe au maire de Paris, Clémentine Autain, trois Verts - Francine Bavay, Michel Bourgain, Benoist Magnat -, et des proches de Jean-Luc Mélenchon, membres de Pour la République sociale (PRS). Dans un communiqué, son vice-président, René Revol, par ailleurs membre du PS, Charlotte Girard et David Gipoulou expliquent vouloir « aider à l¹union de la gauche des ruptures », union qui « prendra place dans le cadre d¹une large union des gauches sans exclusive », conformément à la stratégie arrêtée lors de la convention nationale de PRS, début avril. Enfin, quatre membres minoritaires du bureau politique de la LCR, Alain Faradji, Céline Malaisé, Christian Picquet et Francis Sitel, ont paraphé l¹appel.
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L'HUMANITE - 30 mai 2006
Des collectifs pour favoriser le débat populaire
La victoire du « non » le 29 mai 2005 est fêtée aujourd¹hui dans toute la France. Les signataires de l¹appel à des candidatures unitaires antilibérales pour 2007 se sont rencontrés pour mettre en forme leur campagne.
Débats, concerts, bals, soirées pique-nique, la façon de fêter la victoire du « non » au traité constitutionnel européen le 29 mai 2005 sera, aujourd¹hui, à travers toute la France, aussi diverse que décentralisée. Les citoyens, les militants associatifs, syndicaux, politiques qui s¹étaient retrouvés dans les collectifs locaux constitués dans cette bataille du référendum sont de nouveau sur le pont pour discuter des prochaines échéances, et particulièrement celles de 2007. Avec une envie commune : continuer sur la lancée du réfé- rendum et de la bataille contre le CPE.
Mardi dernier, les signataires de l¹appel « pour un rassemblement antilibéral de gauche et des candidatures communes » se sont retrouvés pour un premier échange sur la mise en place d¹un collectif national. Premier point positif soulevé dans les commentaires d¹après-réunion : « Tout le monde était là. » Tout le monde, c¹est-à-dire les représentants des cinq organisations signataires, les Alternatifs, Convergence citoyenne, la Gauche républicaine, MARS, le Parti communiste français ; des signataires des trois courants représentés, ceux de PRS, les minoritaires des Verts (alter-écolos) et les minoritaires de la LCR ; et nombre de personnalités signataires comme José Bové, Raoul-Marc Jennar, Claude Debons ou Yves Salesse. Les signataires donc, plus des représentants de la direction de la LCR, qui refusent de signer l¹appel mais souhaitent un statut d¹« observateur » ce qui a été accepté pour le moment. « Cette présence montre que chacun prend l¹appel au sérieux », estime Francine Bavay, la conseillère régionale Verts d¹Île-de-France.
La première prise de contact a permis de mettre en évidence quelques débats. « La composition du collectif national a suscité une discussion, indique Éric Coquerel, de MARS. Il faut trouver le bon compromis entre une conception d¹assemblée générale où chacun, partis ou individus, a le même poids et un cartel d¹organisations. Ce n¹est pas facile, mais on trouvera. »
Il y a davantage d¹enjeu encore dans le débat pour décider du rôle précis du collectif national. « Pour nous, affirme Patrice Cohen-Séat, représentant le PCF, l¹objectif devrait être de favoriser une dynamique populaire et citoyenne, de favoriser le débat populaire. » Pour le PCF, la mise en place rapide de comités ou collectifs locaux est décisive. « Le collectif national doit être un lieu d¹initiatives pour développer cette dynamique, précise le dirigeant communiste. Non pas un lieu de marchandages ou de décisions d¹en haut. Plutôt que d¹émettre sa propre opinion, le collectif national doit acter ce qui se dessine localement et travailler par consensus. »
Claude Debons, animateur des collectifs du 29 mai, estime que tout dépendra de « la création de comités locaux unitaires. Des comités de masse où l¹on vise à faire participer au-delà du premier cercle militant ». Pour lui, rien n¹est joué « car aux yeux de l¹opinion, notre démarche ne sera crédible que lorsqu¹elle débouchera sur la désignation d¹un candidat ». Pierre Cours-Salies, de Convergence citoyenne, estime que « l¹appel a débloqué la situation et des collectifs se créent vite ». Il évoque les échos de créations de collectifs à Toulouse, dans la Manche, à Avignon comme en Seine-Saint-Denis. « Tout montre qu¹il y a attente dans la population et un gros enjeu à parvenir à une candidature commune. » Marie-George Buffet, très engagée dans la réussite de cette dynamique, a mis sur la table l¹idée que le candidat à la présidentielle, « porte-parole parmi les porte-parole », soit issu du PCF. Elle s¹est dite disponible afin de poursuivre sur la - lancée du référendum la construction d¹un rassemblement antilibéral et afin de mettre dans cette nouvelle bataille tout le potentiel militant de son parti. De son côté José Bové, dans une interview, ce week-end au Journal du dimanche, indique qu¹il est prêt à participer à une campagne présidentielle « avec l¹ensemble des forces qui combattent la mondialisation libérale », annonce qu¹il est « disponible pour conduire collectivement, une campagne capable de créer une dynamique anologue à celle du "non" au référendum ».
Chez tous ceux qui s¹impliquent dans la construction d¹un rassemblement antilibéral apte à faire changer la donne en 2007, l¹attitude de la direction de la LCR suscite l¹inquiétude. Son refus de signer l¹appel unitaire passe mal. Elle justifie sa position en refusant « tout accord parlementaire ou gouvernemental avec le PS ». La LCR durcit le ton. Ainsi dans une « lettre à ceux qui veulent des candidatures antilibérales unitaires », la LCR du Vaucluse reproche au PCF d¹en appeler « à une forme ou une autre de réconciliation avec le PS » aux motifs « qu¹il faudra bien en passer par le PS si on veut une alternative ». Elle accuse José Bové d¹« épargner au PS d¹avoir à rendre compte de son libéralisme, ceci en vue d¹accords futurs » et les signataires de l¹appel à chercher « à nous conduire à réintégrer le concert libéral avec quelques pansements à la marge ». Les minoritaires de la LCR, signataires de l¹appel comme Christian Picquet, estiment qu¹une dynamique populaire peut faire revenir la LCR sur sa décision. Une prochaine réunion des signataires doit avoir lieu demain.
Olivier Mayer
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Présidentielle: Bové se voit en candidat d'une gauche de la gauche à construire
AFP | 30.05.06 | 10h51 José Bové a rappelé qu'il était prêt à être le candidat en 2007 de la gauche anti-libérale unitaire, une place convoitée alors même que cette gauche de la gauche est à ce jour loin d'être construite.
Le leader syndicaliste, qui s'est dit dimanche "disponible pour conduire, collectivement, une campagne capable de créer une dynamique analogue à celle du +non+ au référendum sur la Constitution européenne", a précisé lundi qu'il était "prêt" à mener campagne pour la présidentielle à "n'importe quel poste", que ce soit porte-parole, "avec d'autres", ou "candidat".
"Il faudra qu'à un moment ou un autre, l'ensemble des partis politiques qui travaillent avec nous depuis un an se déterminent pour savoir si clairement ils veulent participer à une dynamique collective ou s'ils veulent présenter leur propre candidat", a-t-il insisté.
Or c'est là que le bât blesse.
"L'essentiel ce n'est pas le casting, c'est le scénario, et pour le scénario pour l'instant le compte n'y est pas", a souligné lundi Olivier Besancenot, porte-parole de la Ligue communiste révolutionnaire, notant qu'il y a "un problème politique à discuter" et que "c'est difficile".
Pour lui, un des points essentiels reste l'indépendance qu'il veut "totale" vis-à-vis de la direction du Parti socialiste. Faute de quoi, il sera difficile qu'il y ait "un film commun". Il pourrait alors être le candidat de la LCR, quitte à se retirer ultérieurement, en cas d'accord sur un "contenu".
Lundi, Marie-George Buffet, secrétaire nationale du PCF, a aussi admis que "tout est à faire" et que la situation est "difficile". "La dynamique est là, mais elle est à concrétiser pour que la gauche soit majoritaire sur un programme".
Elle a rejeté à "après" la présidentielle la décision "d'être ou non dans une majorité". Ce qui ne peut satisfaire M. Besancenot.
Mme Buffet semble enfin considérer avec circonspection la "disponibilité" de M. Bové. "Tout le monde est disponible, nous aussi, laissons les gens choisir", a-t-elle indiqué, précisant que les collectifs mis en place dans la lancée de ceux du 29 mai "discuteront de cette proposition, parmi d'autres".
Interrogée sur l'éventualité qu'elle se mette en retrait pour favoriser un candidat d'union, elle a rétorqué : "pourquoi nous ?".
Spectateurs de ces débats, les socialistes se sont insurgés lundi contre le "clivage figé" entre gauches du oui et du non que ce projet de candidature semble promouvoir.
"Notre objectif, c'est de rassembler la gauche, ce n'est pas la revanche des uns ou des autres", a souligné le porte-parole Julien Dray, estimant que "s'il y avait une gauche du oui et une gauche du non dans la campagne, le résultat serait un échec pour la gauche tout entière".
Et il suggère à M. Bové, s'il veut "participer à la discussion d'un contrat de gouvernement à partir de 2007", d'aller "faire des propositions" aux forums de la gauche, qui se tiennent jusqu'au 10 juin.
Enfin le référendum que voulaient organiser des militants Verts sur un soutien à une éventuelle candidature Bové semble passé au second plan avec le choix, mardi, du candidat du parti à la présidentielle. L'idée pourrait éventuellement resurgir lors des Journées d'été.
© 2006 AFP
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Le Parisien
Gauche antilibérale Une fête au goût amer
SUR un écran géant, les images du référendum du 29 mai 2005 défilent. Dans la salle Olympe-de-Gouges du XI e arrondissement de Paris, les partisans du non à la Constitution européenne échangent leurs souvenirs. Sur scène, Olivier Besancenot, Marie-George Buffet, Francine Bavay et les autres se retrouvent pour une photo anniversaire. Mais un an après leur victoire, que le souffle de la campagne référendaire semble loin !
« Querelles de boutique »
Communistes, trotskistes, Verts, altermondialistes et même socialistes, de nombreux militants rêvent d'une candidature unique de la gauche antilibérale à la présidentielle. Mais cette hypothèse bute sur la partie de poker que se jouent les ténors du non. « Buffet propose sa candidature, Bové se dit disponible, Besancenot est un partant probable..., énumère Jean-Luc, militant parisien proche du PC. Il faut dépasser les querelles de boutique. On a bien collé des affiches ensemble lors du référendum, pourquoi ne serait-on pas en mesure de se mettre d'accord sur un nom ? » Les militants de la gauche antilibérale en appellent donc à la responsabilité des leaders. « La méfiance réciproque doit cesser », dit un sympathisant communiste. « Il est temps de dépasser les logiques d'appareil pour aller de l'avant », encourage Christophe, plutôt proche de Jean-Luc Mélenchon. Certains comme Raquel, elle aussi sympathisante du sénateur socialiste de l'Essonne, attendent des signes : « Que Besancenot arrête de regarder les sondages et s'efface ! », lance-t-elle. La base pousse, mais les leaders campent sur leurs positions. Un an après le 29 mai, l'union de la gauche antilibérale reste à inventer.
Eric Hacquemand
Le Parisien , mardi 30 mai 2006
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L'HUMANITE
Politique
Buffet veut un rassemblement sans limite
PCF . La dirigeante invite à transformer le non majoritaire de gauche.
Il y a eu le non « majoritaire à gauche » et la victoire contre le contrat première embauche, mais « nous n¹arrivons pas pour l¹instant à traduire cela au niveau politique, au niveau des projets et au niveau des candidatures pour les échéances de 2007 », a reconnu la secrétaire nationale du PCF, sur RTL lundi. « Il faut créer une dynamique que nous n¹avons pas encore réussi à créer », a-t-elle affirmé. Elle a précisé que le rassemblement ne doit pas « se cantonner dans l¹extrême gauche plus le Parti communiste français. Il doit s¹élargir aux électeurs du Parti socialiste et d¹autres formations de gauche qui ont voté "non" » et que, « si nous parvenons à réaliser ce rassemblement, je serai disponible » pour être candidate à la présidentielle.
Sur le terrain, Marie-George Buffet multiplie les initiatives. Vendredi à Lyon, lors d¹un repas-débat avec des personnalités du monde politique, associatif, syndical et culturel, elle les a invités à s¹adresser « à toutes les femmes et tous les hommes qui veulent se rassembler sur un projet de transformation, sans a priori, sans frontière ». « Je veux que la gauche soit majoritaire sur un projet de transformation, a précisé Marie-George Buffet, je ne veux pas qu¹elle reste dans l¹opposition. Si c¹est pour faire un gouvernement social-libéral, je n¹en suis pas. Ce que je veux, c¹est que toute la gauche puisse demain se retrouver dans un gouvernement qui mène une politique audacieuse et courageuse qui permette de transformer la vie. » O. M.
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Libération
Quotidienne
Confiture de ouiiiiistes
Par Pierre MARCELLE
mardi 30 mai 2006
Un an après, jour pour jour et doxa pour doxa, rien n'a donc changé, et un opprobre discrètement têtu continue de planer sur les près de 55 % d'électeurs français qui, en conscience et par référendum, dirent non au projet giscardien de Traité constitutionnel européen. On en veut pour preuve que la fortune rémanente du terme de «noniste» dont la média-langue éditoriale affuble encore ce peuple-là, ainsi réduit à sa qualité induite de «protestataire» qui, va- t-il sans dire, renifle de puissants remugles de «populisme» et de cette «xénophobie» qui va avec. Comme si ledit peuple était responsable des silences de l'Union européenne - qui, à ce qu'on sache, n'a pas été dissoute - lorsque Varsovie, par exemple, met dans son gouvernement, en place de plombiers occupés par chez nous à suer leur plus-value, des sabres nazillant et des goupillons antisémites. Et c'est comme si, sans être le moins du monde «aux affaires», ledit peuple était comptable de ce «plan B» et d'un devenir d'Europe dont nul thuriféraire du oui au TCE ne semble autrement se préoccuper. Ils boudent, écrivions-nous voilà un an. A l'évidence, ils n'ont pas fini de bouder, et avec une amertume qui peut parfois laisser pantois. Ainsi la semaine dernière à la lecture, dans le Nouvel Observateur, de ce titre : «La déconfiture des nonistes.» Il est formidable, ce titre, d'amertume hargneuse et d'humeur vengeresse, suintant comme d'une plaie qu'il faudrait ne jamais laisser cicatriser, de peur que sa guérison ravive un désir d'autre Europe. De cette Europe nécessaire, qui pourtant se soucie ? Pas - surtout pas - l'écurie présidentielle du Parti socialiste, trop heureuse de contenir ainsi dans son box le candidat Laurent Fabius. Et certainement pas le parti UMP, dont, de Chirac qui le fonda à Sarkozy qui le préside, la seule constance à l'endroit du continent fut un opportunisme madré. De ce que, un an après, 10 % d'électeurs regrettent d'avoir voté oui au TCE (pour seulement 1 % qui regrettent leur non), il serait pourtant bien temps de se préoccuper.
http://www.liberation.fr/page.php?Article=385989
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José Bové
"disponible" pour 2007 Le syndicaliste est prêt à mener campagne "avec les forces qui combattent la mondialisation libérale".
José Bové (AP)
José Bové se dit prêt à conduire "collectivement" une campagne capable de fédérer à l'élection présidentielle de 2007 tous les artisans de gauche de la victoire du "non" à la constitution européenne.
"Je suis prêt à participer à une campagne présidentielle et législative dans la foulée", déclare le militant altermondialiste dans une interview au Journal du Dimanche, daté du 28 mai.
Alors que les anciens "nonistes" semblaient avoir du mal à fédérer leurs efforts en vue d'une candidature unique, José Bové souligne que ce projet est loin d'être abandonné.
"Préférons-nous plusieurs candidats entre 2 et 5% des voix ou un seul qui, dans le cadre d'une dynamique collective, construise un vrai rapport de forces électoral ?", a ajouté José Bové.
"La volonté d'une campagne unitaire a été clairement réaffirmée mercredi dernier par un collectif rassemblant les représentants du PC, de la LCR, de la gauche, des Verts ainsi que des personnalités du monde associatif et syndical", précise-t-il.
"Alternative politique"
Selon Libération, une réunion est prévue au début de la semaine à Paris pour tenter de faire avancer ce projet, qui risque toutefois de buter sur le choix d'un candidat unique à la présidentielle.
Prié de préciser ses ambitions, José Bové répond:"je suis disponible pour conduire, collectivement, une campagne capable de créer une dynamique analogue à celle du 'non' au référendum sur la constitution européenne".
Selon lui, les 9% d'intentions de vote dont il est crédité dans un récent sondage CSA/Marianne "montre qu'une dynamique est possible".
"Nous sommes porteurs d'une alternative politique sur la base d'un programme de rupture avec la logique du tout-marché", souligne-t-il. (Reuters)
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(Libération)
2007 et la candidature Bové au centre de la réunion commémorative du 29 mai.
Le non de gauche, un an et tous ses prétendants
Par Matthieu ECOIFFIER
mardi 30 mai 2006
Une bougie sur le gâteau du non. Et, beaucoup de candidats pour le manger tout entier. Difficile pour les nonistes de gauche qui fêtaient hier soir à Paris le premier anniversaire de leur victoire d'ignorer les déclarations de José Bové, qui se disait «prêt», dimanche dans le JDD, à conduire une «campagne collective» à la présidentielle. Et la réponse glaciale de Marie-George Buffet, hier matin, rappelant que «le Parti communiste est la force militante de cette affaire». Car pour bien des militants antilbéraux de gauche, le «qui pour 2007 ?» reste une question grossière. «Ils veulent tous être candidats, il faut continuer sur le contenu, pousser sur la charte. La campagne du non a été portée par des militants, pas par des têtes d'affiche», tonne Michel, du Collectif du 29 mai nord-Essonne. «Pour l'instant, l'incarnation présidentielle, c'est Chirac, merci bien» dénonce Katja sa copine.
Humour. Dans l'escalier qui descend à la salle Olympe-de-Gouges (Paris XIe), une affiche de l'association Cactus, qui ambitionne de «tropicaliser la gauche», glose sur les candidats potentiels «plausibles» et «possibles». «Ils ont raison de faire de l'humour ! Sous prétexte d'argument politique juste, on est infantile. Moi ça me troue le cul de lire sur Yahoo.fr que Buffet refuse de discuter avec Bové», dit Katja à Yves, un jeune militant de la LCR. Qu'elle engueule pour sa position trop fermée vis-à-vis du PS. «Si on a eu 55 % l'an dernier, c'est parce que des mecs du PS ont voté non. Il faut continuer de discuter avec eux. Est-ce qu'on veut simplement faire du battage ou vraiment tourner la page du libéralisme. Il nous faut un candidat pour regrouper tous les gens à la gauche du PS», hurle cette militante du collectif Paris-Centre.
«Le vrai problème ce n'est pas le nom du candidat. S'il y a un vrai programme de rupture avec le libéralisme de gauche comme de droite, pas un militant de la LCR ne sera contre le désistement de Besancenot ! Contrairement à Bové ou à Buffet, il ne s'est jamais autoproclamé, lui, candidat du non» répond Yves pour la calmer.
Evoquant Bové, deux chevènementistes rappellent qu'«il ne suffit pas d'avoir été légitime dans le combat contre le non pour être un homme d'Etat». Des nonistes communistes aimeraient aussi éviter cette personnalisation. «Le coup du personnage emblématique et miraculeux, ce n'est pas original. Au PC, on choisira le candidat en octobre, pour se laisser le temps», explique Alain, militant de Seine-Saint-Denis. «On souhaite une campagne à plusieurs voix pour une victoire partagée. Mais il faut un nom sur le bulletin de vote, c'est la Constitution. Nous, on avance le nom de Marie-George», explique Jean-François Gau, cadre du PCF.
Casting. Arrive Olivier Besancenot. «Le casting est secondaire, dit-il. Mais on a un problème de scénario : Buffet a répété que pour une participation à un gouvernement avec le PS, on verrait après. Pour nous ce n'est pas la fin du film, mais le début.» Cela ressemble à un dialogue de sourd.
http://www.liberation.fr/page.php?Article=386033
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Le Parisien
Présidentielle José Bové sort du gué
«LES CAMPAGNES présidentielles sont les plus mauvais moments pour faire avancer les débats. Il n'y a que la propagande, les petites phrases et les photos » : signé José Bové. Ainsi s'exprimait-il le 24 septembre 2003 devant un panel de lecteurs du « Parisien » et d'« Aujourd'hui en France ». Depuis, le paysan du Larzac qui a toujours marqué son refus « de se substituer aux hommes politiques » a mis beaucoup d'eau dans son vin. Un an après la victoire du non au référendum du 29 mai, Bové rêve plus fort que jamais de porter la couronne du camp antilibéral lors de l'élection présidentielle de 2007. L'ex-porte-parole de la Confédération paysanne propose donc ses services pour une campagne capable de créer une dynamique analogue à celle du non », a-t-il déclaré dans « le Journal du dimanche » d'hier. Cette fois, le leader paysan semble prêt à franchir le pas vers une carrière politique. Le contexte paraît favorable : un sondage CSA à paraître aujourd'hui dans l'hebdomadaire « Marianne » le crédite de 9 % d'intentions de vote, devant le trotskiste Olivier Besancenot ou la communiste Marie-George Buffet. L'hypothèse d'une candidature du socialiste Laurent Fabius, la seule qui freinait encore Bové, a de plus en plus de plomb dans l'aile.
« Eviter l'éparpillement »
Enfin, depuis quelques jours, les appels en faveur de candidatures uniques de la gauche antilibérale à la présidentielle et aux législatives fleurissent et Bové, opportunément, saisit la balle au bond. Hier soir, même Dominique Strauss-Kahn, pourtant très éloigné de ses thèses, voyait un intérêt dans la démarche Bové : « Si cette candidature permet d'éviter l'éparpillement à la gauche du PS, ce serait utile », a jugé l'un des prétendants à l'investiture socialiste. Mais le syndicaliste est loin d'être seul sur la ligne de départ. Buffet ou Besancenot sont des prétendants de premier ordre. La semaine dernière, l'ancien porte-parole des Verts Stéphane Pocrain s'est déclaré à la candidature, espérant, lui aussi, surfer sur la victoire du non. Sans compter ceux qui, dans l'ombre, attendent leur heure : le député (PC) de Saint-Denis (93) Patrick Braouezec, la maire adjointe (apparentée PC) de Paris Clémentine Autain... Ce soir, quelques figures du non de gauche doivent se retrouver pour une soirée anniversaire à Paris. Les embrassades ne manqueront pas mais, en coulisse, chacun affûte ses armes.
Eric Hacquemand
Le Parisien , lundi 29 mai 2006 ervices. « Je suis disponible pour conduire, collectivement, une
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Marie-George Buffet décline l'offre de José Bové
29/05/2006 - 12h36 PARIS (Reuters) - Marie-George Buffet a froidement accueilli l'offre de José Bové de conduire une campagne présidentielle au nom de la gauche de la gauche.
Ce choix appartient, selon la secrétaire nationale du Parti communiste, aux "collectifs d'union populaire" qui se mettent en place sur le modèle des "collectifs du non" de la campagne référendaire sur la Constitution européenne, l'an dernier.
"Ce n'est pas à nous, à des personnalités de décider. C'est aux hommes et aux femmes de ce pays qui se battent pour que la gauche gagne sur un projet et réponde, cette fois-ci, à leurs attentes", a-t-elle déclaré lors d'un point de presse au siège du PCF à Paris.
Interrogée sur son éventuel désistement afin de faciliter la constitution d'un pôle présidentiel, Marie-George Buffet est apparue beaucoup moins consensuelle.
"Mais enfin, (le Parti communiste) est la force militante dans cette affaire (...) Je ne vois pas pourquoi ce serait à nous de nous mettre en retrait", s'est-elle emportée. "Tout le monde doit réfléchir à une candidature unique."
Les "collectifs" discuteront de l'offre de José Bové "comme d'autres propositions" et décideront en octobre prochain, a expliqué Marie-George Buffet.
Fin avril, le porte-parole de la Ligue communiste révolutionnaire (LCR), Olivier Besancenot, avait appelé José Bové, Marie-George Buffet et Arlette Laguiller (Lutte ouvrière) à s'asseoir autour d'une même table pour discuter d'une candidature unique.
L'offre avait été déclinée par le PCF, qui regrette aujourd'hui l'absence de la LCR dans les "collectifs".
Pour elle, il faut éviter de créer une "frontière dans la gauche" et dépasser le "discours désespérant" qui consiste à dire qu'il ne faut pas parler à un Parti socialiste "hégémonique" - position de la LCR. Avec un tel schéma, la "gauche antilibérale" court le risque de rester minoritaire, a-t-elle souligné.
"Pourquoi on ne serait pas capable de rassembler une gauche majoritaire avec des électeurs de toutes les forces de gauche?", s'est interrogée la dirigeante communiste, un an après la fracture de la gauche entre "nonistes" et partisans du "oui".
"Je n'ai pas envie d'être dans une opposition pure et dure avec un Sarkozy rayonnant président de la République. J'ai envie de battre Sarkozy et de construire une gauche qui réussisse", a-t-elle souligné.
© Reuters Limited. Click for Restrictions. <http://www.boursier.com/vals/all/marie-george-buffet-decline-l-offre-de-jose-bove-feed-12668.htm#>
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(Nouvel Obs)
Le 29 mai 2005 le traité européen était rejeté
La déconfiture des nonistes
De Fabius à Besancenot, le camp du non pensait avoir retrouvé les vraies aspirations du peuple de gauche. Un an plus tard, ni les uns ni les autres n'ont réussi à fédérer leurs efforts. Et quand on interroge les sondages, c'est Ségolène qui semble rafler la mise
C'est un cri du coeur autant qu'un slogan, un rappel à cette raison que les sondages battent en brèche : «Le Poitou-Charentes n'est pas Porto Alegre». Qui parle ainsi ? Pierre-François Grond, dirigeant de la LCR, prêt à lancer la campagne Besancenot contre l'usurpatrice Ségolène Royal, ce dernier masque du social-libéralisme honni. «Quand on débattra sur le fond, la bulle éclatera, jure le révolutionnaire. Elle est à la droite du PS. Elle ne peut pas être l'aboutissement du mouvement anti-CPE, de la crise des banlieues et du non du 29 mai. A un moment, la logique va reprendre le dessus.»
Le 29 mai dit-il ? Comme le temps passe, et comme l'actualité zappe... Il y a un an, lors du référendum européen, le non l'emportait. Majoritaire dans le pays, majoritaire à gauche, radicalement anti-libéral, annonciateur d'autres victoires. On chantait « le Mouton noir » du groupe Jolie môme, on célébrait ces meetings emportés qui contrastaient avec l'atonie des rassemblements du oui. Tous ensemble, exultaient les fans de Besancenot, Buffet, Bové et Mélenchon ! Tout est bon pour nous, savouraient les stratèges de Laurent Fabius ! La social-démocratie, vaincue, entrait en crise et revivait les affres du 21 avril... Un an après, dans les sondages, seule Ségolène Royal est belle - quand les chefs nonistes s'éparpillent comme autant de nains politiques. L'électorat du non - ce refus démocratique des oukazes des gens d'en haut - est séduit par une socialiste d'ascendance deloriste, qui défend la famille, le travail et l'ordre juste... Elle diminue même les parts de marché de Besancenot comme de Buffet, et épate même quelques dirigeants d'Attac, captés sinon enrôlés.
Quelle injustice ! Ou quel talent ! Car la présidente de Poitou-Charentes a été « ouiste », et autant qu'on pouvait l'être, engagée dans la campagne en faveur du traité constitutionnel européen, et y prenant des coups. «Ségolène Royal n'a pas lu le TCE» tançait Bernard Cassen, président d'honneur d'Attac, qui vitupérait les «contre-vérités» de la dame, pour qui la Constitution devait - entre autres - sauver les cantines scolaires de sa région... Mais la déroute du oui n'a pas collé à sa peau. A peine défaite, Royal a fait du judo politique, retournant la force de l'adversaire et s'en emparant. Dès août, elle accueille l'université d'été d'Attac à Poitiers. Dangereuse confrontation ? Devant ses vainqueurs, elle prend l'offensive. Elle balaie d'une phrase «nos désaccords qui ont pu être rudes au cours des derniers mois» puis célèbre «la soif de débats, de confrontations d'arguments, bref de politique» démontrés par le débat référendaire ! Elle enchaîne sur la démocratie participative, le refus du «nouveau désordre mondial» et du «démantèlement du service public.» Elle cite Gramsci, le sociologue Saïd Bouamama, animateur des Indigènes de la République, et Aminata Traoré, chef de file des altermondialistes africains...
Aussi simple que ça ? Ségolène Royal transmute le non en le relisant. Ni un refus de l'Europe, ni un désaveu de la social-démocratie, mais le symptôme d'une crise démocratique, l'angoisse d'un peuple livré au marché, le ras-le-bol des citoyens dépossédés de la décision. Justement, le « ségolisme » - et non le « royalisme » - puisqu'ainsi elle le baptise, prétend rendre la politique aux gens, en leur offrant la parole. Le cyber-populisme de gauche est né, concrétisé sur son site internet Désirs d'Avenir. Ségolène parle concret, ou fait parler les internautes. La voilà récupérant la dissidence, l'angoisse du lendemain, et le rejet des élites. Sa principale conseillère, Sophie Bouchet-Petersen, utilise le langage des alters, les précède souvent, et déteste autant qu'eux l'immobilisme des politiques installés... Arnaque politique, soupirent les tenants de la marque du non ! «Il faudra plus que des apparences, mais une rupture avec la Ve république, un vrai transfert de pouvoirs aux citoyens, aux associations, aux assemblées, jure Grond. Je ne crois pas qu'elle ira jusque-là.» Tandis qu'au PS, les amis de Jean-Luc Mélenchon s'emportent contre l'illusion organisée «par les médias et le système» : «Il y aura une alternance à gauche, et tout est fait pour que celle-ci soit la moins douloureuse pour l'ordre établi, dit-on chez le sénateur de l'Essonne. C'est l'invention de Ségolène.»
Les nonistes sont d'autant plus fâchés qu'ils persistent dans leur analyse. Il s'est passé quelque chose de majeur il y a un an, et la politique n'en est pas quitte. Le non était profond, une révolte venue de loin, que les crises successives ont depuis confirmé. Exclusion, délaissement, humiliations, fractures sociales, angoisses du lendemain, rejet du libéralisme et des accommodements... Tous les ingrédients de la bombe électorale sont réunis, actifs. Et si le non n'a pas été fondateur d'une nouvelle donne politique, ce n'est qu'injustice, impéritie et maladresses. Ou partie remise. «On doit arriver à changer l'offre politique, parce que l'antilibéralisme est majoritaire à gauche», affirme Christian Picquet, co-rédacteur d'un « appel à des candidatures communes » lancé le 13 mai pour conjurer la dispersion.
Vaste programme. Et lourde tâche. Car les nonistes ont perdu du temps et rendu la main à leurs concurrents. Les socialistes ont l'avantage de la taille critique et de la visibilité. Les maires du PS ont été les repères de la gauche lors de la crise des banlieues. L'Unef et les syndicats lycéens, dirigées par des jeunes socialistes, ont mené la contestation du CPE. La majorité du PS a été sauvée par ses jeunes troupes - les petits socialistes étaient plutôt nonistes, mais d'une espèce fidèle au parti ! Naturellement, le PS a récupéré l'opposition à la droite, et l'anti-sarkozysme, et le besoin de changement. Le haut le coeur référendaire est venu nourrir les sondages de Ségolène. En attendant le vote utile l'an prochain ? Pendant ce temps, les capitaines du non sont sortis du jeu.
Ainsi, Laurent Fabius. Le seul homme d'Etat du non, le premier, s'est fait rattraper par ses fatalités. Fabius comptait sur l'évidence de sa victoire pour reprendre le PS, espérant un ralliement des militants soucieux de l'avenir, puisque lui seul avait vu juste, puisque lui seul serait accepté par l'électorat noniste. Fabius paraphrasait la théorie des cercles de François Mitterand : d'abord le parti, ensuite la gauche et enfin le pays. Raté, dès le premier cercle. Battu avant le congrès, rallié au Mans à une synthèse générale, Fabius a retrouvé une impopularité quasi-systémique, en dépit de sa réorientation à gauche. Ses alliés de 2005, chacun à sa façon, ont également déjoué. Attac, l'association altermondialiste, a été saisie dès la victoire par une guerre intestine pas encore purgée. José Bové, annoncé comme l'unificateur des nonistes, a déçu avec obstination. L'homme du Larzac est resté le plus aimable des amateurs en politique.
Le PC, requinqué par la campagne référendaire, soulagé d'avoir été utile, sollicité, désiré, applaudi même, pour la première fois depuis trop longtemps, s'est contenté de ce sursis. Il a flotté entre deux lignes, sans jamais choisir, replongé dans une alternative impossible. Ah, rompre avec le PS, se lancer dans la griserie d'une aventure refondatrice, se libérer de cette social-démocratie qui l'étouffe et l'humilie depuis Mitterrand ! Mais alors, perdre le filet de sécurité de l'alliance socialiste, risquer ses députés, ses mairies, peut-être sa peau ? Marie-George Buffet, candidate par obligation, au nom de l'unité du parti, mais incapable de dépasser les 4% dans les sondages, a tutoyé la frontière. Semblant jouer Fabius contre les autres socialistes, affichant une complicité ostensible avec Jean-Luc Mélenchon, faisant lanterner les dirigeants socialistes en mal de rabibochage. Mais prenant soin de ne pas leur claquer définitivement la porte. Cultivant les comités issus du non, mais sans adhérer totalement à leur logique. Espérant sans doute, à l'arrivée, réaliser une opération « Potemkine » - déjà tentée en Ile-de-France lors des régionales et des européennes : une union montée de toutes pièces, avec des individus et compagnons de route dévoués, au profit du parti. Apparaître, elle, Buffet, comme la candidate du rassemblement prolongé du non pour éviter d'affronter l'électorat au nom du seul PC...
La LCR, enfin, n'a eu de cesse que d'échapper à la victoire du non pour retrouver son autonomie. Olivier Besancenot, son arme absolue, a gentiment échappé aux embrassades. Il a rappelé son irréductible différence, en brandissant l'épouvantail social-libéral. Rompez avec le PS, et tout sera possible, a-t-il lancé, inlassablement, aux amis du non, à Bové et à Buffet en particulier. Il y a deux gauches, elles ne peuvent gouverner ensemble, et unir les nonistes ne serait qu'illusion sans une clarification préalable. Engagez-vous à ne pas gouverner avec les socialistes, promettez que vous ne voterez même pas le budget d'un gouvernement PS ! Conditions impossibles... Depuis l'automne, la Ligue rassemble des promesses de signatures pour Besancenot. Certaine que le PC, par peur comme par habitude, ne se défera pas des socialistes... Et que Marie-George Buffet, contrainte au combat, serait défaite par le brillant et populaire Olivier. «Sur le terrain, les seules forces organisées sont la Ligue et le PS, affirme Pierre-François Grond. Contre le CPE, il y avait nos jeunes et les jeunes socialistes, rien d'autre. Cela montre bien que les choix sont clairs... Entre les deux gauches, il n'y a pas d'espace.»
Ainsi s'envole le bel élan de 2005, la griserie des combats partagés, l'ivresse de la victoire, même l'estime réciproque - réelle - des dirigeants du non. «Les dirigeants de la LCR veulent détruire le PC, pour incarner seuls la radicalité», analyse le communiste refondateur Roger Martelli. Lui, en échange, s'emploie à embêter les copains trotskistes. L'appel unitaire du 13 mai est son oeuvre. L'objectif : mettre sous pression les militants de la LCR, appellés à décider, le 23 juin, s'ils présentent définitivement la candidature de Besancenot, ou s'ils y renoncent, au profit d'un candidat d'union encore hypothétique.Et le débat interne de la LCR -3 000 militants - devient la mère de toutes les batailles de la gauche radicale : la dernière chance du non...
«Nous ne sommes pas une secte, nos militants seront sensibles à la pression unitaire», jure Christian Picquet, complice à l'intérieur de la Ligue du communiste Martelli. Et si cela marche, si la LCR saborde Besancenot ? «On poursuivra le débat. On amènera le PC à clarifier sa position.» Et ensuite ? «On ira à la campagne présidentielle comme on est allé au référendum. On fera une campagne collective, avec une équipe de porte-parole. Le candidat ne sera que le premier de ces porte-parole.» Et qui sera ce premier ? Finalement Buffet ? Besancenot quand même ? Ou Jean-Luc Mélenchon, aujourd'hui engagé avec Fabius au PS, mais qui encourage ses amis à animer les manoeuvres nonistes... Mélenchon, qui lorgne sur l'expérience allemande du Linkspartei, que d'aucuns imaginent en Lafontaine français, qui romprait avec un PS « ségolénisé » pour devenir le héraut des antilibéraux ? Ou alors Bové ? Ou le syndicaliste retraité Claude Debons, animateur d'Alternative citoyenne, allié de gauche du PC ? Ou la jeune et médiatique Clémentine Autain, adjointe de Delanoë à Paris, communiste sans la carte, féministe trentenaire, réponse synthétique à Besancenot et à Ségolène ? Un an après la victoire, c'est la gueule de bois du trop-plein.
Claude Askolovitch
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(AP)
Le "non" de gauche se cherche toujours un avenir électoral --par Christine Ollivier--
AP | 26.05.06 | 14:33
PARIS (AP) -- Les tenants du "non" de gauche comptent célébrer dignement lundi le premier anniversaire du rejet de la Constitution européenne. Mais la fête risque d'avoir un goût amer: l'élan du 29 mai ne s'est pas traduit en véritable alternative politique, la désunion régnant dans le camp "antilibéral" à un an de la présidentielle.
Les "collectifs du 29 mai" ont annoncé leur intention de "faire la fête": dans de nombreuses villes et régions se tiendront dimanche et lundi pique-niques ou colloques. Du côté du Parti communiste, la secrétaire nationale Marie-George Buffet doit se rendre lundi dans plusieurs communes de Seine-Saint-Denis pour se mêler à des initiatives locales, avant de participer à une "soirée anniversaire festive" dans le XIe arrondissement de Paris.
Les avocats du "non" de gauche -le PCF, la Ligue communiste révolutionnaire (LCR), Lutte ouvrière, une minorité du Parti socialiste, dont Laurent Fabius et Jean-Luc Mélenchon, quelques Verts, mais aussi une myriade de collectifs et d'associations- sont d'autant plus d'humeur festive qu'ils ont le sentiment d'avoir engrangé un autre succès depuis le 29 mai: celle du mouvement contre le CPE (contrat première embauche), que beaucoup ont mené en première ligne au nom de la lutte contre le "libéralisme".
Mais tout cela risque fort d'accoucher d'une souris électorale en 2007, la logique des appareils politiques ayant jusque-là pris le pas sur les appels à l'unité de la base.
Le 11 mai dernier était lancé un appel "pour des candidatures communes antilibérales de gauche aux élections présidentielle et législatives". "Pour que ça change vraiment, l'heure est venue de passer aux actes", pouvait-on y lire. "Nous nous battons pour gagner" avec "l'objectif d'une majorité et d'un gouvernement qui appliquent une politique au service du peuple", proclamaient les signataires.
Parmi eux figuraient l'ancien porte-parole de la Confédération paysanne José Bové, quelques Verts, des proches de Jean-Luc Mélenchon, des mouvements comme "Les Alternatifs", Convergence citoyenne, la Gauche républicaine, le Mouvement pour une alternative républicaine et sociale (MARS), mais aussi le PCF. La LCR a refusé de s'y associer.
Dans la foulée se tenait à Paris des "Assises nationales des Collectifs du 29 mai" réunissant plus de 350 délégués qui ont adopté une "Charte pour une alternative au libéralisme". Marie-George Buffet, Jean-Luc Mélenchon, le porte-parole de la LCR Olivier Besancenot et le député PS du Nord Marc Dolez notamment ont assisté aux débats. Une nouvelle réunion nationale est prévue fin septembre-début octobre.
L'espoir d'une union de la "gauche anti-libérale" aux présidentielle et législatives de 2007 risque fort d'être définitivement enterré d'ici là. Fin juin, la LCR doit se prononcer sur une candidature d'Olivier Besancenot à la présidentielle, alors que les Verts et Lutte ouvrière ont déjà proclamé leur intention de faire bande à part.
La question d'une éventuelle candidature LCR divise profondément les militants de la Ligue, à tel point que la direction a préféré repousser de six mois sa décision. Mais celle-ci ne fait au final guère de doute: si M. Besancenot a convié récemment Mme Buffet, la porte-parole de LO Arlette Laguiller et José Bové à une "bouffe à quatre" -invitation rejetée par les intéressés-, la LCR refuse d'envisager une alliance avec le PCF s'il ne renonce pas à toute participation à un gouvernement socialiste.
"Il est impossible de vouloir oeuvrer au regroupement des antilibéraux conséquents et d'envisager la préparation d'une alternance avec la direction du PS", estimait encore la LCR dans une lettre adressée le 12 mai au Parti communiste.
Mais ce pas, le PCF n'est pas prêt à le faire. Marie-George Buffet préfère pour l'heure jouer sur les deux fronts, en discutant à la fois avec la LCR et avec le Parti socialiste. Et si elle lance des appels pressant au rassemblement des antilibéraux, c'est parce qu'elle se verrait bien l'incarner en 2007.
Le PCF tranchera la question de la candidature communiste à la présidentielle en octobre. Bien après la LCR, donc. Ce qui lui permettra entre-temps de rejeter la responsabilité de la désunion sur la Ligue. AP
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ROUGE 11 mai 2006
Claude DEBONS, ancien responsable syndical, membre de la Fondation Copernic, est l¹un des animateurs du Collectif National du 29 mai. Il fait pour nous le point sur les Assises nationales, le 13 mai, des collectifs nés de la campagne pour le " non " de gauche au Traité constitutionnel européen (TCE).
ÿ 1. Un an après la victoire du "non" au TCE, où en sont les collectifs?
Les collectifs sont toujours vivants un an après. Cela témoigne de la profondeur de ce qui s¹est passé à l¹occasion de la campagne référendaire. Leur nombre a diminué ; il en reste près de 400 dans le pays avec de fortes inégalités départementales. Ils ont aussi rétréci sur le noyau le plus militant, mais ils ont résisté. Pour beaucoup de militants syndicaux et associatifs, entrés en politique à l¹occasion de la campagne référendaire, les collectifs demeurent le cadre privilégié de leur action politique. L¹acquis du travail commun politique-syndical-associatif demeure et il retrouve une pertinence particulière dans le débat sur les propositions alternatives .
Après des difficultés de reprise en septembre, l¹activité des collectifs a connu des points forts. D¹abord, il y a eu beaucoup d¹initiatives de soutien aux luttes locales, en défense de services publics menacés ou contre des licenciements. Les collectifs y ont apporté une " grille de lecture " en replaçant ces luttes dans le contexte des politiques libérales globales et donc des ruptures nécessaires. Les collectifs ont largement relayé l¹appel à la manifestation nationale du 19 novembre appelée par la Convergence des collectifs services publics.
Ensuite il y a eu l¹action pour le retrait de la Directive Bolkestein débattue au Parlement européen dès l¹automne. Le Collectif national et les collectifs locaux ont été à l¹initiative de la mobilisation unitaire. De nombreuses réunions publiques, diffusion d¹informations, rassemblements, ont eu lieu dans les différentes villes. En lien avec nos camarades européens (allemands et belges surtout), ils ont été largement partie prenante de la manifestation de Strasbourg, qui a aussi été un aiguillon pour que la CES mobilise pleinement.
Enfin, les collectifs ont entrepris de débattre d¹une " charte antilibérale pour l¹alternative ". Ce débat a été bousculé positivement par la formidable mobilisation de la jeunesse et des salariés contre le CPE. Les collectifs ont bien sûr apporté leur soutien et popularisé le mouvement. L¹animation appartenait naturellement aux structures légitimes pour cela, syndicats, assemblées générales et coordinations élues. Les collectifs n¹ont pas vocation à être des cadres de mobilisation " tous terrains " ; ils ont une légitimité particulière à être à l¹initiative dans certains domaines eu égard à leur origine ; ils n¹ont pas à se substituer à des structures plus habilitées dans d¹autres domaines.
Les collectifs participeront aux manifestations du 13 mai contre " l¹immigration jetable " et prépareront celle du 10 juin sur Bolkestein et les services publics. Ils " feront la fête " le 29 mai.
> 2. Quel est l'objectif de ces assises, décidées par la réunion de décembre
des collectifs ?
En décembre, nous avons décidé de mettre en chantier une Charte antilibérale pour l¹alternative. Nous voulons montrer, qu¹au-delà du Non au libéralisme, la gauche antilibérale est capable de formuler des propositions alternatives communes. Les luttes sociales seront d¹autant plus efficaces qu¹elles pourront s¹appuyer sur une perspective en rupture avec les politiques libérales et leur accompagnement social-libéral. Cette exigence est renforcée par le discrédit croissant d¹un pouvoir délégitimé et à bout de souffle et à la véritable crise de régime en cours. Elle est confortée par le constat que le Parti Socialiste n¹a tiré aucun bilan critique sérieux des politiques qui ont conduit au 21 avril 2002.
Ces Assises vont adopter cette Charte et débattre de son utilisation pour mener des campagnes et intervenir dans les mobilisations. Ce n¹est pas un " produit fini ", son enrichissement va se poursuivre. Mais les collectifs vont maintenant se tourner vers un plus large débat populaire. Des tracts, des documents plus maniables vont être préparés, pour favoriser une plus large appropriation par les citoyens. Nous voulons recréer une dynamique populaire semblable à celle qui s¹était emparée du débat sur le TCE. Bien sûr, c¹est plus difficile et cette dynamique ne prendra un plein essor qu¹avec une concrétisation en termes de perspective politique unitaire pour les prochaines échéances. Ce n¹est pas la fonction des collectifs de résoudre les questions de stratégie électorale, mais je ne doute pas qu¹ils fassent entendre avec force les aspirations qui les traversent. Pour avoir fait près de 120 réunions publiques depuis le lancement de l¹Appel des 200, je peux témoigner de l¹espoir que nous avons fait naître pour que se concrétise une nouvelle perspective de transformation sociale.
3. La charte a fait l'objet d'un long débat, entre les courants présent au
collectif national, au sein des collectifs locaux et à l'occasion d'une
série de forums publics. Quel bilan tires-tu de ce débat ?
L¹événement n¹est pas anodin. Nos adversaires avaient prédit l¹éclatement de notre rassemblement supposé hétéroclite. Un an après, nous sommes toujours là. Et le document auquel nous parvenons est consistant. Un socle commun pour des politiques alternatives existe entre les différentes forces qui s¹étaient retrouvées autour de l¹Appel des 200.
Nous avons reçu des centaines d¹amendements, ponctuels, globaux, des contributions diverses, etc, qui confirment la campagne référendaire. Il y a une volonté de débat politique sur le fond des choses. Il y a un intérêt pour discuter des propositions alternatives, des conditions de leur réalisation, des rapports de forces à construire pour les imposer. De nombreux citoyens ne se résignent pas à l¹idée qu¹il n¹y aurait qu¹une seule politique possible ; celle de la régression sans fin par la mise en concurrence généralisée dans le cadre de la mondialisation capitaliste. Cela confirme que la démocratie ‹ c¹est-à-dire la souveraineté populaire et l¹intervention citoyenne ‹ doit être au c¦ur de notre projet de transformation sociale.
L¹espoir d¹une alternative est très fort. Il y a même une exaspération qui monte devant les lenteurs de concrétisation. Nous avons la responsabilité de ne pas décevoir.
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L'HUMANITE
événement
Pourquoi les patrons aiment la France
Économie . Selon l¹étude de KPMG, la France est au 3e rang des pays les moins chers pour l¹implantation des sociétés. La fiscalité et le coût du travail y sont plutôt faibles.
Alors que le gouvernement a entamé le travail d¹arbitrage pour l¹élaboration du budget 2007, une étude du cabinet d¹audit américain KPMG vient contredire l¹idée que le coût élevé du travail en France et la rigidité de son droit social, nuirait à son attractivité. Or, la France est le pays d¹Europe où les coûts d¹implantation pour les entreprises sont les plus faibles. Au grand dam du MEDEF, qui ne cesse d¹évoquer un coût du travail et une fiscalité « prohibitifs », l¹Hexagone est au contraire l¹un des territoires les plus attractifs au monde. Pour le cabinet d¹audit américain KPMG, qui établit le constat, la France est même le 3e pays le moins cher pour l¹implantation des sociétés. L¹étude menée montre que seuls Singapour et le Canada présentent des conditions plus favorables. La France est même moins chère que le Royaume-Uni (sixième position) ou les États-Unis (septième du classement) ; le Japon et l¹Allemagne étant les deux pays les plus chers.
Des coûts faibles
Les arguties du MEDEF et de la droite sur un marché du travail trop rigide en terme de coût et de possibilité de licenciement sont mis à mal par cette étude. Même en terme de comparaison entre grandes métropoles, Paris est plus attractive financièrement que Yokohama, Londres, Francfort ou New York. En ce qui concerne les très grandes agglomérations (plus de 1,5 million d¹habitants), Lyon arrive en deuxième position derrière Montréal. Et pour les villes de 100.000 à 500 000 habitants, Montpellier et Nantes occupent la tête de ce classement international.
Les propos cette semaine de Christian Noyer tombent du coup un peu à plat. Estimant nécessaire une amélioration de la compétitivité française, le gouverneur de la Banque de France déplore un coût du travail qui progresse plus vite en France que dans la zone euro. Il estime que « la proportion des salariés payés au SMIC et aux minima sociaux est historiquement élevée (16,8 %), suite aux revalorisations accentuées et rapprochées depuis 2003, ce qui crée un risque de pression sur les coûts salariaux ». L¹orthodoxie de la Banque de France se confirme une nouvelle fois alors que l¹attirance des capitaux internationaux pour la France reste réelle. La France propose en effet une fiscalité extrêmement attractive pour les patrimoines.
AVANTAGES fiscaux
Comme le soulignait hier le syndicaliste Jean-Christophe Le Duigou, « les ménages les plus aisés comme les actionnaires n¹ont pas à se plaindre du gouvernement Villepin ». Parlant de « contre-réforme fiscale », le nº 2 de la CGT rappelle que « le bouclier fiscal profitera à 93 000 foyers et chacun gagnera en moyenne 18 000 euros sur son imposition ». Jean-christophe Le Duigou ajoute « les 4 000 euros (de gain) dus à l¹extension des exonérations pour les actions dans l¹assiette de l¹ISF ». Début 2005, le gouvernement avait modifié le prélèvement sur les dividendes en passant d¹un système dit « d¹avoir fiscal » à un système « d¹abattement » ; le basculement augmentant sensiblement le rendement des gros portefeuilles de titres mobiliers (les actions). Alors que les entreprises, de leur côté, développent une politique de dividendes (voir l¹Humanité d¹hier) particulièrement favorable aux très gros actionnaires, le gouvernement leur ajoute la cerise fiscale. Les cadeaux fiscaux pour les entreprises s¹étendent même à l¹impôt sur les sociétés (IS). Le taux nominal de 33 % est souvent décrié par le patronat français pour être l¹un des plus élevés d¹Europe. Or la présence de nombreuses niches fiscales, comme le régime d¹amortissements dégressifs, la déductibilité des intérêts d¹emprunts, le régime d¹intégration fiscale, ou encore le régime du bénéfice mondial, conduit à un taux d¹IS effectif, réel, assez bas. Comme le cadre réglementaire européen permet aux entreprises de localiser leurs bénéfices là où la fiscalité est la plus avantageuse, la France reste l¹un des points de chute favoris de nombreux capitaux.
Sébastien Ganet
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Stéphane Pocrain annonce sur le Bondy Blog sa candidature à la présidentielle
LEMONDE.FR | 25.05.06 | 20h24 €
Stéphane Pocrain, ancien porte-parole des Verts et membre fondateur du Conseil représentatif des associations noires de France (CRAN), a annoncé jeudi 25 mai qu'il serait candidat à l'élection présidentielle de 2007.
Pour ce faire, cet ancien chroniqueur de télévision de 33 ans a choisi de s'exprimer dans le Bondy Blog, fondé pendant la crise des banlieues par des journalistes de l'hebdomadaire suisse L'Hebdo et passé aux mains, depuis le 1er mars, d'une équipe de huit jeunes de Bondy (Seine-Saint-Denis), sélectionnés et formés par L'Hebdo. "Oui, je suis candidat à l'élection présidentielle", a ainsi déclaré Stéphane Pocrain à l'un des animateurs du blog, Kamel, avant de revenir sur son engagement militant depuis 1986, date des manifestations lycéennes et de la mort de Malik Oussekine, de l'opposition à la "droite de l'époque caractérisée par le duo Pasqua-Pandraud", de la deuxième victoire de François Mitterand... Autant d'événements qui l'ont "marqué".
Quant à sa décision d'aujourd'hui, Stéphane Pocrain estime que "l'élection présidentielle ne doit être interdite à personne" : "Il n'y a pas de couleur de peau pour être candidat à la présidence de la République. Il n'y a pas d'âge. Il n'y a pas de parcours obligé. On n'est pas obligé d'avoir fait l'ENA ou Polytechnique. Tout le monde a le droit d'être un militant politique, donc je suis candidat", explique-t-il.
"SI J'ÉTAIS ÉLU PRÉSIDENT..."
Interrogé sur son programme, Stéphane Pocrain avance ces priorités : "l'égalité" et la "formation" pour les jeunes. "Si j'étais élu président, une de mes premières mesures, peut-être ma première mesure, ce serait un plan d'urgence pour la réduction des effectifs dans ce qu'on appelle les zones d'éducation prioritaires (ZEP) pour dire par exemple qu'on ne veut pas plus de vingt élèves par classe". Toujours pour les jeunes, le militant vert propose la création d'"une caisse nationale pour l'autonomie de la jeunesse" qui serait gérée par des représentants de l'Etat, des organisations patronales, des organismes de formation et des organisations de jeunesse.
Enfin, quant au choix du Bondy Blog pour son annonce, Stéphane Pocrain explique qu'il l'a fait pour deux raisons : l'une "affective", l'autre plutôt stratégique. Affective, parce qu'il trouve "plutôt bien que sa campagne commence en banlieue", sur un blog né de la "révolte des jeunes" ; l'autre stratégique, parce que selon lui, dans les grands médias, il y a "une incapacité à prendre en compte ce qui se passait de nouveau dans la société". Une conviction née pendant la campagne pour le référendum du 29 mai, lors de laquelle il a milité pour le "non".
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Le Figaro
2007 : le duel Sarkozy-Royal s'installe dans les esprits
Guillaume Tabard
22 mai 2006, (Rubrique France)
A un an de l'échéance électorale, le président de l'UMP et l'élue socialiste exercent une domination inédite sur leurs camps respectifs.
POUR DEUX FRANÇAIS sur trois, c'est eux. En l'état actuel de l'opinion, selon le deuxième baromètre TNS Sofres-Unilog pour RTL, Le Figaro et LCI, le duo Sarkozy-Royal domine sans partage le paysage politique. Si cette situation perdurait, cela marquerait un tournant dans l'histoire de l'élection présidentielle.
Il faut en effet remonter à 1974, au premier duel entre Valéry Giscard d'Estaing et François Mitterrand, pour que les deux finalistes du scrutin franchissent tous les deux la barre des 30%. De présidentielle en présidentielle, le score cumulé de premier tour des deux candidats arrivant en tête n'a cessé de se réduire pour atteindre la situation extrême de 2002, où Jacques Chirac et Jean-Marie Le Pen ont à peine totalisé 37%. La logique du vote utile n'a cessé d'être battue en brèche au point de transformer la présidentielle en une sorte de scrutin à la proportionnelle ou de simple sondage en taille réelle.
Sur la foi des sondages actuels, Ségolène Royal et Nicolas Sarkozy témoignent de leur capacité à structurer leurs camps respectifs et à créer une dynamique majoritaire. Ce tournant est vrai plus encore pour la droite. Chaban-Giscard, Giscard-Chirac, Chirac-Barre, Chirac-Balladur, l'offre à droite fut régulièrement marquée par la division. L'écart, d'un à six, mesuré entre Nicolas Sarkozy et Dominique de Villepin, montre qu'il n'y a plus aujourd'hui de place à droite pour deux candidatures de poids équivalent.
Un affrontement qui redonne goût à la politique
A gauche, la domination de Ségolène Royal se fait par écrasement de ses concurrents.
Ni la communiste Marie-George Buffet ni la Verte Dominique Voynet ne feraient plus de 3%. A droite, en revanche, la suprématie de Nicolas Sarkozy ne se fait pas au détriment de François Bayrou, qui démarre cette campagne avec un potentiel déjà supérieur à son score de 2002. Dans le match de 2007, le président de l'UMP part avec un atout de plus par rapport à la possible candidate socialiste : la capacité à conclure une alliance.
Loin de lasser les électeurs, la domination de ce duo semble au contraire leur rendre goût à la politique : 63% se disent «intéressés» par la présidentielle, un score qui n'est en général atteint que dans les dernières semaines d'une campagne. Comme si, après avoir toujours connu, depuis la première présidentielle au suffrage universel, au moins un candidat sexagénaire, les Français attendaient avec impatience ce match de jeunes quinquagénaires.
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Le Monde
Critiquée sur l'UDF, Mme Royal défend la gauche rassemblée
LE MONDE | 19.05.06 | 14h13 € Mis à jour le 19.05.06 | 14h13Etrillée pour avoir vanté les mérites de Tony Blair, le chef du gouvernement britannique, Ségolène Royal l'est aujourd'hui sur l'UDF. Les propos de deux de ses partisans, Gérard Collomb et Julien Dray, qui n'excluent pas, à terme, un rapprochement avec François Bayrou, ont soulevé de nombreuses réactions au PS.
Au point que Mme Royal et M. Hollande, cités par l'AFP jeudi 18 mai, ont fait l'un et l'autre une mise au point. "Si Bayrou veut rejoindre le PS, on ne va pas lui dire non, a réagi la présidente PS de la région Poitou-Charentes. Mais la mission des socialistes, et la seule logique politique, c'est le rassemblement de la gauche." Le premier secrétaire du PS, M. Hollande, a, lui, assuré que son parti restait ferme sur sa "stratégie de rassemblement de la gauche". "Nous travaillons avec les Verts, les radicaux de gauche, les communistes s'ils le souhaitent, à une plate-forme commune pour les législatives de 2007", a-t-il souligné.
Mercredi, au lendemain du vote par le président de l'UDF de la motion de censure contre le gouvernement, Julien Dray, porte-parole du PS, avait estimé sur i-télé qu'"à ce stade", il n'était pas envisageable, pour les socialistes, de gouverner avec le centre, mais que, "dans le cadre d'un repositionnement politique, tout est ouvert". Le maire de Lyon avait aussi abondé dans ce sens.
Aussitôt, les adversaires de Mme Royal, candidate potentielle du PS en 2007, sont montés au créneau. Dans un texte intitulé "Un doute Royal", le député de Paris, Jean-Christophe Cambadélis, proche de Dominique Strauss-Kahn, dénonce la tentation "de forger un deuxième centre". Chez les fabiusiens, la députée européenne Marie-Noëlle Lienemann se dit "scandalisée" par les propos de M. Dray. "Le PS, dit-elle, doit repousser avec force toute alliance avec le centre aujourd'hui et demain. (Il) doit rejeter à la fois le spectre de la troisième force (alliance avec les centristes) et de la troisième voie (politique de M. Blair)."
VISION DE L'ÉCONOMIE
Dans un entretien aux Echos, vendredi, Mme Royal prend ses distances avec M. Blair. Son "absence de réaction fait peur", dit-elle à propos de la fermeture d'une usine Peugeot de 2 300 salariés en Grande-Bretagne. Elle précise aussi sa vision de l'économie. Partisane d'un "bon deal" pour succéder au "vieux compromis fordien mort" depuis longtemps, Mme Royal propose de "nouvelles sécurités" pour les salariés entre deux emplois, avec des formations "adaptées" et un accompagnement personnalisé, à l'image de ce qui se fait en Scandinavie : "Plutôt que l'obsession de démanteler le droit du travail, voilà le type de nouvelle donne dont nous pourrions nous inspirer."
Mme Royal voit dans le contrat à durée indéterminée "un droit fondamental" et défend, sans plus de précisions, l'augmentation du smic. Mais elle pense aussi que "la gauche doit se donner pour objectif de réduire les déficits" et que "l'Etat doit réduire son train de vie". Elle insiste sur ses priorités : "Revaloriser le travail" et "défendre les familles dans leur diversité", et refuse toute proximité avec la droite. Mais les déclarations de ses partisans, sur ce point, l'entravent.
Isabelle Mandraud
Article paru dans l'édition du 20.05.06
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Le Monde
Clearstream : les Français entre désintérêt et irritation
LE MONDE | 19.05.06 | 12h44 € Mis à jour le 19.05.06 | 12h44Que retiennent les Français du feuilleton de l'affaire Clearstream ? Quel intérêt lui portent-ils ? Cette affaire sera-t-elle susceptible de modifier leur comportement électoral ? A un an du scrutin présidentiel, ces questions taraudent les candidats - déclarés ou non -, ainsi que les états-majors politiques.
A ce stade, et sous réserve de nouveaux développements politiques et/ou judiciaires, les responsables des instituts de sondage enregistrent le désintérêt d'une majorité de Français pour une affaire qui, comme le souligne le directeur du département politique de TNS-Sofres, Brice Teinturier, "reste extraordinairement complexe et totalement éloignée de leurs préoccupations".
Une enquête de l'IFOP réalisée les 4 et 5 mai, alors que l'affaire Clearstream faisait la "une" des médias depuis une semaine, la classait en dixième position des sujets de conversation des Français, très loin derrière "la hausse des prix du carburant et du gaz". Selon un sondage de l'institut CSA, réalisé les 9 et 10 mai, seules 17 % des personnes interrogées disaient en parler spontanément. A titre de comparaison, CSA rappelle que, lors de la crise du contrat première embauche (CPE), 67 % des Français en parlaient.
Les deux instituts ont constaté que le degré d'intérêt manifesté à cette affaire par les Français était directement lié à leur niveau d'études. "Elle remue les cadres, diplômés et plutôt parisiens. Elle n'agite pas le fond du pays", souligne Stéphane Rozès, directeur de CSA-Opinions. La complexité et la confusion du dossier ne suffisent pas à expliquer le désintérêt de l'opinion. Selon Jérôme Sainte-Marie, directeur de BVA-Opinion, "il manque plusieurs ingrédients pour que cette affaire choque l'opinion et marque un tournant".
Pas de "dimension tragique", contrairement aux affaires du Rainbow-Warrior ou du sang contaminé, nul "objet pittoresque immédiatement mémorisable", comme la fameuse paire de chaussures de Roland Dumas, aucun "indice d'enrichissement personnel d'un des protagonistes" : le sujet de l'affaire Clearstream, souligne M. Sainte-Marie, est "quelque chose de totalement abstrait".
Si ses méandres ne déclenchent pas les passions, l'affaire Clearstream n'est pas sans effet sur la perception qu'ont les Français de leurs responsables politiques. Pour M. Teinturier, cette affaire "ne peut que les irriter, voire créer du dégoût. Survenant à un an de l'élection présidentielle, elle conforte l'idée que les acteurs politiques ne sont mus que par leurs ambitions personnelles. L'idée est : "Ils s'occupent d'eux, pas de nous"".
M. Sainte-Marie rapproche l'affaire Clearstream du congrès de Rennes de 1990, lorsque les socialistes, alors au pouvoir, avaient donné "le sentiment qu'ils étaient trop occupés par leurs querelles internes pour gérer les affaires de la France".
Selon M. Rozès, les Français seraient pressés de tourner cette page, redoutant que cette affaire leur "vole" le débat présidentiel : "Ils craignent, dans un climat de crise, que leurs exigences en matière économique et sociale soient détournées." Ce n'est pas tant l'incompréhension que l'attente d'autres débats qui susciterait le désintérêt des Français.
Dans ce contexte, et toujours sous réserve des suites de l'affaire, il paraît très difficile d'en cerner l'impact sur les intentions de vote. Pour les raisons évoquées ci-dessus, les Français ne feraient guère de distinction entre les protagonistes. "Ce n'est pas l'affaire elle-même qui pose problème, mais le fait qu'elle rend la communication du gouvernement totalement inaudible", relève M. Sainte-Marie.
Le directeur de BVA, qui note "l'énergie" retrouvée par le président de l'UDF, François Bayrou, souligne que "le discrédit pourrait porter sur l'ensemble de l'UMP, Nicolas Sarkozy compris". La gauche ne semble pas pour autant en tirer bénéfice.
"Cela nourrit et conforte une grille de lecture favorable à tous ceux qui sont à la périphérie du système, souligne M. Teinturier. Qu'il s'agisse des abstentionnistes, de l'extrême droite, et en partie de l'extrême gauche, même si elle ne réagit pas de la même façon." Le responsable de la Sofres ajoute toutefois que "des affaires de ce type ne structurent pas le comportement électoral".
Alors que le souvenir du 21 avril 2002 est dans toutes les mémoires, chacun s'interroge, bien sûr, sur le bénéfice que pourrait en retirer l'extrême droite. Si l'inquiétude est grande au sein des autres formations politiques, les responsables des instituts de sondage relativisent "l'effet Clearstream".
M. Sainte-Marie invoque plus volontiers une accumulation : "Immigration, insécurité, autorité de l'Etat, moeurs politiques : les différentes crises qui ont eu lieu depuis plusieurs mois semblent sans cesse conforter l'argumentaire de l'extrême droite." "Les convaincus seront confortés. Mais on ne devrait pas assister à des basculements", ajoute M. Teinturier.
Evoquant un sondage réalisé par son institut mais non encore publié, M. Rozès fait même état d'un très léger tassement des intentions de vote en faveur du FN. Selon cette enquête, c'est la socialiste Ségolène Royal qui aurait tiré le plus de "profit" de l'affaire Clearstream... pour ne pas en avoir excessivement parlé.
Jean-Baptiste de Montvalon
Article paru dans l'édition du 20.05.06
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Reuters
Ségolène Royal prône une nouvelle donne économique
PARIS (Reuters) - Ségolène Royal prône une nouvelle donne entre les entreprises et la collectivité afin de concilier performance économique et justice sociale.
Dans une interview aux Echos de vendredi, la candidate probable à l'investiture socialiste pour l'élection présidentielle 2007 voudrait rompre le "déséquilibre ravageur" entre "le capital et le travail".
Préférant le slogan "ségolisme" à celui de "royalisme", elle explique qu'il s'agit plus pour elle d'une "méthode" que d'un "catalogue" de propositions alors que les socialistes sont en train de finaliser leur projet.
"Tant que nous n'aurons pas réussi à mettre en place les nouvelles sécurités adaptées aux missions de notre monde, la peur et la méfiance l'emporteront", avance-t-elle. "Le vieux compromis fordien est mort mais aucun 'bon deal', aucune 'nouvelle donne' ne l'a encore remplacé".
Pour Ségolène Royal, les nouvelles sécurités "doivent conjuguer deux formes d'efficacité: économique et sociale".
Elle n'exclut donc pas une discussion sur le contrat de travail à condition que le CDI "reste la base, car une société qui se précarise dans ses principes fondamentaux va à la dérive".
"Il doit être la colonne vertébrale et c'est par le dialogue social qu'il faut définir ce qui doit être assoupli", dit-elle.
De même, la députée socialiste n'exclut pas de nouveaux assouplissements des 35 heures. "Peut-être faut-il aller au-delà pour que ceux qui veulent travailler puissent le faire".
Néanmoins, Ségolène Royal juge "scandaleux les chantages à l'emploi auxquels des entreprises se livrent pour remettre en cause des accords de RTT". "Le vrai sujet serait de pouvoir moduler le temps de travail selon les étapes de la vie".
Pour Ségolène Royal, il y a en France un problème de coût du travail "mais pas à cause des salaires, à cause des charges". Elle propose donc de transférer les cotisations maladie et famille sur la fiscalité.
Concernant le Smic, la responsable socialiste se prononce pour une augmentation car "il y a de plus en plus de travailleurs pauvres et de familles surendettées". Mais elle répète que personne "ne doit être payé à ne rien faire", une façon de rappeler que le travail est "facteur premier d'intégration sociale".
Dans le même esprit, Ségolène Royal considère que la gauche "doit se donner pour objectif de réduire les déficits".
"Une politique favorable à la croissance l'y aidera, mais l'Etat doit réduire son train de vie, ses gaspillages et ses doublons en misant notamment sur une vraie décentralisation", explique-t-elle.
Enfin, Ségolène Royal se défend d'utiliser les mêmes termes que le président de l'UMP Nicolas Sarkozy, comme "ordre juste" et "sécurité durable".
"Partout, la droite sème l'injustice et crée le désordre", dit-elle.
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"Lancer de noms" à la gauche du PS pour 2007
LE MONDE | 30.05.06 | 15h25 € Mis à jour le 30.05.06 | 15h25L'exercice a commencé il y a presque un mois mais s'est accéléré depuis quinze jours. Après avoir lancé un appel de personnalités pour une candidature unitaire à gauche du Parti socialiste (PS) en 2007 et décidé de constituer des collectifs de campagne, les promoteurs de cette initiative au sein de la gauche radicale s'essaient, depuis peu, à un jeu curieux : le "name dropping". Ils lancent des noms de candidat potentiel pour voir comment les autres réagissent.
Car l'idée que ce ne pourra pas être un des "2 B" (Marie-George Buffet du PCF, Olivier Besancenot de la LCR) - comme les deux leaders de parti sont appelés depuis la campagne du non au référendum du 29 mai - semble de plus en plus faire son chemin. Il faut donc trouver un ou une qui ne serait ni "ringardisée", car secrétaire nationale du PCF, ni trop "marqué extrême gauche", comme le porte-parole de la LCR.
"Pour favoriser une vraie dynamique, il faut un nom hors parti", assurait ainsi l'altermondialiste Raoul-Marc Jennar lors de la réunion des collectifs, samedi 13 mai à Paris. "Nous avons besoin d'une personnalité plus indépendante", plaide l'ancien syndicaliste Claude Debons. Le nom de José Bové circule depuis longtemps, sans faire l'unanimité. Trop monothématique, critiquent les militants du PCF ou de la LCR, avec ses interventions "uniquement focalisées" sur les organismes génétiquement modifiés (OGM). "Il a été très discret pendant les mobilisations contre le contrat première embauche (CPE)", ajoute le rénovateur Roger Martelli.
LA CARTE ASSOCIATIVE OU SYNDICALE
Une première salve a été tirée par des petites organisations - comme Alternative citoyenne -, qui ont tenté de jouer la carte associative ou syndicale. Avec le nom de Malika Zediri, militante du mouvement de chômeurs Apeis. Ou celui d'Annick Coupé, porte-parole de l'Union syndicale Solidaires. Un choix néanmoins impossible en raison de son mandat, Solidaires ayant refusé d'être engagé dans une campagne politique.
Une autre tentative est venue de la Fondation Copernic. Et si son président, Yves Salesse, reconnu comme l'un de ceux qui ont fourni des argumentaires à la campagne du non, tentait sa chance ? Mais un conseiller d'Etat, ce n'est pas très vendeur. Et le ton parfois péremptoire de M. Salesse ne passe pas au PCF.
D'autres, notamment les rénovateurs communistes, ont alors pensé à Clémentine Autain, conseillère de Paris. Apparentée PCF mais non encartée, elle a l'atout de sa jeunesse et de son féminisme. "Elle ne passe pas le périph'", tranche un responsable de Mouvement pour une alternative républicaine et sociale (Mars). Manière de dire qu'elle n'est pas connue au-delà des petits cercles parisiens.
Alors qui ? "On ne joue pas tout sur le nom mais sur une équipe", assure Christophe Aguiton, militant d'Attac. "Ce sont les collectifs et, in fine, les sondages qui trancheront", corrige la verte Francine Bavay. Sur ce terrain, José Bové paraît le mieux placé. Un sondage CSA publié par l'hebdomadaire Marianne du 27 mai le place en tête des aspirants candidats, avec 9 % d'intentions de vote, devant M. Besancenot et Mme Buffet. L'ex-leader paysan a d'ailleurs accordé un entretien au Journal du dimanche du 28 mai, dans lequel il se déclare une nouvelle fois "disponible" pour conduire la campagne.
Sylvia Zappi
Article paru dans l'édition du 31.05.06
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Vigoureuses critiques de Montebourg sur l'ébauche de projet socialiste
AFP 31.05.06 | 13h47
Arnaud Montebourg a vigoureusement critiqué mercredi le document de synthèse présenté par la commission du projet socialiste, "tisane gestionnaire froide", selon lui.
Il a aussi marqué son désaccord avec la méthode prévoyant que les adhérents voteront sur un seul texte, sans amendements.
"C'est une grave déception", a dit le député de Saône-et-Loire devant la presse, au lendemain de la discussion du texte devant le bureau national du parti. Il a évoqué un projet "frileux et conformiste, sans audace et sans ambition".
M. Montebourg et ses amis sont les seuls à ne pas avoir signé la synthèse du Congrès du Mans, en novembre. Ils ont alors quitté le courant "Nouveau parti socialiste" et créé la sensibilité "Rénover maintenant".
Pour lui, "les leçons du 21 avril 2002 ne sont pas tirées", et notamment "la question centrale de l'impuissance du politique". "Il faut apporter une vision bouleversante qui déplace l'ordre des choses", a-t-il estimé, regrettant que le PS, "parti du mouvement", "se noie dans une tisane gestionnaire froide".
Demandant que le parti "se ressaisisse", il a annoncé le dépôt d'une série d'amendements au texte qui doit être discuté mardi par un nouveau bureau national élargi à la commission du projet.
Les amendements porteront notamment sur la réforme des institutions et la VIème république ("45% du parti est pour", a-t-il affirmé), la régulation du capitalisme financier, la politique de l'emploi (avec par exemple la mise en place d'un système de bonus-malus social dans les entreprises), la relance de l'Europe, la recherche...
Il a soulevé le "problème démocratique" que pose, selon lui, la méthode, avec un texte unique, d'ailleurs "inférieur" à la synthèse votée au Mans, sans vote des amendements par les militants, "sans débat à l'intérieur du parti". "Une méthode bureaucratique, et non pas démocratique", a-t-il insisté.
Thierry Mandon, maire PS de Ris-Orangis, incriminant le "centralisme non démocratique" du PS, a précisé que le vote dans les sections des partisans de "Rénover maintenant" serait fonction du "sort réservé" à leurs amendements.
Interrogé sur sa candidature éventuelle à l'investiture présidentielle, M. Montebourg a indiqué que "ce sera(it) abordé" quand le PS disposera de son projet définitif. "C'est sûr que ne pas avoir un projet satisfaisant et ne pas avoir de candidat qui porte nos idées, ça fait beaucoup pour le mouvement rénovateur", a-t-il glissé.
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AP
Ségolène Royal prône
une politique "beaucoup plus ferme" La candidate PS dénonce la "faillite absolue" de la politique du ministre de l'Intérieur. Elle préconise des "solutions massives" et propose notamment, pour les jeunes délinquants, "un service à encadrement militaire".
Dénonçant la "faillite absolue" de la politique de sécurité menée par Nicolas Sarkozy, Ségolène Royal s'est engagée mercredi à mener "une politique beaucoup plus ferme" avec des "solutions massives" pour "rétablir un ordre juste". Parmi ses pistes, un "placement d'office dans un service à encadrement militaire" pour les jeunes ou des "stages" pour parents défaillants.
En visite à Bondy en Seine-Saint-Denis, département où des incidents ont éclaté lundi et mardi soirs à Montfermeil et Clichy-sous-Bois, elle a dressé un réquisitoire implacable de l'action de Nicolas Sarkozy. "L'échec de la politique de sécurité est flagrant", "c'est une faillite absolue" a-t-elle lancé, accusant son rival putatif pour 2007 d'être un "facteur de troubles", "de désordre" et "d'inefficacité politique". "On est dans un système de production massive mai de délinquance", "il faut une reprise en main lourde!"
Lisant posément ses notes, Ségolène Royal a préconisé "une autre politique beaucoup plus ferme". "C'est possible de vivre dans un pays où les gens cessent d'avoir peur les uns des autres", "il est temps de mettre en place une politique de sécurité efficace pour rétablir un ordre juste et une sécurité durable si chacun est à son poste et remplit sa fonction, de la famille en passant par l'école jusqu'aux services publics et jusqu'au rôle de la police".
La présidentiable socialiste a donc préconisé des "solutions massives adaptées à chaque âge" et une "approche globale" d'une grande fermeté basée sur la tolérance zéro. Un discours très éloigné de l'angélisme dont le PS a longtemps été accusé dans le domaine de la sécurité. "Longtemps la gauche l'a minimisé", a-t-elle reconnu.
Stages de parents
Prenant le problème à la racine, elle a proposé que dès l'école primaire les parents soient contraints à des "stages" dans des "écoles de parents" dès le "premier acte d'incivilité" de leur enfant. Quant aux "perturbateurs qui pourrissent la vie" d'un collège, ils seront placés "d'office dans des internats-relais". Ils sont "en échec, mais il n'y a pas de place pour la commisération".
De plus, "il faut créer le métier de 'tuteur de collège' pour faire faire du sport" à ces "perturbateurs". Quant à la présence de policiers au collège, "ce n'est pas leur place", a-t-elle jugé. Les collèges seraient en outre limités à 400 ou 500 élèves maximum.
Pour les jeunes de plus de 16 ans, elle a proposé qu'au "premier acte de délinquance" ils soient placés "d'office dans un service à encadrement militaire à vocation humanitaire ou pour apprendre un métier". Cela leur fera "connaître le vaste monde et la chance qu'ils ont de vivre en France", a-t-elle souligné, jugeant que "la suppression du service militaire a été une erreur".
"C'est une approche globale", a-t-elle insisté. "Tout se tient si chacun est à sa place, dans son rôle, avec ses responsabilités éducatives, avec des métiers qui correspondent aux besoins des jeunes. A ce moment-là, la police pourra se concentrer sur la lutte contre la grande délinquance", a affirmé la candidate anti-Sarkozy.
"Provocation"
Ségolène Royal était entourée des maires socialistes de Bondy Gilbert Roger et de Clichy-sous-Bois Claude Dilain. Ce dernier a mis en doute l'efficacité des mesures prises par Nicolas Sarkozy suite aux incidents survenus dans sa ville. "On ne va pas mettre plusieurs centaines de CRS tous les soirs", "ça ne me paraît pas d'une grande efficacité" et la population "vit ça comme une provocation", a-t-il estimé, demandant à être reçu par le ministre de l'Intérieur.
Ce déplacement aura été l'occasion pour "Ségolène" de recevoir les compliments appuyés de la députée PS de Seine-Saint-Denis Elisabeth Guigou. "Tu es aujourd'hui la plus populaire des socialistes et même la plus populaire des personnalités politiques françaises et je dis que c'est une chance pour le PS et une très bonne chose pour toutes les femmes", a-t-elle salué. Jusqu'à Roland Dumas, un des gardiens du temple mitterrandien, qui s'est discrètement invité au discours de l'apprentie-candidate. (AP)
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Sofres: Villepin à 20 % (-4) et Chirac à 17 % (-2) niveau record de défiance
AFP | 01.06.06 | 07h51 Dominique de Villepin subit une nouvelle baisse de 4 points de sa cote de confiance, avec seulement 20% de Français qui affirment lui faire confiance, contre 77% d'un avis inverse, selon le baromètre TNS-Sofres pour le Figaro Magazine rendu public mercredi.
Le président de la République Jacques Chirac poursuit lui aussi sa descente avec une nouvelle baisse de 2 points. Ils ne sont plus que 17% à lui faire confiance, contre 81% d'un avis inverse. C'est son plus mauvais score depuis qu'il est président, mais aussi le pire d'un chef de l'Etat sous la Ve République, selon ce baromètre.
Dominique de Villepin bat ainsi son record de défiance, atteint le mois dernier, un an après son arrivée à Matignon. En trois mois, il a reculé de 14 points.
En ce qui concerne la popularité des responsables politiques, la socialiste Ségolène Royal occupe toujours un solide première place avec, comme le mois dernier, 56% des sondés souhaitant lui voir jouer un rôle important dans les mois et années à venir.
Le président de l'UMP, Nicolas Sarkozy marque aussi sérieusement le pas avec un recul de 5 points de sa cote de popularité. A 46%, il est désormais distancé de 10 points par Mme Royal, mais garde le leadership incontesté à droite.
La baisse est en effet quasi générale pour les personnalités de la majorité. Jean-Louis Borloo recule de 3 points à 32%, le ministre de la Défense Michèle Alliot-Marie perd 1 point à 28%, Dominique de Villepin 4 points à 22%.
Le président de l'UDF François Bayrou ne profite pas de sa décision de censurer le gouvernement et recule de 2 points à 26%. Recul également de 2 points pour Jean-Marie Le Pen (16%) et de 3 pour Philippe de Villiers (14%).
Hormis Ségolène Royal, la plupart des personnalités de gauche perdent elles aussi des points que ce soit Bernard Kouchner (42%, -1), Jack Lang à (39%, -2), Bertrand Delanoë (33%, -1), Lionel Jospin (29%, -2), Dominique Strauss-Kahn (28%, -2) ou Laurent Fabius (19%, -2).
Parmi les exceptions figurent François Hollande (31%, +2), Olivier Besancenot (24%, +1) ou Arlette Laguiller (23%, +2).
Sondage réalisé les 22 et 23 mai auprès d'un échantillon national de 1.000 personnes, interrogées en face à face à leur domicile, représentatif de la population française âgée de 18 ans et plus (méthode des quotas).
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L'HUMANITE
Politique
« Ce qui a permis la mobilisation citoyenne, c¹est l¹unité »
À Paris, les leaders du « non » de gauche sont venus au rendez-vous des collectifs.
Merguez dans les jardins, discussions vives et passionnées dans l¹escalier et les couloirs, musique, discours et stands politiques dans la salle, le décor et les ingrédients de la fête étaient plantés. À Paris, les collectifs du 29 mai donnaient rendez-vous salle Olympe-de-Gouge dans le 11e arrondissement où devaient se retrouver la plupart des leaders du « non » de gauche. Un an après la victoire, la diversité reste au rendez-vous. Plus de vingt-cinq organisations ou publications présentent leur matériel. Quelques centaines de militants représentant ces organisations ou citoyens membres des collectifs ont répondu présent. Sur l¹écran, des films retracent la campagne référendaire et les manifestations contre le CPE. Le climat n¹est cependant pas à la simple commémoration. Les « combats antilibéraux » en cours sont la priorité. « Les services publics constituent un choix de société pour assurer l¹égalité de tous aux droits fondamentaux », affirme ainsi Bernard Defait, porte-parole de la Convergence des mouvements de défense des services publics, qui invite à participer à la journée nationale de manifestations du 10 juin. Manifestation nationale encore contre la loi CESEDA, l¹immigration jetable, le 1er juillet prochain à Paris, à laquelle invite Hamida Ben Sadia.
Autour de Claude Debons pour le collectif national du 29 mai, Olivier Besancenot pour la LCR, Marie-George Buffet pour le PCF, Jean-Luc Mélenchon pour PRS, Francine Bavay pour les alter-écolos, Annick Coupé pour les syndicats Solidaire, Yves Salesse et une vingtaine de représentants d¹organisations ayant mené la bataille du « non » sont à la tribune. José Bové et Georges Sarre s¹étaient fait excuser. « Nous avons réussi parce que nous avons été capables de mettre en mouvement une formidable mobilisation populaire. Mais ce qui a permis cette mobilisation citoyenne, c¹est l¹unité, le rassemblement que nous avons été capables de construire », affirme Claude Debons, parlant pour tous. Un rassemblement qui s¹est donné « un contenu ambitieux » avec la charte adoptée le 13 mai. « Nous agissons pour que ces propositions soient prises en compte et portées en commun par toutes les forces du « non » de gauche et antilibérales dans les luttes sociales et les échéances politiques à venir. Une alternative à la droite doit être ouverte », précise Claude Debons.
La question des échéances de 2007 et principalement de la présidentielle est dans toutes les têtes. Il y a une forte impatience à voir émerger une candidature commune. La décision de la LCR de ne pas s¹associer à l¹appel à des candidatures communes fait douter certains participants de la possibilité d¹y parvenir. « Mettez-vous d¹accord entre vous ! » dit une militante d¹un collectif parisien. Gérard, un adhérent du PCF, lui répond que « les collectifs doivent s¹en mêler, en discuter. Il n¹y a pas de raison que la solution de ce problème échappe aux citoyens ».
Olivier Mayer
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Au PS, concert de barrissements
Les éléphants ont dépêché leurs fidèles pour railler les propos de Royal. Par Pascal VIROT
vendredi 02 juin 2006
Haro sur Royal ou bravo Ségolène ? Pour ce qui apparaît comme sa véritable entrée en précampagne présidentielle, la socialiste préférée des Français pour 2007 a frappé fort. Au risque de désarçonner, voire de choquer ses concurrents pour l'investiture du PS, comme Laurent Fabius, Jack Lang ou Dominique Strauss-Kahn, elle s'est attaquée à l'un des sujets que les socialistes manient avec des pincettes : la sécurité. En déclinant une série de propositions musclées sur le sujet dans un discours prononcé mardi soir à Bondy (Seine-Saint-Denis), la députée des Deux-Sèvres, fidèle à sa méthode, rebaptisée «ségolisme» par ses soins, s'est attachée à démontrer la justesse de son concept d'«ordre juste».
Pré carré. Mais certains socialistes n'ont pas compris qu'elle mette si franchement les pieds dans le pré carré de la droite, plus particulièrement dans celui de Nicolas Sarkozy. Dominique Strauss-Kahn a porté le fer hier soir : «On ne gagne rien à vouloir dépasser son adversaire sur son propre terrain : on a un Sarkozy dans le pays, ce n'est pas la peine d'en avoir deux», a-t-il fulminé sur Canal +. Peu après, c'est Laurent Fabius qui pestait sur BFM-TV : «Si on prend les mêmes recettes que M. Sarkozy on ne va pas arriver à de meilleurs résultats.» Est-ce de crainte d'être accusés des pires maux, toujours est-il que les présidentiables du PS, hostiles à sa sortie, se sont bien gardés, dans un premier temps, de la contester publiquement, préférant laisser leurs éléphanteaux barrir à leur place. «Dérive droitière sans précédent dans le PS», a tonné Jean-Luc Mélenchon, proche de Laurent Fabius. Selon lui, «il n'y a aucune chance que les socialistes se rassemblent sur une telle ligne réactionnaire». De la même manière, Jean-Christophe Cambadélis, proche de Dominique Strauss-Kahn, a reproché à la présidente de Poitou-Charentes de «nous [avoir] fait un petit dérapage [...] La militarisation de la sécurité, ce n'est pas l'ordre juste mais juste l'ordre». Plus grave, selon lui, à force de «courir après Nicolas Sarkozy, on ne le combat pas, on le légitime». Un aphorisme que ne renierait pas Jean-Marie Le Pen, qui professe souvent que les électeurs «préfèrent toujours l'original à la copie».
A Bondy, la présidente de la région Poitou-Charentes avait pourtant pris soin de dénoncer «la faillite du ministre de l'Intérieur». Mais tenter de prendre Nicolas Sarkozy sur un terrain qu'il a préempté depuis la présidentielle de 2002 peut s'avérer aventureux et acrobatique. Battu sur ce terrain il y a quatre ans, Lionel Jospin a payé pour le savoir. Manifestement, Ségolène Royal fait le pari de récupérer les classes populaires, éparpillées entre la droite, l'extrême droite et la droite extrême, à travers le thème de la sécurité (l'ancien candidat à l'Elysée préférait le terme de «sûreté», inscrit dans la Déclaration des droits de l'homme de 1789). Sans tabou sur ce sujet, Manuel Valls, député-maire d'Evry (Essonne) et pourtant jospinien, lui a d'ailleurs apporté son soutien, expliquant que «rien ne [le] choque» dans les propos de la députée, «c'est-à-dire de faire une priorité de la sécurité, l'autorité, la règle». «Je pense qu'elle a tenu un discours clair qui est celui qui est attendu dans les quartiers populaires», a ajouté ce spécialiste des questions de sécurité.
Blanc-seing hollandais. Candidat à l'investiture socialiste pour la présidentielle, Jack Lang a d'abord opiné aux propos de sa concurrente : «Plus de fermeté, c'est normal.» Pour s'en démarquer quelques heures plus tard, faisant part de sa «perplexité» face aux propositions de Ségolène Royal. Quant à François Hollande, premier secrétaire du PS, loin de désavouer sa compagne, il a expliqué : «Si on veut s'adresser aux catégories populaires, il faut parler aux gens qui vivent ces difficultés, c'est-à-dire la précarité et l'insécurité.» Une sorte de blanc-seing à la stratégie «royaliste» de contournement du PS : jouer l'opinion contre un appareil qui est loin de lui être acquis.
http://www.liberation.fr/page.php?Article=387005
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(Le Parisien)
« Ces idées-là ne sont pas de gauche »
JEAN-LUC MÉLENCHON, sénateur PS de l'Essonne DES IDÉES inspirées du pape Benoît XVI ou venant directement du XIX e siècle : le sénateur Jean-Luc Mélenchon, membre de la gauche du PS, n'y va pas de main morte pour prendre le contre-pied de Ségolène Royal.
Ségolène Royal préconise « l'encadrement à dimension militaire » pour les jeunes délinquants. Vous approuvez ?
Jean-Luc Mélenchon. C'est une idée consternante, prise dans les manuels de pédagogie du XIX e siècle. Depuis, on a fait de grands progrès et on sait ramener les enfants dans la norme avec des méthodes moins brutales, plus respectueuses de leur enfance.
Elle se dit favorable à la « mise sous tutelle des allocations familiales »...
C'est certainement l'annonce la plus choquante. Cette mesure vient d'être mise en place par la loi Egalité des chances, la même loi qui prévoyait le CPE. Les parlementaires du PS ont voté contre et je pense qu'elle a aussi voté contre. C'est une mesure qui ne règle rien, prive toute une fratrie et une famille de ressources par la faute d'un seul et qui abandonne les personnes concernées à l'arbitraire de procédures opaques et sans appel.
N'est-il pas temps cependant que le PS « regarde en face » les problèmes ?
On l'a toujours fait. Depuis dix ans, la priorité a été donnée aux mesures répressives, sans résultat. Ce qu'il faudrait commencer à regarder en face, c'est que la politique de violence contre les plus pauvres n'a jamais rien donné. La réponse de la gauche aux maux de la misère doit être le partage des richesses, pas la répression.
« L'ordre juste » cher à Ségolène Royal n'est-il pas susceptible de rapprocher le PS des couches populaires ?
« L'ordre juste » est un slogan tiré d'une encyclique de Benoît XVI. C'est une idée religieuse, pas une idée politique.
Ségolène Royal est-elle de gauche, selon vous ?
Oui, elle appartient à la gauche des désastres sociaux et politiques à la Blair et à la Schröder. Mais ces idées-là ne sont pas des idées de gauche. Les enfants dans les maisons de redressement et les pauvres que l'on place sous contrôle, ce sont les idées les plus banales de la bonne société du XIX e siècle. C'est un pur archaïsme. Ségolène Royal est de gauche, mais les solutions qu'elle propose ne le sont pas.
Propos recueillis par N.S.
Le Parisien , vendredi 02 juin 2006
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(Libération)
La candidate qui choque à sa gauche
Des Verts à la LCR en passant par le PCF, concert de réprobations après le discours de Bondy. Par Matthieu ECOIFFIER et Pascal VIROT
samedi 03 juin 2006
Explication franche et amicale. Vendredi matin, Ségolène Royal a téléphoné à Dominique Voynet pour lui reprocher ses commentaires sur ses propositions en matière de sécurité formulées mercredi soir à Bondy (Seine-Saint-Denis). «Caricaturales», avait jugé la sénatrice verte, quelques instants plus tôt sur Canal +, accusant la députée socialiste de faire «une grossière erreur» en allant sur le terrain «des démagogues et des populistes». Si les propos de Royal ont soulevé moqueries à droite et mécontentement ou satisfaction au PS, les autres partis de gauche ne sont pas en reste.
«Ségolène m'a dit : je comprends ta réaction à la lecture de mes phrases rapportées dans la presse, raconte Dominique Voynet à Libération. Elle m'a demandé de les remettre dans leur contexte.» La candidate à l'investiture des Verts pour 2007 (lire page 14), persiste néanmoins : «La banlieue n'est pas un terrain de jeu pour présidentiables, ni pour Ségolène Royal, ni pour Sarkozy, ni pour moi», explique la sénatrice de Seine-Saint-Denis. Ministre de Jospin, comme Royal, elle avoue ne pas comprendre la démarche de la candidate à la candidature du PS : «Je trouve étonnant que Ségolène Royal, qui a été ministre de l'Enseignement scolaire, abandonne ce terrain.» Conclusion : «Bien sûr ce n'est pas vrai que Ségolène Royal et Sarkozy c'est la même chose. Mais compte tenu de l'intensité du débat avec la droite sur ces questions d'insécurité, il faut que la gauche défende ses outils.»
Des reproches, Marie-George Buffet, députée de Seine-Saint-Denis, qui elle aussi fut ministre dans le gouvernement Jospin, en a exprimé jeudi soir à Poitiers... fief de Royal. Se disant «choquée», la numéro 1 du PCF a expliqué elle aussi que «la Seine-Saint-Denis ne se définit pas par l'insécurité et la délinquance». Vendredi, elle a franchi un pas, mettant un signe d'égalité entre Royal et Sarkozy, qui tous deux «prônent» une politique qui «a échoué».
Autre critique, venu de la gauche de la gauche, Olivier Besancenot. Le porte-parole de la LCR regrette que Royal ait abordé la question de la violence, «réelle», par le volet répressif : «La réponse de gauche, c'est de rouvrir ces quartiers, en y implantant des écoles, des postes, des hôpitaux.» Si le PS «prend le virage» que lui indique Royal, c'est l'échec assuré en 2007, pronostique-t-il : «Si Sarkozy court après Le Pen, et si la gauche court après Sarkozy, les électeurs hésiteront entre la droite et l'extrême droite.»
Dans ce concert de réprobation, Ségolène Royal peut se prévaloir de quelques soutiens de poids. Comme celui de Jean-Pierre Chevènement, ancien ministre de l'Intérieur de Lionel Jospin, qui refuse de «tomber à bras raccourcis sur Ségolène Royal sous prétexte qu'elle rappelle la nécessaire fermeté». La seule réserve qu'émet le maire de Belfort concerne «l'encadrement à dimension militaire» avancé par Ségolène Royal à l'encontre de ceux qu'il avait baptisé «sauvageons».
http://www.liberation.fr/page.php?Article=387254
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(Le Figaro)
Vers un embouteillage de candidatures à gauche
Rodolphe Geisler 03 juin 2006, (Rubrique France)
En 2007, le candidat du PS devra partager l'affiche avec un nombre important de concurrents à gauche et à l'extrême gauche.
ALORS que la bataille fait rage au PS pour la désignation de son candidat, tout semble indiquer, moins de onze mois avant le premier tour de la prochaine présidentielle, que le nombre de prétendants à gauche et à l'extrême gauche devrait être proche de celui de 2002.
Si, le soir du 21 avril 2002, tous, ou presque, avaient juré en découvrant le visage de Jean-Marie Le Pen sur le petit écran qu'on ne les y reprendrait plus, quatre ans après, force est de constater que l'électorat de gauche aura encore l'embarras du choix : outre le candidat PS, gauche et extrême gauche devraient avoir entre six et huit candidats... En 2002, ils étaient huit en comptant Lionel Jospin.
Le PRG, les Verts, le PCF, la LCR, LO ou encore le Parti des travailleurs ont en effet déjà tous annoncé ou laissé entendre qu'ils auraient un candidat. Tous ont conscience que sous la Ve République, un parti qui n'a pas de candidat à la présidentielle n'existe pas.
PRG : Baylet s'y verrait bien
«Le Parti radical de gauche aura un candidat, sauf si mais je commence à en douter notre appel pour des primaires à gauche était entendu», a récemment déclaré dans un entretien au Figaro le président du PRG Jean-Michel Baylet. Selon lui, ce candidat pourrait être Bernard Tapie ou Christiane Taubira (qui était candidate en 2002). «Mais il n'est pas impossible que finalement beaucoup de militants demandent que ce soit moi», dit-il. En 2002, Christiane Taubira avait recueilli 2,32% des suffrages.
Verts : qui de Cochet ou de Voynet ?
Les écologistes ont acté, lors de leur congrès de 2004, qu'ils auraient un candidat à l'élection présidentielle de 2007. Malgré le cafouillage de cette semaine pour départager leurs deux «finalistes» ils seront tous les deux entendus mardi prochain par le collège exécutif du parti , Dominique Voynet et Yves Cochet ont, durant leur campagne, écarté catégoriquement devant les militants écologistes la possibilité de se retirer au dernier moment au profit du candidat des socialistes. Pour Yves Cochet, «le PS cherchera sans doute à nous culpabiliser avec le syndrome du 21 avril.» «Mais le 21 avril, ce n'était pas la multiplication des listes de gauche, mais Lionel Jospin qui a fait campagne sur son bilan et non sur un projet», a-t-il expliqué. Lors de la dernière présidentielle, le candidat des Verts, Noël Mamère, avait obtenu 5,25% des voix.
MRC : Chevènement «n'exclut rien»
Jean-Pierre Chevènement (5,33% en 2002) ne devrait pas repartir en campagne si Laurent Fabius hypothèse a priori peu vraisemblable obtenait l'investiture du PS. Dans le cas contraire, il «n'exclut rien»...
PCF : Buffet veut «rassembler»
Marie-George Buffet, qui prendra officiellement sa décision en octobre prochain, ne cesse, pour l'heure, d'appeler au «rassemblement antilibéral le plus large possible». Pour autant, quand on lui demande si elle serait prête à se ranger derrière une candidature Bové, la secrétaire nationale du PCF s'agace. «La force militante, c'est nous ! Pourquoi voudriez-vous que ce soit à nous de nous retirer !» Et d'ajouter : «Nous avons mis en place des collectifs unitaires pour un rassemblement antilibéral dans tout le pays, c'est à eux de décider...» Bref, tout indique qu'elle devrait se présenter. Si elle ne le faisait pas, plusieurs «orthodoxes», à l'instar d'Alain Bocquet, se sont d'ores et déjà mis «en réserve». En 2002, Robert Hue n'avait rassemblé sur son nom que 3,37% des suffrages.
Bové annonce qu'il est «disponible»
Par petite touche, l'ancien porte-parole de la Confédération paysanne laisse entendre qu'il se tient prêt si, d'aventure, on venait le chercher. «Je suis disponible pour conduire, collectivement, une campagne capable de créer une dynamique analogue à celle du non au référendum sur la Constitution européenne», a-t-il déclaré le week-end dernier au JDD. Selon lui, les 9% d'intentions de vote dont il est crédité dans un récent sondage «montrent qu'une dynamique est possible». Depuis des mois, des minoritaires des Verts, du PCF ou encore de la LCR le poussent à se présenter.
LCR : Besancenot contre la «gauche tiède»
Officiellement, la Ligue communiste révolutionnaire cherche à fédérer à la gauche de la gauche plurielle. Officiellement toujours, la décision de présenter un candidat sera prise courant juin lors d'une «conférence nationale». Mais après son refus, il y a deux semaines, de signer l'appel pour des candidatures unitaires à la présidentielle et aux législatives, signé par le PCF, au motif que ce dernier entretient toujours le flou quant à ses relations avec le Parti socialiste, tout indique qu'Olivier Besancenot (4,25% en 2002) devrait y aller. «Nous ne voulons ni faire pression, ni apporter notre caution radicale à une gauche tiède qui ne résoudra pas les problèmes de la société française», dit-on au mouvement trotskiste.
LO : Arlette, comme d'habitude
A Lutte ouvrière, qui tient ce week-end sa fête annuelle dans son château de Presles (Val-d'Oise), le «suspense» a pris fin en décembre dernier. Arlette Laguiller, 65 ans, a été désignée à l'unanimité par les congressistes de LO. Elle s'engage donc dans sa sixième campagne présidentielle. En 2002, elle avait recueilli 5,72% des voix, le meilleur score de toutes ses participations aux scrutins présidentiels.
PT : Gluckstein cherche déjà ses signatures
Sauf surprise, Daniel Gluckstein, le patron du Parti des travailleurs (trotskiste), devrait se représenter. Le parti s'est d'ores et déjà lancé dans la course aux signatures. En 2002, il avait fait 0,47% des voix.
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06 juin 2006
Un an après le 29 mai : à quand l’ouverture vers une Europe ...
Un an après le 29 mai : à quand l’ouverture vers une Europe ...
Revue-republicaine.org - Paris,France
... prétexte du cinquantième anniversaire du traité de
Rome. ... à une ouverture vers une Europe démocratique.
... le cœur du projet de Constitution européenne dont
...
29 mai 2006
En 2007 il faut finir le travail du 29 mai
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Un an après le non à la Constitution, l'Europe en panne déplore la presse
ENQUETE TNS-SOFRES-EUROPE sur :
http://www.tns-sofres.com/etudes/pol/290506_europe.htm
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Un an après le non à la Constitution, l'Europe en panne déplore la presse
AFP 29.05.06 | 05h36
Un an après le "non" français à la Constitution européenne, une grande
partie de la presse française regrettent lundi la panne de l'Europe
plongée dans une crise actuellement sans issue.
Nombre d'éditorialistes relèvent d'abord qu'il n'y avait pas de "plan
B", "cette fiction inventée par la gauche", selon la République des
Pyrénées, ou resté "à l'état de chimère" pour Le Républicain Lorrain.
L'Alsace a choisi de renvoyer dos-à-dos les "nonistes" et les
"ouiistes" en faisant "l'inventaire des contre-vérités": le +plan B+
(qui) n'existe pas" ou "l'apocalypse en cas d'échec" qui était prédite
par les tenants du "oui".
Ce n'est peut-être pas l'apocalypse, mais le quotidien économique La
Tribune estime tout de même que "chacun peut aujourd'hui mesurer
l'étendue des dégâts (...) l'Europe est entrée dans un coma dont
personne ne sait ni quand ni comment elle en sortira". Pourtant, La
Charente Libre note que "puisqu'elle bouge encore, l'Europe n'est pas
morte".
Libération (gauche) regrette d'autant plus cette panne de l'Europe que
"laisser la question européenne dans le placard des cadavres
encombrants jusqu'au lendemain de l'élection présidentielle (française)
serait catastrophique".
L'Humanité (communiste), seul quotidien a défendre le "non", que c'est
"cette Europe injuste, inhumaine, antidémocratique, égoïste et dénuée
d'ambition que les Français" ont refusé. Rien n'ayant vraiment changé,
Ouest-France soutient que "si l'on revotait aujourd'hui, nul doute que
le +non+ serait encore majoritaire, peut-être même plus fort".
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Le NON l'emporterait à nouveau (Le Parisien)
REFERENDUM. Le oui serait encore battu
EN UN AN, les Français ont peu évolué et restent majoritairement
eurosceptiques : ils rejetteraient encore, par 52 % des votes, la
Constitution européenne. Soit une légère diminution par rapport au «
vrai » 29 mai, où le non avait rassemblé 54,67 % des votants. Comme en
2005, c'est chez les moins de 30 ans (59 % de non), ainsi que parmi les
ouvriers (58 %) et employés (61 %) que le non est le plus fort. Tandis
que les plus de 65 ans et, plus généralement, les cadres et professions
libérales restent les plus favorables au oui. Politiquement, les
nonistes sont majoritaires à gauche (52 %) et à l'extrême gauche (69
%), alors que les sympathisants de l'UDF (56 %) et de l'UMP (65 %)
voteraient oui. Là aussi, les lignes restent inchangées. Sondage
exclusif réalisé par le CSA pour « le Parisien » et « Aujourd'hui en
France » les 16 et 17 mai 2006 auprès de 777 personnes inscrites sur
les listes électorales. Méthode des quotas.
Le Parisien , lundi 29 mai 2006
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UN AN APRÈS LA VICTOIRE DU 29 MAI
Un socle antilibéral toujours porteur d'espérance
DÉCLARATION DU BUREAU D'ATTAC
Un an après la victoire historique du 29 mai 2005, et au grand dam des «
ouistes maintenus » - toujours omniprésents dans les grands médias -, qui
voulaient la disqualifier comme un égarement passager et la remiser au
rayon des mauvais souvenirs, la base antilibérale du « non » ne s'est pas
effritée, bien au contraire. Ce ne sont pas seulement les sondages qui le
disent - 98 % des électeurs ayant rejeté le traité constitutionnel européen
(TCE) en feraient de même aujourd'hui, et 10 % de ceux qui ont voté « oui »
se joindraient à eux - ; ce sont surtout les grondements venus des
profondeurs de la société française, tels qu'ils se manifestent dans les
luttes sociales.
Au niveau européen, le vent du boulet du « non » français et néerlandais a
conduit les institutions communautaires, y compris la Commission Barroso, à
adopter un profil anti-social moins prononcé. C'est ainsi que le Parlement
européen, pourtant à majorité libérale, a rejeté la directive libéralisant
les services portuaires sous la pression des syndicats et des élus des
littoraux. Ce même Parlement a également voté des amendements atténuant
quelque peu, sans pour autant le supprimer, le caractère scélérat du projet
original de directive Bolkestein. Ces amendements ont ensuite été repris
par la Commission pour proposition au Conseil. Même si cette nouvelle
mouture reste inacceptable, elle montre que l'ombre portée du 29 mai est
toujours là, présente.
Le gouvernement français, lui, a choisi d'ignorer le tremblement de terre de
la déroute du « oui ». Au lieu de prendre en compte l'exigence, manifestée
par le scrutin, de ruptures avec les politiques néolibérales, il a répondu
par des mesures de privatisation (EDF, GDF, SNCM, autoroutes, etc.) et de
libéralisation (CNE, CPE) supplémentaires ! Ce faisant, il a renforcé et
élargi le front des résistances constitué par ceux qui ont rejeté le TCE. La
crise des banlieues et la victoire contre le CPE, après des mobilisations
massives, s'inscrivent dans le prolongement direct du 29 mai dans la mesure
où elles remettent en cause frontalement quelques-unes des politiques
découlant des clauses des traités européens en vigueur et reprises par le
TCE : paupérisation des services publics, primat de la finance, organisation
de l'insécurité sociale, acceptation du chômage et extension de la
précarisation du travail.
Depuis quelques mois, une pré-campagne présidentielle, à grand renfort
d'opérations médiatiques personnalisées et de sondages dépourvus de
signification à un an de l'échéance, est organisée avec pour principal
objectif d'empêcher tout débat de fond sur la « question libérale » et de
brouiller les repères. Cette démarche se heurtera rapidement aux
aspirations populaires à des changements de fond dont le « non » a été le
vecteur. Rejeté par les citoyens lors du référendum, le néolibéralisme ne
saurait revenir masqué lors des élections de 2007.
Sans s'ingérer dans des actions de recomposition ou d'alliances qui relèvent
des seuls partis politiques, Attac présentera et mettra en débat les
ruptures avec le libéralisme qu'elle est en train d'élaborer dans le cadre
de son Manifeste 2007.
Comme il existe peu de domaines où ces ruptures ne se heurteront pas à la
« contrainte » européenne, et même si le rappel de cette évidence fâchera
ici ou là, Attac ne cessera de la rappeler : il ne saurait y avoir de
réorientation profonde des politiques nationales sans, en même temps, une
réorientation des politiques de l'Union. C'est dire que la question
européenne - déclinaison continentale de la « question libérale » -
surplombe la plupart des autres. Test d'honnêteté politique, la réponse à
lui apporter constitue donc le préalable à toute promesse électorale de
changement.
Attac, Paris, 27 mai 2006.
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L'HUMANITE
Editorial par Pierre Laurent
La peur de gagner
Un an après la victoire du « non » au référendum, presque deux mois
maintenant après celle remportée contre le CPE, les forces de la gauche
sociale et politique antilibérale sont-elles en train de remettre en
marche la machine à gagner pour 2007 ? Des comités populaires
unitaires, destinés à porter ensemble projet et candidatures
antilibérales, commencent en tout cas à voir le jour un peu partout en
France depuis quelques semaines. Le rythme s¹accélère ces derniers
jours, et la date anniversaire du 29 mai, dans dix jours maintenant,
pourrait être un rendez-vous fédérateur. Des centaines de fêtes et
d¹initiatives locales sont en préparation.
Pourquoi et comment les choses sont-elles en train de se décanter ? Il
est toujours très difficile de le discerner sur le moment. Plusieurs
explications semblent converger. Bien que peu relayé par les médias,
mais désormais massivement distribué par les militants, l¹appel lancé
par le PCF et Marie-George Buffet au lendemain du congrès tenu fin
mars, en pleine mobilisation du CPE, a peu à peu produit son effet.
L¹appel au rassemblement antilibéral lancé la semaine dernière à
l¹occasion de la réunion des collectifs du 29 mai, signé par de
nombreuses forces et personnalités engagées l¹an dernier dans la
bataille du « non » - à l¹exception de la LCR -, débloque à son tour la
situation. Ces deux initiatives convergentes répondent à une attente
très forte de toutes celles et ceux qui avaient rendu possible la
victoire du référendum, et qui viennent de voir la portée de leur
rassemblement confirmer par la mobilisation anti-CPE. Partout, comme le
montre notre enquête aux Ulis, l¹exaspération face aux effets de la
politique de la droite, s¹aiguise. Aux urgences sociales s¹ajoute
désormais la nausée provoquée par l¹affaire Clearstream. Dans ces
conditions, la perspective d¹une élection présidentielle dont le débat
serait étouffé par un bipartisme surmédiatisé, tournant à vide,
inquiète tous ceux qui voudraient une confrontation de qualité sur les
projets, et notamment sur cette question clé : rupture ou non avec le
libéralisme ?
Des millions de jeunes et de salariés, dans le pays, s¹ils ne voient
manifestement pas clair sur la manière de s¹y prendre, n¹entendent pas
renoncer à éviter ce piège présidentiel. Le premier mérite des comités
unitaires ou des collectifs d¹initiative qui se mettent en place
pourrait être d¹ouvrir un cadre propice à cette recherche commune, un
cadre approprié au débat de projets, et à la construction de
candidatures garantissant cette démarche et ces propositions et non
sorties de la cuisse d¹on ne sait quel Jupiter médiatique.
À ce stade, le principal ennemi de la dynamique antilibérale en germe
pourrait bien être la peur de gagner. Malgré les deux succès engrangés
contre le projet de constitution et le CPE, le doute persiste sur la
possible victoire d¹une majorité antilibérale en 2007. Tout est fait,
il est vrai, pour accréditer l¹idée que la compétition présidentielle
est hors de portée d¹une telle majorité. Celle-là serait juste bonne à
départager l¹UMP du PS, ce dernier se croyant autorisé du même coup à
promouvoir un (ou une) candidat sans réellement amender l¹orientation
qui a pourtant conduit dans le mur toute la gauche en 2002. D¹où le
trouble et le scepticisme que peuvent de surcroît alimenter ceux qui,
critiquant cette orientation sociale-libérale, s¹en tiennent à vouloir
rassembler contre ou à côté du PS, sans se fixer d¹ambition
majoritaire. Or le peuple tient absolument à battre la droite qui le
fait tant souffrir.
Il voudrait en fait indissociablement deux choses : barrer la route à
cette politique de régression sociale, et faire gagner à gauche une
politique qui change vraiment la vie et rompe pour cela avec les règles
du jeu libérales. Tout est fait pour lui faire rabattre tout ou partie
de ces exigences. La construction commune de candidatures antilibérales
peut déjouer ce piège, mais à une condition : que le rassemblement visé
ne délaisse aucun des deux objectifs, en un mot qu¹il serve à gagner
une vie meilleure dès 2007.
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Rouge n° 2160, du 24 mai 2006
Un an après, on continue !
Il faut nous y attendre : ce 29 mai 2006 va voir s'orchestrer un formidable déferlement médiatique destiné à convaincre électrices et électeurs de la « faute » qu’ils auraient commise voilà un an, en rejetant le projet de traité constitutionnel européen. Déjà, un éditorialiste politique, Michel Noblecourt, vient de tirer la première salve, dans Le Monde du 23 mai : «Aucune dynamique unitaire du “non” de gauche n’est allée au-delà de l’incantation. » Dans la foulée, « déclinologues » de droite et résignés de gauche vont redonner de la voix pour fustiger, à la manière du très sarkozyste Nicolas Baverez, un pays dont la « réforme » s’imposerait coûte que coûte : « La France s’est isolée dans une bulle de démagogie et de mensonges, [...] les hommes politiques ont refusé de dire la vérité [...]. On n’ose pas les réformes parce qu’on redoute les révolutions. »1 Fermez le ban !
Cette hargne ne fait, en réalité, que mesurer l’impuissance des élites
politico-médiatiques et du monde des affaires à imposer à une majorité
de la population un « redressement » libéral synonyme de
déréglementation totale du travail, de liberté absolue de licenciement,
de destruction des services publics, de primat donné au dogme de la
rentabilité maximale pour les actionnaires des multinationales.
L’immense mobilisation populaire ayant obtenu le retrait du contrat
première embauche (CPE) a, à cet égard, permis à la résistance sociale
de se réorganiser et de porter un coup d’arrêt, au moins temporaire, à
l’offensive au terme de laquelle gouvernement et Medef croyaient
pouvoir démanteler complètement le droit du travail, généraliser la
flexibilité et aboutir à une précarisation définitive de l’emploi.
Après avoir
essuyé une grave défaite en 2003 avec le vote de la loi sur les
retraites, les salariés et la jeunesse ont repris confiance en leurs
forces, au point que ce sentiment s’exprime désormais sondage après
sondage, par exemple pour exiger l’abrogation du contrat nouvelles
embauches (CNE).2
Comme quoi, le 29 mai 2005 représente bel et bien un séisme dont les
répliques continuent à se faire sentir. à preuve, 10 % des électeurs
ayant voté « oui » l’an passé regrettent à présent leur choix3. Avant
le CPE, il y avait eu le soulèvement des quartiers populaires durant
l’automne 2003, véritable mise en accusation du chômage de masse, de
l’exclusion sociale et des discriminations. Depuis, nous avons assisté
à la réactivation de la mobilisation en faveur de l’égalité des droits,
avec le très large front unitaire constitué contre le projet de loi du
ministre de l’Intérieur, qui instaure une « immigration jetable » comme
le patronat voudrait des « travailleurs jetables ». Non seulement la
majorité populaire de ce pays rejette, à toute occasion, le
libéralisme, mais elle exprime sa défiance envers la mondialisation
financière et
même, désormais, l’économie de marché4. Ce qui n’est pas pour rien dans
la perte totale de légitimité politique de Jacques Chirac, de son
gouvernement et de sa majorité.
Ne nous y trompons pas : le 29 Mai ne relève nullement d’une «
exception française » isolée. Les exigences qui ont fait, ici, la force
du « non » de gauche se retrouvent un peu partout en Europe. Jusqu’à
confronter les classes dirigeantes de toute l’Union européenne à
la crise ouverte de leur projet consistant à mettre le libéralisme à
l’abri de toute contestation des citoyens. Jusqu’à avoir inspiré aussi,
tout récemment, les grandes mobilisations pour les retraites en
Grande-Bretagne ou en Belgique, ainsi que des luttes d’ampleur pour
l’emploi en Allemagne. Jusqu’à favoriser enfin le surgissement de
nouvelles gauches radicales, face à celles qui ont définitivement
renoncé à s’opposer à l’ordre social dominant, à l’instar d’une
social-démocratie qui, à Berlin, fait dorénavant gouvernement commun avec la droite ultralibérale.
Pour se transformer en une dynamique de contestation globale du
libéral-capitalisme, cette demande de radicalité, perceptible partout,
doit recevoir une réponse politique à la hauteur. Celle-ci ne viendra
pas d’une renégociation de traités n’ayant généré que des crises
dévastatrices et des concurrences exacerbées, mais de l’ouverture d’un
processus constituant démocratique, permettant aux peuples de s’emparer
de la question européenne. Un tel horizon suppose la désignation, par
les citoyens eux-mêmes, d’une Assemblée mandatée pour refonder un
projet politique, social, institutionnel pour l’Europe. Il ne s’imposera
toutefois que s’il se trouve porté par des forces crédibles et aptes à
peser sur les rapports de force politiques et sociaux. Il y a donc
urgence, ici comme sur l’ensemble du continent, à rassembler les
antilibéraux et les anticapitalistes, à affirmer une perspective de
changement radical qui permette d’échapper à la réédition de ces
alternances institutionnelles qui voient se succéder, régulièrement,
droites de combat et gauches de renoncement, au prix de désillusions et
de désastres toujours plus insupportables. La célébration du premier
anniversaire de la victoire du « non » à l’Europe des marchés sera
l’occasion de le réaffirmer avec force. Avec les collectifs du 29 Mai...
Christian Picquet
1. L’Express, 12 janvier 2006. 2. Sondage CSA/L’Humanité, 29 avril 2006.
3. Sondage Libération-LH2, 17 mai 2006. 4. 50 % des Français, contre 36
% expriment cette opinion, selon un sondage réalisé par l’institut
international Globalscan.
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POLITIS
Si c¹était à refaire...
Denis Sieffert
On en apprend de belles ces jours-ci ! Ainsi donc, la France
serait le pays le plus attractif d¹Europe pour des investisseurs
désireux d¹implanter leur entreprise en terres étrangères ! Et, à
l¹échelle planétaire, ellene serait guère devancée que par Singapour et
le Canada. Ce n¹est pas Attac qui le dit, ni le parti communiste, mais
un cabinet d¹audit américain dont le nom ressemble à un message codé du
général Rondot : « KPMG ». Selon cette étude, forcément très sérieuse,
menée dans 128 villes et 9 pays d¹Amérique duNord, d¹Europe et de la
région Asie-Pacifique, la France devance les Pays-Bas et l¹Italie. Elle
est loin devant le Royaume-Uni et les États-Unis, tandis que le Japon
et l¹Allemagne ferment la marche. Que le lecteur se rassure : je ne
suis pas saisi d¹une fièvre cocardière qui nous envahirait à la veille
de la Coupe du monde de football. Pour dire la vérité, cette
compétition aux investissements étrangers ne provoque pas chez moi
d¹émotion particulière. Tout au plus un certain étonnement, car cette
étude contredit un discours ressassé par les journalistes et les
économistes libéraux. En effet, qu¹apprend-on en entrant dans le détail
du document de KPMG ? Que les atouts de la France sont « des coûts plus faibles dans le domaine de l¹énergie, des transports, des prix de revient du foncier », etmême - tenez-vous bien ! - « des coûts salariaux réels, charges sociales comprises ». C¹est à n¹en plus croire son Jean-Marc Sylvestre !
Tout au long de l¹année, un cortège de commentateurs et d¹experts se
multiplient dans les médias pour nous mettre en garde contre un coût du
travail trop élevé qui plomberait l¹économie française, une
insuffisante flexibilité qui serait le cauchemar des investisseurs, et
un temps de travail hebdomadaire qui ferait du salarié français le plus
irrécupérable des flemmards. À les entendre, il serait urgent de
précariser letravail, de supprimer les minima sociaux, de réduire les
charges patronales et d¹augmenter les horaires. Les mêmes,
généralement, se verraient bien aussi en fossoyeurs des services
publics : trop chers et pas assez rentables, nous dit-on. Or, on
découvre ici que les infrastructures, les moyens de transport, qui
répondent encore chez nous à des critères de services publics, comptent
au contraire parmi les meilleurs arguments de la France. Lasurprise est
d¹autant plus grande que les exemples que l¹on nous cite ordinairement
pour faire rougir le smicard français de jouir de ses privilèges
viennent des pays anglo-saxons. Combien de reportages n¹a-t-on pas vu
sur la « fuite des cerveaux français » vers l¹Angleterre. Or, nous
apprenons aujourd¹hui qu¹un nombre àpeu près équivalent de jeunes
Britanniques traversent le Channel en sens inverse pour venir
travailler en France.
Cette étude, peu suspecte apriori de vouloir chanter les
louanges du système social français, a au moins une vertu : elle nous
invite à résister à une propagande qui, à force de répétitions, vise à
convaincre l¹opinion que l¹économie française n¹est pas compétitive,
que le coût du travail est trop élevé, que les salariés et les jeunes
sont trop frondeurs, et les grèves trop nombreuses. Un an après le
référendum du 29 mai 2005, ce hit-parade de l¹attractivité vient aussi
confirmer que défendre une certaine conception des services publics et
une économie qui ne sacrifie pas tout à la concurrence « libre et non
faussée » n¹a pas été contre-productif. Certes, les financiers, pour
qui le monde n¹est plus qu¹un espace virtuel, pensent différemment.
Mais les entrepreneurs, eux, doivent songer aux infrastructures, aux
avantages pratiques d¹une ville ou d¹une région. Les facteurs humains
ne leur sont pas totalement étrangers. Ceux-là n¹ont pas été découragés
par le « non » français, ni même par la philosophie qui le sous-tend.
Voilà encore qui contredit une autre propagande. Celle qui voudrait
culpabiliser les électeurs français. Cette propagande est mensongère
économiquement ; et elle l¹est aussi politiquement. Contrairement à ce
qui est dit, le « blocage » européen n¹est pas le fait des électeurs du
« non », dont aucun ne gouverne. Ilest la conséquence des gouvernements
et des institutions européennes qui, plutôt que d¹abjurer un peu de
leur libéralisme et de proposer un « plan B » ramené à une simple
réforme institutionnelle, préfèrent la politique du pire.
Apparemment, les électeurs du « non » ne sont pas dupes. Ils
viennent de célébrer à leur façon l¹anniversaire de la victoire. Il y a
quelques jours, un institut de sondage leur a demandé cequ¹ils
voteraient aujourd¹hui si c¹était à refaire. Parmi eux, 98 % ont dit ne
pas regretter leur vote. Un pour cent a exprimé des regrets. Mieux : du
côté des électeurs qui ont voté « oui » le 29 mai 2005, 10 % avouent
avoir changé d¹avis (1). Décidément, la culpabilisation ne marche pas.
Au contraire, elle aurait plutôt tendance à énerver.
(1) Sondage LH2 pour Libération réalisé les 12 et 13 mai auprès d¹un échantillon de 1 004 personnes.
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LE FIGARO
Il y a un an, jour pour jour, un coup de tonnerre
éclatait au-dessus de l'Europe : consultée par référendum, la France,
membre fondateur de l'Union, rejetait avec fracas un projet de
Constitution européenne pourtant soutenu par son gouvernement et rédigé
par un ancien président de la République. De ce mystère fratricide et
embarrassant, l'Union n'est toujours pas revenue. Les ministres des
Affaires étrangères réunis ce week-end en Autriche s'échinaient de
nouveau à trouver le moyen de réformer malgré tout les institutions des
Vingt-Cinq, ne serait-ce que pour rendre gouvernable cet ensemble de
plus en plus hétéroclite.
Un an après le non d'une France soudain eurosceptique, l'Union patine,
mais elle réfléchit. Les rejets français et néerlandais l'ont secouée
et le 29 mai restera dans ses annales comme un virage vers le réalisme
: la construction européenne et l'élargissement à l'Est ont cessé
d'aller de soi. Désormais, l'Union devra les négocier durement et,
souvent, avec les opinions publiques. Cela s'appelle la démocratie.
A Paris, c'est-à-dire dans l'oeil du cyclone, les travaux de comblement
du fossé démocratique ont-ils avancé ? Ce chantier considérable tient
en deux chiffres qui en disent long sur notre dialogue de sourds
national. L'an passé, 82% des députés et sénateurs réunis en Congrès à
Versailles plébiscitaient la Constitution européenne. Trois mois plus
tard, 55% des électeurs la repoussaient. Un boulevard pour les
champions du non ? Ce serait aller vite en besogne. Alors que se
profile l'élection présidentielle de 2007, les hérauts du non de gauche
n'ont pas touché les dividendes du référendum, loin s'en faut. Les
ténors nonistes, au PS comme à l'extrême gauche, ont beau pincer sans
vergogne la corde du 29 mai, jurer qu'ils ont bien entendu le message
subliminal des électeurs sur l'angoisse de la précarité, c'est Ségolène
Royal, un notable du oui, qui lamine ses concurrents dans les sondages.
A la droite de la droite, où Philippe de Villiers, noniste virulent,
peut revendiquer la paternité du mythe très anxiogène du plombier
polonais, c'est tout de même Jean-Marie Le Pen, quoique beaucoup plus
discret pendant la campagne, qui fait aujourd'hui la course en tête.
Quant à la droite parlementaire, à en juger par l'enquête que publie
aujourd'hui Le Figaro, au
lieu de retourner flirter par opportunisme électoral avec le
souverainisme des années Maastricht, elle semble se convertir peu à peu
à la nécessité des réformes de structure en France, alors que les
députés socialistes et communistes consolident leur critique de la
«mondialisation libérale».
Tout se passe comme si, une fois poussé le cri du 29 mai, la scène
politique officielle, celle du Parlement, retrouvait un clivage
gauche-droite plus tranché. Si, dans douze mois, au deuxième tour de
l'élection présidentielle, ce sont deux partisans du oui qui
s'affrontent dans la course à l'Elysée, les optimistes en déduiront que
le mirage du référendum s'est enfin dissipé.
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AP
UE : les 25 au chevet
de la Constitution
Les ministres des Affaires étrangères réunis à Vienne ont décidé de prolonger la "période de réflexion".
Le texte du Traité constitutionnel européen (AP)
Plusieurs ministres européens des Affaires étrangères ont reconnu
samedi 27 mai que le traité constitutionnel européen (TCE) n'était pas
prêt d'être relancé et qu'il fallait prolonger la "période de
réflexion" que l'Union européenne s'est imposée il y un an après le
"non" de la France et des Pays-Bas.
"Notre proposition aujourd'hui est de poursuivre la période de
réflexion, de ne pas être trop rapide", a déclaré le ministre
néerlandais Ben Bot à son arrivée à l'abbaye de Klosterneubourg, près
de Vienne, où les ministres se réunissent jusqu'à dimanche pour
discuter de l'avenir de l'Europe.
"Nous aimerions prolonger la période de réflexion d'un an, par exemple", a-t-il ajouté.
Trois camps
L'UE s'est imposée cette période de réflexion il y a un an, juste après
les "non" français et néerlandais". Elle devait en principe expirer en
juin 2006. Les 25 ne sont d'accord que sur un point: aucune décision ne
doit intervenir avant 2008. Pour le reste, c'est le statu-quo, les
partenaires européens ne savent pas s'ils doivent enterrer le texte ou
le ramener à la vie.
Ce débat, qui a lieu à Vienne un an presque jour pour jour après le
"non" français à cette Constitution, est le premier vrai échange de
vues entre les 25 sur ce problème qui les a privés de grand projet
mobilisateur.
Actuellement, les 25 semblent se répartir en trois camps : ceux qui ne
veulent surtout pas qu'on touche à la Constitution, faisant valoir
qu'elle a déjà été ratifiée par 15 pays membres.
La chancelière allemande Angela Merkel en fait partie, qui a répété le
11 mai que l'UE avait "absolument besoin d'un traité constitutionnel
pour avoir une Europe capable d'agir".
Améliorations françaises
D'autres pays, comme les Pays-Bas qui ont voté contre le traité juste
après la France, estiment que le traité constitutionnel est mort et
qu'il est vain d'essayer de le ressusciter.
Les Tchèques sont de ce côté-là. Le président Vaclav Klaus a répété
mardi que la ratification du traité n'était "plus à l'ordre du jour en
République tchèque", où "toutes les forces politiques considèrent que
le traité a été pratiquement arrêté".
Enfin, certains comme la France et la Commission européenne évitent de
trancher et estiment qu'en attendant, il faut essayer d'améliorer le
fonctionnement des institutions européennes sans sortir du cadre des
traités existants.
Depuis la fin avril, Paris fait circuler une liste d'améliorations
possibles au fonctionnement actuel, incluant en particulier la
possibilité de prendre plus de décisions à la majorité qualifiée des 25
au lieu de l'unanimité, dans certains domaines comme la justice, la
sécurité et le social.
Le président de la Commission européenne José Manuel Barroso a, lui,
émis l'idée début mai de supprimer les droits de veto des Etats dans la
coopération policière et judiciaire ou d'impliquer davantage les
parlements nationaux dans la rédaction des propositions de loi, ce que
suggèrent aussi les Français.
Elargissement entre parenthèses
Pour sortir de l'impasse constitutionnelle, le ministre belge des
Affaires étrangères Karel De Gucht est allé plus loin mardi, en
proposant que l'Union européenne puisse à l'avenir réviser son traité
fondateur avec une majorité qualifiée et non plus à l'unanimité.
Mais un tel changement supposerait l'organisation d'une nouvelle
Conférence intergouvernementale, dont il a reconnu qu'elle ne pourrait
pas être convoquée avant 2008.
Vu les divergences, le premier résultat concret de ce conclave de
"décantation", pour reprendre les termes d'un diplomate, devrait
précisément être de repousser les décisions à 2008 ou 2009.
Le Premier ministre luxembourgeois Jean-Claude Juncker, vétéran des
questions européennes, a même jugé la semaine dernière ces dates
"optimistes".
Le ministre luxembourgeois Jean Asselborn a indiqué samedi que les 25
allaient essayer de se mettre d'accord d'ici le sommet européen des 15
et 16 juin sur "une feuille de route" précisant le calendrier de la
réflexion.
Autre effet concret de l'absence de consensus : le scepticisme
grandissant sur l'élargissement. Certains pays comme la France estiment
qu'avant d'accepter de nouveaux Etats membres, l'UE doit adapter ses
institutions pour optimiser son fonctionnement à 25 et préciser sa
"stratégie" d'élargissement.
© Le Nouvel Observateur
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Jeudi 18 Mai 2006
UE : les français rejettent toujours la Constitution
[Fenêtre sur l'Europe] www.fenetreeurope.com <http://www.fenetreeurope.com>
De récents sondages réalisés par l¹institut de sondage LH2 pour le quotidien Libération
révèlent que les français, un an après la victoire du "non" au
référendum sur la constitution européenne, se sentent de plus en plus
frustrés et déçus vis à vis du projet européen.
L¹étude publiée dans le Libération du 17 mai dernier
analyse l¹évolution des différentes opinions françaises sur le traité
constitutionnel européen depuis un an. Globalement les résultats
montrent que la France ne regrette pas son choix du 29 mai 2005. Si les
français devaient revoter aujourd¹hui, le non l¹emporterait toujours et
peut-être même plus largement qu¹il y a un an.
Aussi bien pour les opposants que pour les défenseurs de la
Constitution européenne, le débat référendaire de l¹année dernière n¹a
servit a rien : l¹Europe est toujours en panne, aucun "plan B" n¹a été
réellement proposé par les autorités et la situation et l¹influence de
la France en Europe s¹est davantage affaiblie.
Selon le sondage, 98% des personnes ayant voté "non" à la
constitution européenne l¹année dernière, opteraient pour la même
décision aujourd¹hui et 10% des "ouistes" auraient changé d¹avis et
rejetteraient maintenant le projet constitutionnel.
Les crises que le pays a vécu cet hiver (crise des banlieues, crise lié
au CPE) n¹ont fait que réunir les deux camps contre l¹incapacité du
gouvernement à répondre aux angoisses sociales et économiques des
français. Ces derniers sont remontés contre l¹exécutif en général,
qu¹il soit national ou européen.
A ceux qui avaient affirmé que la victoire du "non" était notamment due
à la peur de "l¹Europe libérale", le sondage donne une réponse
décevante : malgré l¹abandon de la directive Bolkestein sur la
libéralisation des services, seuls 5 % des électeurs considèrent que
l'Europe a pris un cours "plus social" en un an.
Le fossé entre les seize pays qui ont déjà ratifié le texte ou vont
bientôt le faire et ceux qui ne veulent plus en entendre parler
s¹agrandit donc. Même le président de la Commission européenne, lui
même, a baissé les bras, en reportant à 2008 toute décision sur la
question.
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Lundi 29 Mai 2006
Constitution : sortir de l'impasse oui... mais pas avant 2009 !
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Les vingt-cinq ministres des Affaires étrangères de l'Union
européenne, réunis en conclave ce week-end, promettent de sortir de
l'immobilisme dans lequel les ont plongés le non français et
néerlandais à la Constitution européenne. Mais ils proposent de
reporter d'un an la période de réflexion et n'envisagent pas de
solution avant 2009.
Les ministres européens de Affaires étrangères, réunis hier en conclave
dans une abbaye au-dessus de Vienne, ont décidé, faute de consensus sur
une sortie de crise, de proposer aux chefs d'Etat et de gouvernement,
lors du prochain sommet des 15 et 16 juin, de prolonger d'un an la
"période de réflexion" qu'ils avaient décrétée en juin 2005 et qui
devait s'achever le mois prochain.
Certes l'Allemagne, qui assumera la présidence de l'UE au premier semestre 2007, s'est engagée à faire en juin 2007 une "proposition substantielle"
sur l'avenir du traité constitutionnel mais elle n'a, pour le moment,
aucun mandat concret. Bien plus, compte-tenu des divergences
subsistantes sur l'avenir de la Constitution, la ministre autrichienne
des Affaires étrangères, Ursula Plassnik, a reconnu qu'il faudra
attendre la mi-2009, date des prochaines élections au Parlement
européen, pour obtenir "de la clarté sur notre base juridique".
En attendant les Vingt-cinq sont prêts, pour répondre aux "préoccupations de nombreux citoyens",
à durcir à l'avenir les conditions d'entrée dans l'Union européenne en
s'appuyant sur la notion de "capacité d'absorption" de l'UE.
Les ministres des Affaires étrangères ont aussi discuté de la
possibilité de rendre plus efficaces les institutions européennes sans
sortir du cadre des traité existants, comme le proposent la France et
la Commission européenne. Il s'agirait par exemple de prendre plus de
décisions à la majorité qualifiée notamment sur certaines questions de
justice et de sécurité.
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Vendredi 26 Mai 2006
Constitution: Angela Merkel favorable à des références religieuses dans la Constitution européenne.
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A l¹occasion d¹une réunion des Chrétiens démocrates à Saarbrück, la Chancelière allemande, Angela Merkel, s¹est déclarée pour l¹introduction de références au christianisme dans le Traité constitutionnel de l¹UE.
"Nous vivons dans un monde où nous voulons comprendre et communiquer
avec les autres religions et cultures. Pour cela nous devons connaître
et être conscients de nos racines. La croyance chrétienne fait partie
de notre histoire commune. L'Europe perdrait quelque chose si elle
devait
mettre de côté ses références historiques et religieuses". a expliqué Angela Merkel.
La chancelière a ainsi relancé le débat sur l¹identité religieuse
européenne qui avait donné lieu il y a quatre ans, lors de
l¹élaboration du texte de la
Constitution, à de amères discussions entre les Etats membres. A cette
époque plusieurs pays européens, notamment des pays accordant une
place prééminente à la religion tels que l¹Espagne, l¹Italie et la
Pologne, se positionnaient pour une forte référence au christianisme
dans la
Constitution. Depuis, à plusieurs reprises, notamment dans le débat sur
l¹adhésion de la Turquie, pays majoritairement musulman, l¹UE a été
accusée d¹agir comme un "club fermé de judéo-chrétiens".
Finalement, le texte du projet constitutionnel rejeté par les français
et les néerlandais, ne fait référence à la religion que dans des termes
généraux.
Elle est citée comme valeur commune dans le préambule, tandis que l¹article I-52, institutionnalise "un dialogue régulier" entre l'Union et les
Eglises, placées au c¦ur de la vie démocratique de l'Union, au même
titre que les partenaires sociaux et l¹article II-70, garantit à chacun
la liberté
de
"manifester sa religion, individuellement ou collectivement, en public
ou en privé, par le culte, l¹enseignement, les pratiques".
Angela Merkel, doit justement aujourd¹hui même recevoir, pour la
première fois, le premier ministre turque Recep Tayyip Erdogan : la
position de la
chancelière sur l¹adhésion de la Turquie à l¹Union européenne n¹étant
pas très claire, la rencontre risque d¹être plus "corsée" qu¹au temps de
Gerhard Schröder, un des plus grand partisans européens de l¹adhésion turque.
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Berlin prêt à renégocier le traité sans en changer la substance
LE MONDE | 29.05.06 | 13h00 € Mis à jour le 29.05.06 | 13h00
VIENNE ENVOYÉ SPÉCIAL
Pour la première fois depuis le rejet de la Constitution
européenne en France et aux Pays-Bas, les dirigeants européens ont
reconnu, d'une façon presque unanime, qu'il était irréaliste d'attendre
des électeurs français et néerlandais qu'ils reviennent sur leur vote
en approuvant le texte auquel ils ont dit non, à une large majorité, il
y a un an. Réunis à Klosterneuburg, près de Vienne, en Autriche, les 27
et 28 mai, les ministres européens des affaires étrangères ont estimé
que la seule solution était de renégocier le traité pour le rendre
acceptable par ceux qui l'ont refusé.
L'ouverture est venue du chef de la diplomatie
allemande, Frank Steinmeier, dont le pays était jusqu'à présent
fermement opposé à la renégociation du texte après l'avoir approuvé par
la voie parlementaire en mai 2005. M. Steinmeier a affirmé qu'il était
essentiel de maintenir la "substance politique" du traité mais
il a, en même temps, déclaré qu'il était impossible de consulter une
seconde fois les Français et les Néerlandais sur le même texte. Il
appartiendra à l'Allemagne, au cours de sa présidence de l'Union au
premier semestre 2007, a-t-il dit, de présenter "une proposition substantielle" sur le projet de Constitution, quitte à renoncer, s'il le faut, au terme même de Constitution.
Les deux seuls pays qui ont, à ce jour, ratifié le traité par
référendum et qui, pour cette raison, ne veulent pas prononcer son acte
de décès, l'Espagne et le Luxembourg, ont fait preuve de la même
souplesse. Le ministre espagnol, Miguel Angel Moratinos, a insisté sur
la nécessité de "préserver le contenu constitutionnel" mais n'a pas exclu de revoir le texte. Le ministre luxembourgeois, Jean Asselborn, a souhaité l'adoption d'une "feuille de route" pour préparer un nouveau "traité de base" susceptible d'entrer en vigueur en 2009.
"LE CIEL S'ÉCLAIRCIT"
"Le ciel s'éclaircit, les nuages de tempête se dissipent", a
souligné la ministre autrichienne, Ursula Plassnik, qui présidait la
réunion. Mme Plassnik a affirmé que les discussions avaient permis de
poser les bases d'un "nouveau consensus". "Une solution juridique définitive ne pourra être trouvée qu'à Vingt-cinq", a-t-elle rappelé, avant de faire observer que "le moment n'est pas encore arrivé". Ce moment pourrait être, selon elle, "2009 au plus tard", l'année des prochaines élections européennes et du renouvellement de la Commission. "Nous aurons besoin de clarté sur notre base juridique", a-t-elle souligné.
Le président de la Commission, José Manuel Barroso, a défendu la
proposition française de décider, sans attendre de savoir ce qu'on fera
du traité constitutionnel, une extension du champ de la majorité
qualifiée dans le domaine de la coopération policière et judiciaire,
comme l'autorise le traité de Nice. Plusieurs pays, dont l'Allemagne,
n'y sont pas favorables. Ils refusent toute initiative qui pourrait
donner l'impression que l'Union s'apprête à appliquer certaines parties
du traité sans attendre sa ratification. M. Steinmeier a rappelé son
opposition à cette démarche.
En revanche, une autre proposition française, visant à évaluer la "capacité d'absorption" de l'UE avant toute nouvelle adhésion, a rencontré un large consensus. L'Europe doit "s'assurer que ses fondations sont solides"
avant d'accueillir de nouveaux membres, a déclaré Catherine Colonna,
ministre française déléguée aux affaires européennes, qui remplaçait
Philippe Douste-Blazy, qui accompagnait le président Chirac en Amérique
latine. Mme Plassnik a rappelé que cette condition n'est pas nouvelle
puisqu'elle figure parmi les critères de Copenhague définis en 1993. "C'est une question de bon sens",
a-t-elle dit en réponse à ceux qui redoutent que l'application de cette
clause ne soit une manière détournée de freiner l'élargissement.
Thomas Ferenczi
Article paru dans l'édition du 30.05.06
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Relancer l'Union européenne,
par Laurent Fabius
LE MONDE | 22.05.06 |
Un an après le référendum français sur le projet de Constitution, je
souhaite indiquer ici le chemin concret d'une relance européenne.
Je le fais à partir de contacts récents et approfondis avec de nombreux
responsables gouvernementaux et parlementaires européens. Je le fais en
pensant aux prochaines échéances : à la différence de 2002, l'Europe ne
doit pas être absente de la confrontation démocratique de 2007
puisqu'elle est décisive dans la vie de millions de nos concitoyens et
pour peser dans la mondialisation.
Je le fais aussi en tirant les leçons du vote de l'an dernier au
référendum. Les raisons du large "non" français sont multiples ;
plusieurs erreurs d'interprétation doivent être évitées. Ainsi est-il
superficiel et même injurieux de prétendre, comme on l'observe parfois,
que celles et ceux qui ont rejeté le projet constitutionnel l'ont fait
sans réfléchir ou sans comprendre : le débat a été d'une intensité
démocratique exceptionnelle, les citoyens se sont emparés de la
question qui leur était posée, et c'est en connaissance de cause qu'ils
ont fait leur choix. Pour la grande majorité d'entre eux, ils se sont
opposés non pas à l'Europe elle-même ils y sont profondément attachés
et les efforts opérés, par exemple, pour le passage à l'euro en
témoignent mais aux dérives de l'Europe telles que ce texte les
consacrait, sans vraiment la préparer aux défis du XXIe siècle. Autre
erreur d'interprétation : la France se trouverait du fait de son vote
dans une situation excentrique, seule avec les Pays-Bas, illustrant une
fois encore la fameuse "exception française"
: en réalité, en dehors des responsables espagnols et luxembourgeois,
les dirigeants que j'ai rencontrés m'ont assuré et cela m'a frappé
que si la question avait été soumise par référendum à leur peuple, la
réponse aurait été vraisemblablement la même qu'en France, sans parler
de ceux qui ont préféré renoncer à le consulter après le vote de la
France et des Pays-Bas. Le véritable isolement, c'est souvent celui des
dirigeants européens à l'égard des citoyens quand ils refusent de les
entendre.
C'est pourquoi je suis convaincu, comme je l'ai souvent affirmé avant
le référendum, que c'est la crise européenne qui a débouché sur le
"non", et pas l'inverse. Pourquoi ? Parce que l'Union européenne a
opéré, depuis Maastricht, une sortie de route, en silence mais non sans
conséquences : alors qu'au départ elle a été bâtie pour protéger et
pour progresser, elle donne désormais le sentiment que, face à la
mondialisation libérale, elle subit sans agir et réagir. Le fait que
l'élargissement de l'Union, justifié en soit mais massif et accéléré
dans ses modalités, ait précédé son renforcement constitue une
difficulté supplémentaire. Le projet de Constitution masquait ces
difficultés au lieu de les affronter vraiment. C'est en fonction de ces
analyses et en pro-européen convaincu mais exigeant que j'ai déterminé
mon choix à l'automne 2004, quand les sondages donnaient le "oui" à 70
% et qu'il m'a fallu affronter l'ire de la plupart des commentateurs.
La politique ne doit pas être affaire de mode ou seulement de gestion
de l'image : c'est assumer ses convictions. J'insiste d'ailleurs sur ce
point : alors que l'on a voulu opposer radicalement leurs choix,
beaucoup de Français ont mis un bulletin différent dans l'urne le 29
mai dernier, tout en ayant sincèrement une commune volonté, relancer
l'Europe.
Depuis plusieurs années, nous déplorons que la croissance de l'Europe
soit inférieure à celle des Etats-Unis et très inférieure à celle de la
zone asiatique, avec ses conséquences dramatiques sur l'emploi et la
protection sociale. Pourquoi en sommes-nous là ? En fait, l'Union et
particulièrement la zone euro se place elle-même dans une tenaille.
D'un côté, nous interdisons tout soutien puissant de la demande interne
par la consommation et l'investissement à la croissance puisque
divers mécanismes (pacte de stabilité, limitation drastique du budget
européen, pression sur les salaires, Š) l'excluent. Mais de l'autre
côté nous écartons aussi une relance par la demande externe
c'est-à-dire par les exportations puisque nous ne soutenons pas nos
points forts industriels dans la compétition mondiale en acceptant une
concurrence parfois déloyale et une surévaluation de l'euro. Comme,
dans le même temps, nous avons fixé des objectifs dits de Lisbonne
(développement de la recherche, de l'éducation, de l'innovation,Š) mais
que nous ne mobilisons pas les moyens financiers pour les atteindre, il
n'existe aucune chance que nos résultats économiques et sociaux
s'améliorent spontanément.
Il n'y pourtant pas de fatalité à voir une croissance vigoureuse
partout dans le monde, sauf en Europe. Encore faut-il, dans cette
Europe au point mort, posséder la volonté réelle d'avancer. Les
résultats du référendum français, en forçant la Commission, les
gouvernements nationaux et le Parlement européen à se préoccuper
davantage de la cohésion sociale de l'Union, ont influencé positivement
certaines décisions récentes. Par exemple, la refonte de la fameuse
directive Bolkestein sur les services, quoique insuffisante, n'a pas
été sans liens avec la pression exprimée par le "non" et la
mobilisation des syndicats européens. Des déclarations sont
intervenues, montrant aussi une évolution des esprits : la chancelière
allemande a évoqué un "protocole social",
le premier ministre luxembourgeois souhaite avec raison que l'Europe
soit plus active face aux OPA. Le premier ministre belge relance l'idée
d'un groupe moteur. Ce sont des éléments fragmentaires, et le piètre
accord intervenu sous présidence britannique concernant le budget
européen montre que l'on est encore loin du compte. Mais j'ai la
conviction que quelque chose a bougé en Europe après que les Français
et les Néerlandais ont tiré la sonnette d'alarme. Inversement, les
cataclysmes évoqués pendant la campagne référendaire il y a un an ne se
sont pas produits : l'Europe est toujours là et nos cantines scolaires,
pour faire écho à un propos qui m'avait frappé, n'ont pas été
privatisées !
Ces premiers mouvements restent insuffisants. Beaucoup de temps a été
perdu depuis des années et ce qui s'impose désormais, c'est un plan de
relance de l'Union. Des progrès c'est la première urgence devraient
être préparés dans plusieurs domaines concrets où une stratégie
européenne s'impose. C'est le cas notamment pour la politique
énergétique (économies européennes d'énergie, développement des
transports collectifs, des énergies renouvelables, des carburants
propres, interconnexions des réseaux, coordination des stocks et des
achatsŠ), alors que malheureusement le dernier sommet européen n'a
abouti qu'à reprocher à la Commission ses ambitions en ce domaine.
C'est aussi le cas pour la recherche scientifique, l'éducation, la
formation, l'université, où nous sommes en train d'aggraver notre
retard par rapport à nos grands concurrents : de nouveaux projets
devraient être financés hors des critères de Maastricht dans le cadre
d'un pacte positif pour la recherche afin de nous permettre de demeurer
dans la course et si possible d'en prendre la tête.
Cette ambition pose la question du budget européen, traitée avec
incohérence et imprévoyance par l'exécutif français. Depuis 1995, le
président de la République proclame que davantage de politiques
concrètes doivent être financées, mais milite avant comme après le
référendum pour une baisse des financements communautaires. Il faut
en finir avec ce double langage qui cause du tort à l'Europe : oui,
l'amélioration du budget devra accompagner la relance européenne. La
situation actuelle n'est pas acceptable : le budget de l'Union reste
largement inférieur au montant du seul budget français, et plus de 40 %
est consacré à la seule politique agricole commune. Une solution
existe, que nous devons proposer : la création d'une ressource fiscale
autonome, par exemple une taxe communautaire sur l'énergie, moyen de
renforcer à terme les moyens et les ambitions de l'Union et premier
jalon d'une indispensable harmonisation fiscale. Les présidences qui se
succéderont en 2007 devraient aborder la question institutionnelle. La
présidence française, en 2008, l'année de la révision de l'accord
budgétaire, devra se consacrer aussi à l'élaboration d'un paquet
budgétaire digne d'une Europe élargie, solidaire et préparant l'avenir.
J'ajoute à cela la dimension sociale qui doit venir en tête d'agenda.
Il devient vital de viser une harmonisation par le haut afin de faire
converger les décisions nationales au rythme du développement de chacun
des pays, en fixant des objectifs comparables à ceux du traité de
Maastricht pour atteindre l'euro. Le but est d'éviter, au sein de
l'Union, le dumping, par exemple sur le taux d'impôt sur les sociétés,
et la multiplication des délocalisations. Pour être acceptée par les
nouveaux Etats membres, cette démarche pourrait s'insérer dans un "nouvel équilibre de l'élargissement"
: en compensation de leur renonciation à la stratégie de
l'harmonisation par le bas, ils bénéficieraient d'un effort budgétaire
spécial, de la liberté de circulation pour leurs travailleurs et de la
solidarité qu'ils nous demandent dans la sécurisation de leur
approvisionnement énergétique. Rompant avec le chacun pour soi actuel,
faisons le choix d'un élargissement solidaire. Tant que ces nouvelles
règles n'auront pas été posées, je suis favorable à un refus de tout
nouvel élargissement.
La politique de la concurrence devra, elle aussi, évoluer. A l'heure
des OPA planétaires et de l'hyper-concurrence asiatique et américaine,
elle ne favorise pas la constitution de champions européens. Au
contraire, elle les pénalise par une approche idéologique, tatillonne
et finalement contre-productive : les exemples pour la France vont de
Pechiney à Schneider et Legrand, en passant par Mittal et Arcelor.
La politique commerciale européenne devrait également constituer un
outil plus performant. L'existence d'un négociateur unique pour l'Union
et d'une coordination forte dans ce domaine constitue un atout. Mais
l'exemple des décisions à l'OMC montre comment l'Europe est réduite à
une position défensive, incapable d'étendre la négociation aux
standards sociaux, aux normes environnementales, aux parités monétaires
qui devraient pourtant faire partie intégrante d'une discussion visant
à un juste échange international ("fair trade") plutôt qu'à un libre
échange ("free trade"). Face à l'empire américain et aux géants indien
et chinois, nous avons besoin d'une nouvelle politique de la
concurrence et du commerce qui permette la défense et la promotion de
l'industrie et des entreprises européennes.
Le chantier institutionnel devra être repris. L'idée, émise par
certains gouvernements, que les pays ayant rejeté le projet pourraient
voter à nouveau sur le même texte est politiquement irréaliste et
choquante d'un point de vue démocratique. A l'inverse, la perspective
de renoncer à toute amélioration institutionnelle de l'Union est
refusée à juste titre, notamment par l'Allemagne, notre principal
partenaire : l'immobilisme n'apporte pas de réponse à la situation
juridiquement complexe dans laquelle nous nous trouvons dans le
processus de ratification. Un chemin doit être trouvé pour avancer.
Une solution pourrait consister en une démarche à trois temps.
Concrètement, abandonner la troisième partie du texte, la plus longue,
celle qui a concentré l'essentiel des critiques puisqu'elle comportait
des politiques libérales souvent inadaptées à la situation et des
dispositions qui n'ont pas à figurer dans une Constitution : le
renoncement à cette troisième partie est désormais accepté par nombre
des défenseurs du texte initial. Au lieu de demander aux citoyens de la
consacrer par leurs suffrages, il faut plutôt envisager ses voies
d'évolution et de révision. En revanche, comme je l'avais indiqué lors
du débat référendaire, il apparaît souhaitable de reprendre l'essentiel
de la deuxième partie du texte, consacrée à la Charte des droits
fondamentaux, et qui s'inscrit, en dépit de ses insuffisances, dans le
sens de l'Europe sociale nécessaire pour lutter contre la dérive
libérale.
Le troisième temps de la démarche institutionnelle est plus délicat. Il
consiste au sein des première et quatrième parties du projet, à opérer
le tri entre les dispositions acceptables et celles qui ne le sont pas,
chaque pays ayant encore à cet égard des positions diverses. Parmi les
points litigieux, je cite en particulier : la conciliation entre le
principe du respect de la concurrence et celui du service public, la
facilitation indispensable des coopérations renforcées entre Etats,
l'exigence que la Banque centrale européenne prenne en compte la
croissance et l'emploi au même titre que la lutte contre l'inflation,
et la composition de la Commission. Au-delà de telle ou telle
rédaction, c'est une impulsion nette vers l'Europe sociale qui est en
cause face à la mondialisation libérale.
Comment parvenir à ces avancées pour à la fois relancer l'Europe et la
réorienter ? La question est à la fois celle de la méthode à utiliser
et des moteurs possibles de l'Union. Je ne crois pas à l'efficacité
d'une nouvelle Convention préparatoire, sur le modèle de celle qu'a
présidée M. Giscard d'Estaing. Inutile de rééditer ce qui a échoué.
Plusieurs pistes sont avancées : une élaboration intergouvernementale
qui pourrait être préparée après 2007 ; la tenue d'un Congrès, composé
par exemple à parité de représentants du Parlement européen et des
Parlements nationaux ; ou bien encore la réunion d'une Assemblée
constituante, élue en même temps que le prochain Parlement européen en
2009. L'idéal serait que le nouveau texte puisse être soumis à
référendum ou à ratification parlementaire le même jour dans les
vingt-cinq Etats de l'Union.
De toutes les façons, impossible d'envisager que le nouveau texte à
présenter aux divers Etats puisse être adopté en France par le seul
Parlement : c'est ce que propose pourtant M. Sarkozy, rejoint par
quelques voix au-delà de son camp. Je suis en total désaccord ! La
règle du parallélisme des formes démocratiques devra jouer : puisque le
premier texte a été soumis à référendum, le second devra être lui aussi
soumis au peuple. Le projet et le candidat des socialistes devront être
très clairs sur cette exigence.
Quels moteurs pour relancer l'Union européenne ? Malgré le
refroidissement observé depuis quelques années, je reste convaincu que
le couple franco-allemand représente un atout décisif. L'avoir délaissé
ou banalisé est une faute grave. Pour relancer l'Europe, il faut
redynamiser la relation entre la France et l'Allemagne qui n'est pas
exclusive d'autres liens étroits, notamment avec nos amis belges,
luxembourgeois, italiens et espagnols. Le premier sommet européen
auquel participera le nouvel exécutif français aura lieu en juin 2007,
sous présidence allemande. La France exercera la présidence en 2008.
Outre la croissance et les institutions, la défense devrait être un
champ majeur d'avancées communes. A éparpiller nos efforts en matière
de défense, nous nous interdisons de peser sur la scène du monde et
nous gaspillons des marges de man¦uvre budgétaires. Nous avons besoin
d'une stratégie d'armement intégrée et d'une défense commune. Je
propose un grand dessein : qu'à l'horizon 2014, soit cent ans après
Verdun, une armée franco-allemande ait vu le jour. Prédude à une
défense européenne et à des éléments de diplomatie commune. Pourquoi ce
rêve serait-il moins réalisable qu'une monnaie unique ? Là comme
ailleurs, c'est affaire de volonté politique. L'autre moteur pour
avancer est l'Eurogroupe. Je lance une mise en garde. Ne recommençons
pas avec la zone euro l'erreur lourde que nous avons commise dans les
années 1990 avec l'ensemble de l'Union : c'est-à-dire élargir avant
d'approfondir. La zone euro a d'abord besoin de se renforcer, en
instaurant en son sein un vrai pilotage économique commun, une réelle
politique de croissance et de change, une harmonisation fiscale et
sociale. Tout cela devrait, selon moi, précéder et non suivre un
éventuel élargissement de la zone euro. Sinon l'espoir d'une Europe
unissant vraiment les peuples risque d'être compromis, et la zone
monétaire cessera d'être l'amorce d'une Union politique pour n'être
plus que le complément d'une zone de libre-échange.
Quant au Parlement européen, malgré sa majorité conservatrice, il a
montré qu'il bénéficiait d'un esprit pro-européen. La directive
services a été largement réécrite. La directive portuaire a
heureusement été rejetée. La négociation sur le budget, quoique très
insuffisante, a permis d'obtenir quelques milliards d'euros de plus ;
ils seront indispensables notamment pour la solidarité avec les
nouveaux entrants. C'est dans cette enceinte que "la période de réflexion"
sur l'avenir des institutions de l'Union conduit à un vrai débat sur
les attentes des citoyens. Nous devons miser davantage sur la dynamique
du Parlement. Nous appuyer aussi davantage sur la mobilisation des
syndicats et des grandes associations démocratiques, dont on a vu
l'efficacité pour contrer les directives les plus libérales, et,
positivement, pour l'adoption de règlements favorables aux biens
publics.
Tout cela dessine une Europe à la fois ambitieuse et différenciée. Si
l'Union se prétend uniforme alors même que les Etats membres et leur
degré d'euro-volontarisme sont de plus en plus hétérogènes, elle
s'alignera sur le plus petit dénominateur commun, devenant le cheval de
Troie des Etats-Unis, de l'Asie ou de leur alliance, c'est-à-dire d'une
mondialisation sans règles, dont le résultat est de creuser les
inégalités entre pays et au sein des pays. Cette reconnaissance d'une
Europe différenciée est essentielle, elle constitue une autre façon
d'évoquer la fameuse idée des "trois cercles" à laquelle adhérait
notamment François Mitterrand : au centre, les pays les plus
euro-volontaires désireux d'avancer vite et loin, unis autour de
projets communs et partageant une conception intégrée de leur destin et
de leur action dans la mondialisation ; au-delà, les Etats membres de
l'Union dotés d'une ambition de convergence ; à la périphérie, les
Etats avec lesquels un partenariat privilégié s'impose je pense à la
Turquie, à l'Ukraine, mais aussi aux pays de la zone méditerranéenne,
actuellement négligés par l'Europe , sans qu'ils fassent à proprement
parler partie d'une Union qui ne peut pas digérer un élargissement
indéfini. Sur ce point, je fais miennes les récentes déclarations
d'Angela Merkel et de Romano Prodi : nous devons dire clairement à
certains pays que leur participation n'est pas possible dans un temps
prévisible.
Cette Europe différenciée devra récuser la dérive actuelle qui
consiste, y compris pour certains Etats membres, à tenir la politique
européenne pour une simple action d'ajustement des économies
européennes à la mondialisation. Autant l'Union a poursuivi longtemps
et à juste titre l'ambition d'être un acteur majeur, capable de peser
sur l'environnement international, autant elle adopte désormais souvent
une posture de "petit pays", ayant vocation à s'insérer dans "l'ordre"
existant plutôt qu'à influer sur lui. Certes l'Union doit s'adapter au
contexte global. Mais une attitude de renoncement n'est pas conforme à
l'intérêt de l'Union, elle ne bénéficie qu'à une minorité qui creuse
l'écart avec les salariés des industries européennes soumis à une
concurrence exacerbée. Elle n'est pas non plus conforme à l'intérêt de
l'équilibre mondial et à un avenir durable pour la planète.
Car là est finalement l'essentiel : un monde dominé exclusivement par
les Etats-Unis serait bancal et dangereux ; un monde dominé par le
couple américano-chinois ne serait ni à l'avantage de l'Europe, ni
vraisemblablement à celui de l'humanité toute entière. On en perçoit
les périls économiques, sociaux, écologiques, culturels, démocratiques.
Le monde a besoin d'un équilibre vrai, de stabilité et de solidarité,
où l'Europe tiendra sa place une Europe rayonnante, une Europe-levier
et ses Etats membres aussi.
C'est tout l'enjeu d'une relance et d'une réorientation européennes. Le
chemin n'est pas à prendre ou à laisser, mais à discuter, à partager,
en France et avec nos partenaires. Nous devons à la fois assumer
pleinement la réponse de la France au projet de Constitution et
préparer les avancées de l'après-2007. Beaucoup de temps a été perdu.
Le prochain président de la République devra être l'homme de la relance
de l'Europe. D'une Europe qui, désormais, progresse et qui protège.
------------------
Laurent Fabius est député (PS) de Seine-Maritime et ancien premier ministre (1984-1986).
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Point de vue
Et si on reparlait de l'Europe, par Michel Barnier
LE MONDE | 29.05.06 | 13h36 € Mis à jour le 29.05.06 | 13h36
Ainsi Laurent Fabius, un an à peine après avoir tourné le dos à
l'héritage de François Mitterrand et de Jacques Delors, reprend-il la
plume pour "relancer l'Union européenne" (Le Monde du 23
mai) ! Chacun appréciera l'audace ou la provocation. Au moins a-t-il le
mérite de rouvrir le débat européen. Il y a en effet quelques bonnes
raisons à cela, et d'abord pour redonner un peu de hauteur au débat
politique français lui-même, qui en a besoin comme jamais.
Mais ensuite, n'est-il pas utile, et sainement démocratique, un an
après le 29 mai 2005, de vérifier si les nonistes ont tenu leurs
promesses ? Or, ils n'en ont tenu aucune. Aucune révision, aucun "plan
B" n'ont vu le jour. La mondialisation poursuit son cours,
inexorablement, et l'Europe n'a pris aucun virage social. Quant à la
Turquie, elle a évidemment commencé la négociation de son adhésion à
l'Union européenne, cela n'ayant aucun rapport avec l'enjeu
constitutionnel européen, n'en déplaise à M. de Villiers. Mais leur
banqueroute générale ne trouble pas outre mesure les vainqueurs du 29
mai, apparemment convaincus de la capacité illimitée des Français à
être payés de fausses promesses. Leur campagne de 2007 ne devrait pas
être plus honnête que celle de 2005.
Enfin, et surtout, à l'aube du débat présidentiel, la moindre
des transparences est que l'on parle d'Europe dans un pays dont
l'essentiel des lois et la quasi-totalité de l'économie dépendent des
règles européennes. Naturellement, ces règles ne tombent pas du ciel,
nos représentants, ministres et députés, prennent part à leur écriture
(et je ne perds jamais une occasion de souligner combien le poids des
voix françaises aurait été accru par l'adoption de la Constitution
européenne). Mais il déplaît à une certaine culture politique
française, volontiers autocratique, de reconnaître que le chef de
l'Etat lui-même doit discuter avec ses pairs. C'est pourtant la vérité.
La réalité du pouvoir politique en France, de nos jours, est aussi
d'aller siéger à Bruxelles.
Alors, reparlons de l'Europe ! Pour avancer à nouveau, il lui faut de
l'élan et plus de démocratie. Cet élan ne peut venir que de sa capacité
a s'entendre dès aujourd'hui sur des initiatives concrètes. Tout ne va
pas si mal : l'UE vient d'adopter son budget pour 2007-2013, un
compromis entre l'ambition d'une politique européenne de croissance et
la nécessité de remettre de l'ordre dans les finances de l'Union,
notamment par la réduction de l'injuste rabais britannique. D'autres
négociations difficiles ont elles aussi abouti, telle la directive
Reach sur les produits chimiques, ou encore la refonte de la fameuse
directive sur les services, dont le "principe du pays d'origine"
va enfin être voté. Et pourquoi devrions-nous nous résoudre à perdre
l'espoir de voir l'Europe s'emparer à pleines mains de sujets aussi
stratégiques que l'indépendance énergétique ou la formation
universitaire ? Elle est là, la "juste Europe" que nous cherchons
depuis le 29 mai.
Mais si les "réalisations concrètes" chères aux fondateurs
de la construction européenne sont indispensables pour la relancer,
elles ne suffiront pas à lui insuffler du sens. Cette question du sens
est devenue existentielle, puisque la finalité de l'action européenne
est si confuse que les citoyens en ont désormais pris peur. Et l'on en
revient, inévitablement, au projet de Constitution européenne,
puisqu'il était conçu pour substituer au fatras des traités européens
actuels une construction plus démocratique et plus durable.
Les issues à la situation actuelle ne sont pas nombreuses. Soit le
texte est représenté aux peuples qui l'ont rejeté il y a un an,
maintenant que les fausses promesses dont ils furent bernés sont
parties en fumée. Soit le texte est retravaillé pour être amélioré et
élagué, notamment son épaisse troisième partie, au risque cependant
d'en modifier l'équilibre et de relancer une négociation sans fin. Soit
le texte est remis partiellement sur le métier, mais uniquement pour en
approfondir la portée démocratique et offrir aux citoyens de nouveaux
instruments de contrôle et de décision.
Les idées ne manquent pas. En voici quelques-unes qui me tiennent à
coeur depuis longtemps : la création d'un référendum européen, pour par
exemple ratifier les futures modifications du Traité constitutionnel
européen ou l'entrée de nouveaux Etats membres dans l'UE ;
l'attribution d'un quota de sièges au Parlement européen à des listes
transnationales, qui porteraient un projet européen ; une plus grande
transparence des travaux du conseil des ministres européen, auxquels
assisteraient députés et sénateurs au côté du ministre français dès
lors que celui-ci aurait à agir en matière législative.
Le débat européen vient de traverser en France une période de silence,
probablement inévitable après le fracas de la campagne référendaire.
Mais ce silence devient assourdissant, un an après. La pénitence
française doit cesser. Nous devons reprendre la parole, proposer,
débattre, ne serait-ce que pour placer les vainqueurs du 29 mai devant
la faillite qu'ils ont engendrée. Il y faudra plus qu'un site Internet,
deux "blogs" et trois "chats". Il faut que les forces politiques,
associatives, syndicales qui ont de l'ambition pour l'Europe, et pour
la France en Europe, sortent de leur léthargie, se lèvent et aillent,
de nouveau, au-devant des Français.
Il faut aussi que la France aille, de nouveau, au-devant des Européens.
Où est l'esprit européen qui soufflait encore, il n'y a pas si
longtemps sur les Conseils européens ? La France peut oeuvrer à une
nouvelle complicité entre les dirigeants de l'Union européenne, comme a
su le faire Angela Merkel au nom de l'Allemagne lors de la récente
négociation budgétaire. La France doit retrouver, avec le débat
présidentiel qui s'annonce, l'ardeur de ses idées et l'ambition de
redevenir, en Europe, un pays qui propose et qui entraîne.
Michel Barnier est ancien ministre des affaires étrangères et ancien commissaire européen.
Article paru dans l'édition du 30.05.06
25 mai 2006
Tous ensemble, fêtons la victoire du 29 mai 2005
Tous ensemble, fêtons la victoire du 29 mai
2005
et notre unité dans la lutte, aujourd’hui et
demain !
Meeting
unitaire
et fête, lundi 29 mai 2006
à
partir de 18h30, Parc Palmer, Cenon (tram : Palmer ou Butinière)
– à 19 heures : apéro
– à 20 heures : meeting-débat avec les partis et courants engagés dans le Non de gauche
– à 21 : soirée festive et musicale avec Home Sweet Home, La Collector, Les Persifleurs, Voisins de Grotte, etc…
victoire du Non, Jean-Luc Mélenchon s'exprimera dans les émissions suivantes
Lundi 29 mai prochain, à l'occasion de 1er anniversaire de la victoire du Non, Jean-Luc Mélenchon s'exprimera dans les émissions suivantes :
- de 7h45 à 8h sur Canal + (programme en clair)
- de 10h30 à 11h15 sur la chaîne Public Sénat (désormais disponible sur la TNT)
- de 19h30 à 20h sur la chaîne i<télé, dans l'émission N'ayons pas peur des mots
Jean-Luc Mélenchon publiera également demain jeudi 25 mai dans Le Figaro une tribune intitulée "En 2007, il faut finir le travail du 29 mai." Cette tribune sera disponible sur son blog dès demain.
En dernière minute, nous nous informons enfin que Jean-Luc Mélenchon sera l'invité de Guillaume Durand ce soir mercredi 24 mai sur i<télé de 18h30 à 19h.
Bien cordialement
1er anniversaire de la Victoire du Non de gauche (référendum du 29 mai 2005)
1er anniversaire de la Victoire du Non de gauche (référendum du 29 mai 2005)
Meeting
unitaire et fête, lundi 29 mai 2006
À l’appel de (premiers signataires) : Mai, Agaureps-Prométhée
Comité girondin du 29
Hier nous avons gagné ensemble…
– 55 % des électeurs se sont prononcés contre le Traité constitutionnel européen qui voulait imposer le néolibéralisme comme seule voie de
construction de l’Europe !
– ils ont ainsi marqué un coup d’arrêt à une remise en cause systématique des droits sociaux et de la
souveraineté des citoyens, issus de générations de luttes ouvrières
– à gauche, le « Non » été majoritaire au sein des électorats républicains-sociaux, communistes et
d’extrême-gauche, mais aussi écologistes et socialistes malgré les positions des états-majors
– le « Non de gauche » n’a bien sûr pas résolu tous les problèmes ! Le président Chirac ne s’est toujours pas engagé à ne jamais faire ratifier ce traité ! Certains pays européens veulent le ratifier, en ignorant les
votes français et hollandais ! Mais le « Non de gauche » n’est pas un épisode à oublier : il est fondateur de ce que doit être la gauche, une gauche réellement antilibérale, qui refuse de privatiser, qui refuse
la dictature des marchés, qui veut fonder l’économie sur la satisfaction des besoins
des gens et non sur la recherche de dividendes élevés pour les actionnaires.
Aujourd’hui, il faut continuer ensemble…
La victoire de la jeunesse et des travailleurs contre le CPE a été le fruit d’une formidable unité du mouvement social ! Mais il faut aussi :
– retrait du CNE et de la loi dite d’« égalité des chances » !
– non à la loi CESEDA
– non à toutes les nouvelles privatisations et à celles qui ont été faites : Autoroutes, aéroports, EDF, GDF
– non aux licenciements boursiers et de délocalisation , comme à la Sogerma-EADS
– il faut continuer à empêcher l’adoption de la directive Bolkestein
Demain, c’est dans l’unité, sans attendre
2007,
qu’il faudra rendre possible une véritable alternative politique !
C’est dans l’unité qu’il faudra battre la droite et l’extrême-droite, mais aussi empêcher la répétition des politiques droitières et libérales, que trop de gouvernements se réclamant de la gauche ont pratiqué, et qui ont provoqué la défaite d’avril 2002. Seules des positions vraiment
de gauche peuvent mobiliser l’électorat des quarties populaires ! Seul l’antilibéralisme peut unir le peuple de gauche !
Tous ensemble, fêtons la victoire du 29 mai 2005
et notre unité dans la lutte, aujourd’hui et demain !
Meeting unitaire
et fête, lundi 29 mai 2006
à
partir de 18h30, Parc Palmer, Cenon (tram : Palmer ou Butinière)
– à 19 heures : apéro
– à 20 heures : meeting-débat avec les partis et courants
engagés
dans le Non de gauche
– à 21 : soirée festive et musicale avec Home Sweet Home, La Collector, Les Persifleurs, Voisins de Grotte, etc…
12 mai 2006
Charte pour une alternative au libéralisme (13mai06)
Charte pour une alternative au libéralisme (13mai06)
Les
Assises nationales des “ Collectifs du 29 mai ” et l'adoption d'une “
Charte pour une alternative au libéralisme ” constituent un événement
politique important dans la période. Le 29 mai n'est pas mort, le rejet
du libéralisme est toujours là, l'exigence d'une alternative grandit.
Après le Non au TCE exprimé le 29 mai 2005, après la formidable
mobilisation victorieuse des jeunes et des salariés contre le CPE,
alors que s'engage une action citoyenne d'ampleur contre l'immigration
jetable de la loi CESEDA, il n'est pas anodin que les forces qui ont
été motrices de la victoire du Non de gauche au référendum, il y a un
an, se retrouvent aujourd'hui pour proposer les bases communes d'une
alternative antilibérale.
Dans les luttes comme dans les urnes, nos concitoyens ne cessent
d'exprimer le rejet des politiques libérales qu'on veut leur imposer
depuis 20 ans. Et le 21 avril 2002 est là pour rappeler que notre
peuple ne se satisfait plus d'une simple alternance. Il est temps
d'ouvrir une véritable alternative et notre Charte se veut une
contribution essentielle à ce débat.
Les politiques néolibérales, caractéristiques du capitalisme de notre
temps, se développent depuis plus de vingt ans à l’échelle de la
planète. Remettant en cause plus de deux siècles de luttes sociales et
démocratiques, elles orchestrent un véritable recul de civilisation.
Cette offensive tous azimuts veut modifier substantiellement le partage
des richesses au bénéfice des profits et des détenteurs de capitaux,
élargir la sphère du marché, de la concurrence et de l’appropriation
privée, et mettre l’économie hors de portée de la volonté démocratique.
Tous les pays industriels du Nord ont été dominés par ce dogme
libéral : trop de contraintes, pas assez de fluidité, trop d’État et
trop de réglementations sociales… Résultat : les profits se sont
envolés, tandis que la part des salaires dans les richesses produites a
baissé de 10 points en vingt ans.
C’est cela qu’il faut changer. Cela suppose de contester la logique du
libéralisme et de lui opposer d’autres finalités et d’autres méthodes.
Faire face à l’offensive libérale
Pour maximiser les profits du capital, les libéraux ont imposé partout les mêmes règles et méthodes.
? Ils
baissent le “ coût du travail ”, désengagent les entreprises du
financement de la protection sociale et entreprennent une baisse
généralisée de la fiscalité sur le capital. À l’échelle planétaire
comme à celle de l’Europe, ils cassent la solidarité et amplifient le
dumping social, fiscal, environnemental.
? Partout,
au nom de la nécessaire “ fluidité ” ou “ flexibilité ”, ils font
reculer l’essentiel des droits collectifs et des mécanismes de
solidarité, misant sur une insécurité sociale qui amplifierait les
replis individualistes au détriment des résistances collectives. Une
logique de régression absolue a ainsi commencé de s’installer. Si ce
processus continue, les générations futures vivront plus mal que celles
qui les ont précédées !
? Ils
élargissent constamment la sphère du marché, en libérant les échanges
et en faisant de l’éducation, de la culture, de l’information, de la
santé et du corps humain lui-même de simples marchandises. Ils ouvrent
le capital massivement et privatisent des entreprises industrielles et
des services publics. Ils ponctionnent la masse salariale, par
l’expansion des systèmes assurantiels et des fonds de pension. Ils
mettent au cœur de la dynamique économique la spéculation financière
mondialisée, au détriment des investissements matériels et des dépenses
sociales.
? Ils
privent l’État de toutes ses fonctions de régulation et de répartition,
tout en renforçant ses instruments de coercition et de contrainte sur
les “ classes dangereuses ” et les individus. L’État social a été
remplacé par l’État pénal. L’État a redéployé ses missions et renoncé à
agir volontairement sur l’activité économique par sa fiscalité, ses
instruments de crédit ou son secteur public. En même temps, partout
reculent les instances de concertation et de décision plus ou moins
démocratiques, remplacées par un petit nombre de décideurs publics ou
privés, d’ “ experts ” ou d’instances dites “ indépendantes ” (Banque
Centrale Européenne, autorités de régulation…).
? Avec
leur ultralibéralisme, ils imposent partout, et notamment en Afrique,
un système de dépendance de type néocolonial qui accélère la
liquidation de la paysannerie et élimine toute possibilité de
souveraineté alimentaire. Pour de nombreux États, cela se traduit par
un recul absolu des indicateurs les plus vitaux du développement humain.
Les résultats de ces choix, suivis obstinément depuis plus de vingt
ans, dans le cadre de pouvoirs de droite “ néolibéraux ” ou de pouvoirs
de gauche “ sociaux-libéraux ”, ont abouti à des effets désastreux.
? Le
chômage est maintenu à un haut niveau et la précarité se développe
largement, les deux exerçant une pression sur les salariés et
encourageant à la résignation.
? Le
recul de l’État social et la montée de l’autoritarisme ont alimenté un
doute massif sur l’action publique, ont favorisé les replis et aggravé
le désengagement civique dans tous les pays.
? La
spirale inégalitaire s’est accélérée, après avoir été atténuée dans les
trente années précédentes. La pauvreté s’est étendue et s’est aggravée,
à l’échelle du monde comme à celle des pays riches eux-mêmes. Pauvreté
et précarité ont déchiré les tissus sociaux, exacerbé les
discriminations, incrusté les mécanismes dangereux et violents de
“ l’exclusion ”, nourri le rejet de l’Autre.
? L’environnement
s’est un peu plus dégradé, les ressources naturelles ont été
gaspillées, notamment au détriment des pays et des régions les plus
fragiles. Le modèle de développement capitaliste libéral mène la
planète à une catastrophe écologique.
? Le
monde de l’information, de la culture et celui de la pensée se sont
uniformisés avec la concentration croissante et la domination de
quelques grands groupes multimédias transnationaux. Les idées libérales
forment la trame d’une sorte de “ pensée unique ” : le capitalisme et
sa “ concurrence libre et non faussée ” seraient devenus l’alpha et
l’oméga de toute organisation sociale, certains allant jusqu’à décréter
la “ fin de l’Histoire ”.
? Le
capitalisme se développe de plus en plus comme une hyperindustrie
culturelle avec au cœur une convergence de nouvelles technologies qui
modifient les manières de produire et servent de prétexte à une
idéologie du risque cassant les protections sociales au profit de
l’actionnaire-roi.
Depuis plus de vingt ans, nous avons pu mesurer les effets d’un
véritable projet de société, faisant des indications des marchés
financiers la norme et le critère de toute rationalité, publique ou
privée. Nous avons pu mesurer la nocivité de ces choix quand ils
étaient mis en œuvre par des gouvernements de droite, en connivence
avec les institutions patronales. Mais nous avons pu voir aussi combien
étaient désastreuses toutes les politiques de gauche qui, d’une façon
ou d’une autre, partaient du postulat qu’il fallait bien s’accommoder
de ces normes capitalistes et libérales.
Dans tous les pays d’Europe, les salariés ont mené de nombreuses luttes
contre tous ces processus. Des grèves et des manifestations imposantes
ont eu lieu ces dernières années, notamment en Allemagne, en Belgique,
aux Pays-Bas, en Italie, en Autriche, en Grande-Bretagne ou en France,
contre les démantèlements des systèmes de protection sociale et de
retraite ou les législations du travail. Une série de scrutins ou de
référendums ont également témoigné du rejet massif des politiques
libérales. Il s’agit aujourd’hui de rassembler toutes les forces
disponibles, de créer les mobilisations d’ensemble nécessaires en
France et en Europe pour un autre modèle social fondé sur la
satisfaction des besoins sociaux.
Construire une alternative
Nous
savons donc aujourd’hui que le réalisme suppose de retrouver
collectivement une autre voie. Ce n’est pas la recherche du profit
maximum et la croissance ininterrompue de la marchandisation qui sont
la source d’une amélioration de l’état du monde, mais la volonté de
voir s’élargir les capacités de chaque personne humaine.
Ce qu’il faut rechercher, c’est la satisfaction des besoins sociaux, le
développement des capacités humaines et donc plus de recherche, de
qualification, de culture et de démocratie. Cela suppose de répartir et
d’utiliser autrement les richesses disponibles, d’instaurer un socle
ambitieux de droits collectifs et individuels, de restaurer des
politiques publiques actives, de mettre au cœur du projet politique
l’appropriation sociale et les services publics, d’instaurer une autre
manière de décider de notre avenir commun, de concevoir un
“ alterdéveloppement ”, de réorienter la construction de l’Europe et du
Monde.
Alors que les libéraux prônent le retrait de la volonté collective
devant les forces obscures du marché, nous affirmons que l’utilisation
des ressources disponibles relève de choix politiques. Il faut donc
donner aux collectifs humains les moyens nécessaires pour réaliser les
objectifs qu’ils se sont démocratiquement fixés.
De tels objectifs se heurtent aux intérêts des forces et classes
dominantes, ils susciteront leur résistance. Leur réalisation sera le
résultat d’un mouvement continu articulant mobilisations sociales,
débats citoyens et perspectives politiques.
1. Sécuriser l’emploi et augmenter le niveau de vie. Pour en finir avec la faillite sociale du libéralisme…
Plus
de 20 ans de domination du libéralisme en France, plus de 20 ans à
économiser sur les êtres humains pour maximiser les profits. Les
résultats sont hélas connus : plus de 5 millions de chômeurs réels,
4 millions de personnes vivent en-dessous du seuil officiel de pauvreté
– 7 millions si on applique les critères d’Eurostat –, la précarisation
de millions de salariés, d’exploitants agricoles, d’artisans. En France
comme ailleurs, les politiques libérales conduisent à une faillite
sociale.
Nous n’admettons ni la fatalité du chômage ni celle de la précarité. La
norme doit devenir celle de la sécurisation de l’emploi, des revenus et
de la formation. L’emploi n’est pas une variable d’ajustement mais un
droit social, qui doit être reconnu par la Constitution et doit faire
l’objet de politiques cohérentes visant à éradiquer le chômage.
…Une nouvelle politique fondée sur des principes clairs.
? Il
faut rendre effectif le droit à l’emploi. Pour cela, un nouveau statut
du salariat est nécessaire, reposant sur trois grands principes :
continuité du contrat de travail, obligation de reclassement,
financement mutualisé à la charge des entreprises. Le salarié privé
d’emploi conserve son salaire et ses droits sociaux (protection
sociale, retraite…) et doit bénéficier d’un service public de l’emploi
agissant sur sa formation, qui est un droit, et sur son devenir
professionnel.
Construire un nouveau cadre pour le travail et l’emploi
? Un
préalable à une politique alternative en matière d’emploi est la
suppression des dispositifs libéraux : abrogation du contrat nouvelles
embauches et de la loi sur l’égalité des chances (apprentissage à 14
ans, travail de nuit dès 15 ans, clauses de suppression des allocations
familiales en cas d’absence…), fin des cadeaux fiscaux et sociaux faits
aux entreprises, dont aucun n’a été efficace pour créer des emplois,
retour sur les entorses à la durée légale du travail. Le CDI à temps
complet doit redevenir la norme avec l’objectif de mettre hors-la-loi
le temps partiel imposé ou choisi sous contrainte, Chaque salarié doit
avoir la possibilité de disposer d’un emploi stable à plein temps, en
CDI, avec la reconnaissance d’un droit à la formation sur le temps de
travail.
? Les
gouvernements libéraux n’ont eu de cesse de réduire les garanties
conquises par de longues années de lutte par les salariés. Il convient
de les rétablir en donnant aux salariés et aux services de l’État des
moyens réels de contrôle. Pour contrecarrer le droit tout puissant du
patronat à licencier, les élus du personnel disposeront d’un droit de
veto suspensif et verront leurs pouvoirs élargis en matière d’emploi et
de revenu. Les procédures de contrôle public seront renforcées, en
redonnant ses moyens et prérogatives à l’inspection du travail, en
rétablissant l’autorisation administrative de licenciement et en la
renforçant. Les licenciements boursiers seront interdits par voie
législative et les licenciements abusifs frappés de nullité avec
obligation de réintégration.
? Les
concentrations capitalistes ont suscité des cascades de sous-traitances
faisant subir aux PME des contraintes de plus en plus lourdes, qui
conduisent dans bien des cas à des faillites, au nom de la
“ concurrence libre et non faussée ”. La puissance publique doit mettre
un terme à la logique du dumping social en assurant le respect des
droits sociaux.
? Enfin,
les délocalisations doivent faire l’objet d’un contrôle, avec, là
aussi, création d’un droit de veto suspensif des représentants du
personnel, et d’un droit de préemption, voire de réquisition par les
salariés et/ou la collectivité des entreprises abandonnées par leurs
patrons pour cause de délocalisation ou de suppression d’activité.
Assurer à chacun un emploi et un revenu décent
? Le
pouvoir d’achat doit être revalorisé et le droit au salaire garanti ;
l’écart des salaires doit être réduit. La première priorité est le
relèvement des salaires, revenus et indemnisations les plus bas. En
particulier, le SMIC – qui doit être conforté – ne doit pas être
inférieur à 1 500 euros et les minima sociaux doivent permettre à
chacun de pourvoir aux besoins d’une vie décente. D’autre part, le
relèvement des rémunérations du travail est un levier puissant de
dynamisme économique. Conjugué à un objectif de plein emploi, il permet
de financer des assurances sociales (maladie, retraite, famille) qui
demeureront bien entendu mutualisées.
? L’action
contre le chômage s’appuiera sur trois piliers : la création d’emplois
publics répondant prioritairement aux besoins sociaux, le développement
de l’activité économique utile et la réduction du temps de travail à 35
heures pour toutes et tous, sans perte de salaire ni aggravation de la
flexibilité. Au fur et à mesure des gains de productivité, notre
objectif est d’atteindre une semaine de 32 heures : il faut en finir
avec l’antienne de la droite et du patronat qui consiste à rabâcher
qu’on peut “ travailler plus pour gagner plus ” : dans le meilleur des
cas, on travaille plus pour gagner autant.
Des moyens au service d’une politique de l’emploi
Ne
l’oublions pas, les dix points de produit intérieur brut volés en dix
ans par le capital sur les revenus du travail représentent, chaque
année, 160 milliards d’euros. A ceux qui diront “ comment ferez-vous ”,
répondons qu’il y a de quoi faire.
? Le
rétablissement d’une juste rémunération des revenus du travail
nécessite une refonte de la fiscalité sur les revenus du capital (y
compris les avantages exorbitants dont bénéficie une classe étroite de
dirigeants), sur les transactions financières, sur la spéculation
immobilière.
? Rémunérer
mieux le travail, étendre le travail en réduisant le chômage, c’est
évidemment s’en prendre à la rémunération et aux intérêts du capital,
c’est donc heurter de plein fouet des intérêts puissants. Mais ce n’est
pas mettre en danger l’économie, quoiqu’en diront les libéraux : ce
n’est pas le revenu national qui change, mais sa répartition. Nos
propositions sont réalistes. Leur réalisation nécessite le soutien et
l’intervention de la population et l’action déterminée de la puissance
publique. Ce sont, tant pour l’emploi que pour les autres volets, les
conditions impératives d’une alternative aux politiques libérales
2. Installer un socle de droits collectifs et individuels
Ce
qui est vrai sur le plan social et économique l’est aussi sur tout ce
qui fonde une société : le libéralisme tend à nous “ individualiser ”
face au marché, sans droits réels garantis par la collectivité. Il tend
ainsi à rogner, voire à supprimer les protections collectives et les
droits fondamentaux. Il parle d’égalité des chances pour masquer
l’inégalité profonde des droits. A l’inverse, nous réaffirmons non
seulement qu’une société doit énoncer un ensemble de droits
fondamentaux et universels, mais encore qu’elle doit se donner les
moyens de les appliquer en faveur de toutes et tous. Ce qui, en premier
lieu, implique de faire de l’extension et de l’exercice des droits une
obligation constitutionnelle : l’engagement de l’État pour y parvenir
relève d’une obligation.
? Les
droits universels concernent le respect de la personne et de son
intégrité. Ils comprennent l’égalité entre les hommes et les femmes, la
liberté de conscience (et son corollaire, la laïcité qui doit être
défendue et étendue), la liberté de disposer de son propre corps…
? Les
droits fondamentaux doivent garantir, à toute personne qui y réside,
une vraie place dans la société et lui permettre l’expression de sa
responsabilité pleine et entière.
? La primauté de la loi doit être respectée.
Cela suppose notamment de :
? Garantir
l’accès pour tous aux biens communs de l’humanité et garantir leur
préservation : l’eau, l’air, l’énergie, un environnement de qualité…
? Assurer
à tous la satisfaction des besoins sociaux fondamentaux (droit à un
logement décent, droit à la santé, à l’éducation, à une information
pluraliste, à la culture, à un revenu minimum garanti, à l’accès à des
transports qui puissent assurer la libre circulation de chacun, à une
justice publique, égale, indépendante et contradictoire…). Cela passe
par la création, la restauration et/ou le développement d’un service
public et cela peut aller jusqu’à la gratuité dans certains domaines.
En matière de logement notamment, le droit doit être opposable en
justice aux administrations chargées de son application.
? Élargir les droits et les pouvoirs des salariés dans les entreprises.
? Rétablir
le principe selon lequel les accords d’entreprise ne peuvent être moins
favorables aux salariés que les accords de branche, et ceux-là moins
favorables que le Code du travail.
? Abroger
les lois démantelant la protection sociale. En particulier, prendre en
charge à 100 % les soins de santé et rétablir le droit à la retraite à
taux plein à 60 ans, sur la base des 37,5 annuités, avec retour de
l’indexation des retraites sur les salaires.
? Abroger
les lois discriminatoires à l’encontre des migrants et garantir leurs
droits, à commencer par une régularisation des sans-papiers et l’octroi
d’une carte de résident de dix ans ; lutter contre toutes les
discriminations ; réhabiliter le sens de la fraternité autant que celui
de solidarité. Revenir sur toutes les lois liberticides.
? Développer
l’exercice de la citoyenneté dès l’enfance avec l’enseignement ;
faciliter l’exercice de responsabilités par les jeunes mais aussi tout
au long de la vie par des assemblées de citoyens effectivement
impliquées à tous les niveaux de décision ; instituer le droit
d’initiative populaire. Garantir la liberté d’expression et le respect
des libertés publiques.
? Considérer
que la culture favorise l’émancipation des femmes et des hommes, en
garantissant l’accès à la création et aux œuvres, notamment par l’école
et l’éducation populaire. Ceci n’est possible qu’en mettant fin à
l’hégémonie de quelques groupes financiers sur la production
culturelle. Dans ce cadre, nous défendrons, pour tous les peuples, le
droit à l’exception culturelle.
3. La dimension transversale de l’objectif d’égalité hommes/femmes
Alors
que les droits des femmes n’ont jamais été prioritaires en Europe, nous
voulons en faire une exigence éthique et démocratique. C’est un fait
que les premières victimes du libéralisme sont les femmes. Leur taux de
chômage est plus élevé, elles subissent davantage le temps partiel
imposé, elles touchent des salaires plus faibles. Elles constituent en
Europe la majorité des travailleurs pauvres, des chômeurs non
indemnisés, des retraités qui perçoivent une pension inférieure au
minimum vieillesse. Cette situation constitue une régression pour toute
la société.
Nous devons mettre la réalisation de l’égalité entre femmes et hommes
au rang des valeurs fondamentales. Elle fait partie de nos priorités et
nous proposons une politique volontariste et cohérente en la matière.
Les droits humains fondamentaux des femmes considérés comme des acquis
non négociables sont les suivants :
? Le
droit des femmes à disposer de leur corps par la contraception et
l’avortement libre et gratuits doit être appréhendé comme un droit
universel, préalable à leur émancipation dans la société. Il ne saurait
donc être soumis au relativisme culturel. Il implique notamment des
moyens nouveaux pour la gynécologie hospitalière et médicale.
? Le
droit à vivre dans le respect, l’intégrité et la dignité de la personne
conduit à prendre des mesures pour éradiquer les violences subies par
les femmes.
? L’intégration
dans tous les domaines (éducation, formation, marché du travail,
administrations, etc.) de la lutte contre les stéréotypes sexistes qui
enferment hommes et femmes dans des rôles sociaux spécifiques.
? Le droit à l’emploi, à un revenu minimum, à une pension, aux allocations de chômage.
? La
répartition équitable entre les hommes et les femmes du travail
rémunéré (travail professionnel) et du travail non rémunéré (travail
domestique et parental) permettant aux femmes d’accéder à une réelle
autonomie.
? La représentation équilibrée des femmes et des hommes (parité) dans la vie démocratique, à tous les niveaux de décision.
? Le refus de l’esclavage sexuel et de la prostitution.
? La capacité pour chacune et chacun de choisir son orientation sexuelle.
4. Une nouvelle appropriation sociale et une refondation des services publics
Le
développement des services publics est la garantie première de la mise
en œuvre égale des droits fondamentaux, de leur accessibilité à toutes
et à tous, sur tout le territoire. La Constitution doit reconnaître
leur rôle et leurs principes intangibles : égalité d’accès, continuité
territoriale et péréquation. Ce principe fondamental d’une société
solidaire est contredit par la logique de privatisation qui a prévalu
depuis une vingtaine d’années. Pour inverser cette logique, nous
mettons en débat les perspectives et propositions suivantes.
? L’arrêt
des privatisations totales ou partielles et le refus de l’ouverture du
capital : l’ensemble des services et des entreprises de réseaux
concernés doivent relever du secteur public, sous forme de monopoles
publics (énergie, transports, télécommunications, activités postales,
autoroutes...).
? L’exercice
des missions de services publics, à tous les niveaux, par des
opérateurs publics doit être la règle. En cas de délégation, celle-ci
doit être exceptionnelle, limitée et contrôlée, et le retour à un
opérateur public doit être possible à tout moment.
? Des
services publics de l’eau, du logement, de la petite enfance, du
médicament, de l’aide aux personnes âgées, dépendantes, handicapées,
doivent être créés. En ce qui concerne le logement, la maîtrise
publique des sols urbains doit être instaurée, la spéculation
immobilière lourdement taxée, les loyers encadrés.
? Les
services publics doivent être protégés de la concurrence, ce qui
suppose la sortie de l’AGCS, le refus de toute directive de type
“ Bolkestein ” et de toutes les directives européennes de
libéralisation. La coopération entre les opérateurs publics nationaux
doit s’engager au niveau européen. Dans certains domaines (l’énergie,
les services postaux, les télécommunications, le transport ferroviaire,
la sécurité alimentaire, maritime et aérienne...) la création de
services publics européens est à l’ordre du jour.
? La
gratuité doit être un objectif pour la plupart des droits
fondamentaux : c’est au moins le cas pour la petite enfance,
l’enseignement, la santé et les transports publics de proximité. Pour
les services qui ne sont pas gratuits, des tarifs abordables et
identiques doivent être garantis partout et de façon égale.
? La
démocratisation des services publics passe par un pouvoir de contrôle
et de décision des usagers, des élus et des salariés. Pour déterminer
les grands choix (en matière de tarifs, d’investissement, de nouveaux
services, de normes de qualité…), il faut combiner le souci de
proximité exprimé à l’échelon local, avec le respect de l’intérêt
général et de l’égalité de tous devant les services publics. Une
évaluation doit être faite de l’efficacité des services rendus, de leur
organisation et de leurs coûts, non pas d’abord en fonction de règles
comptables mais en fonction de la satisfaction des besoins.
? Les
services publics sont un instrument essentiel de la solidarité sociale,
de l’effectivité des droits fondamentaux et la garantie de leur accès
pour tous sur l’ensemble du territoire. Et pas n’importe quel
instrument : ils opèrent une redistribution non monétaire et
collective. Ils sont aussi un instrument de la citoyenneté et donc de
la démocratie. Ils constituent un mode d’amélioration du niveau de vie
des couches populaires en répondant à des besoins sociaux majeurs. Leur
développement, décidé collectivement, contribue aussi à la promotion
d’un autre mode de développement. Leur extension est un facteur fort de
création d’emplois. Les services publics sont une dimension majeure de
la transformation sociale.
? L’appropriation
sociale de toute une partie de l’outil économique est nécessaire pour
orienter autrement cet outil. Son champ dépasse celui des services
publics. C’est bien entendu au débat public de trancher ce qui doit ou
non relever de la maîtrise publique. Les modes de contrôle social ne
sont pas nécessairement les mêmes selon les secteurs et leur importance
stratégique. La question de l’appropriation sociale doit être posée
dans l’optique de modifier, pour la détermination de notre destin, le
rapport des forces entre le capital et la souveraineté populaire. Il
s’agit de donner à la société les moyens de contrôler et d’orienter son
développement. L’appropriation sociale n’est pas une condition
suffisante de la transformation sociale ; elle en est une condition
n écessaire.
5. Engager des politiques publiques actives, avec des moyens correspondants
Pour
contredire la logique de la main libre aux marchés financiers, il faut
agir avec détermination. Plusieurs types d’interventions et de moyens
peuvent être combinés dont il convient de débattre :
? L’objectif
de politiques économiques publiques (d’investissement, de recherche,
d’innovation) doit viser la satisfaction la plus large des besoins
sociaux. Ces politiques doivent se mener dans le cadre d’une
planification démocratique et viser notamment le maintien des emplois,
la diversification des activités et l’économie des ressources non
renouvelables.
? Pour
contribuer à cet effort, plusieurs sortes d’initiatives publiques
peuvent être prises : création de nouveaux services publics (logement,
petite enfance, aide aux personnes dépendantes, etc.), initiatives en
faveur de services publics européens, soutien à la gestion
décentralisée de biens publics comme l’eau, encouragement de l’économie
sociale et solidaire qui a besoin d’un statut clairement énoncé.
? La
fiscalité doit être réformée, afin d’accroître les ressources et de les
orienter vers les dépenses utiles et non vers les placements
financiers. Dans ce cadre, s’imposent la revalorisation de l’impôt sur
les hautes tranches de revenus, une taxation plus forte du patrimoine
et des fortunes, un relèvement de la fiscalité sur les entreprises, sur
les profits non réinvestis, sur les transactions financières et la
publicité. A l’inverse, la TVA sera supprimée sur les produits de
première nécessité.
? Une
telle réforme fiscale permettrait de mobiliser les ressources
budgétaires nécessaires. Cela suppose aussi de mettre fin à la logique
du Pacte de stabilité qui limite la dépense publique, aussi bien dans
chacun des pays qu’au niveau européen. L’harmonisation sociale passe au
contraire par une extension des budgets publics à ces deux niveaux.
? Le
contrôle des fonds publics sera assuré et démocratisé. Les aides
consenties aux entreprises, notamment sous forme de baisses de
cotisations sociales, devront dans un premier temps être conditionnées
au respect par les entreprises bénéficiaires de normes sociales et
d’objectifs chiffrés de créations d’emplois. Leur statut d’exception
devrait ensuite être progressivement résorbé.
? Le
crédit doit être réorienté, dans une logique publique de développement
humain et durable. Un pôle public de crédit sera mis en place de
manière à orienter les ressources vers les besoins sociaux
prioritaires. L’indépendance accordée aux institutions bancaires, à
l’échelle nationale et supranationale, devrait être remise en cause
afin qu’elles soient placés sous contrôle démocratique et mis au
service des objectifs démocratiquement décidés.
? Les
assurances privées se sont vu ouvrir un boulevard, avec les
contre-réformes de la santé et des retraites. Elles doivent être
réintégrées dans une logique de service public assurant la couverture
des risques dont la couverture est obligatoire.
? Par
rapport aux entreprises de sabotage financier qu’aurait à subir un
programme de transformation sociale, les pouvoirs publics auraient la
responsabilité - et la capacité - de prendre toutes les mesures de
contrôle des capitaux, nécessaires pour contrer les fuites de capitaux
et les délocalisations sauvages.
6. Un renouveau démocratique
Dans
la reconstruction que nous proposons, la dynamique démocratique n’est
pas un supplément d’âme. C’est une rupture démocratique que nous
entendons promouvoir. Face aux choix dictés par une minorité qui
détient tous les leviers de commande, il faut mettre la souveraineté
populaire au centre de notre projet démocratique.
? Cela
passe par la mise en place d’une autre République, d’une Sixième
République instaurant un nouveau système politique, d’une République
démocratique et sociale, représentative et participative, laïque et
émancipatrice. Elle ne doit pas être décidée “ par en haut ” : son
architecture devra faire l’objet d’un vaste débat national, suivi de
l’élection au suffrage universel d’une Constituante, puis d’un vote par
référendum.
? Elle
implique d’abord la remise en cause de la monarchie présidentielle
induite par l’élection du chef de l’État au suffrage universel, la
subordination de l’Exécutif à l’Assemblée, la généralisation de la
proportionnelle, la suppression du Sénat actuel, la désignation par le
suffrage populaire des instances décisionnelles, la limitation
drastique des autorités prétendues indépendantes qui échappent à la
souveraineté populaire.
? La
souveraineté populaire sera également renforcée par la parité, ainsi
que par le non-cumul et la limitation des mandats dans le temps. Un
statut de l’élu lui garantissant ses droits sociaux et professionnels
en fin de mandat sera en revanche créé.
? L’égalité
de tous sur le territoire sera restauré : la nécessaire
décentralisation ne doit être ni le cheval de Troie des inégalités
sociales, fiscales et autres, ni le cadre d’une nouvelle féodalisation
des territoires et des pouvoirs. Les lois de décentralisation Raffarin
seront abrogées.
? L’exercice
de la citoyenneté sera étendu et les pouvoirs directs des citoyens
seront considérablement élargis, avec des droits d’initiative et de
contrôle ; la généralisation de la démocratie participative viendra
compléter la démocratie représentative. Le référendum d’initiative
populaire sera instauré. Les associations, maillon irremplaçable du
tissu social, de la démocratie et de l’éducation populaire,
bénéficieront des moyens permettant leur fonctionnement indépendant.
? Dans
la perspective d’une démocratie sociale, de nouveaux droits dans
l’entreprise doivent établir en tout domaine la possibilité
d’intervention des salariés, de leurs institutions et de leurs
organisations. Cela passe notamment par l’extension des droits du
Comité d’entreprise, avec notamment l’instauration d’un droit de veto
sur toute disposition contrevenant aux droits fondamentaux des
salariés, et son obligation dans les entreprises de moins de 50
salariés. Le code du travail devra intégrer le meilleur des conventions
collectives de branche et des accords d’entreprise pour faire converger
par le haut les droits des travailleurs.
? L’extension
des droits démocratiques aux résidents étrangers, immédiatement aux
élections locales, comme pour tous les citoyens européens, et aux
autres élections. Reste à préciser les modalités de ce principe : droit
de vote et donc de citoyenneté donné tout simplement aux résidents, ou
large extension de l’acquisition de la nationalité.
? Le
droit à l’information, le pluralisme des courants d’opinion, la
diversité des composantes du peuple et le débat contradictoire doivent
être garantis grâce à un service public de l’audiovisuel démocratisé,
mieux financé par l’accroissement des ressources publiques, et grâce à
l’essor de média associatifs libérés des contraintes publicitaires.
? On
ne peut dissocier la question de la démocratie en France de celle de la
construction d’une Union Européenne qui est souvent un moyen de
s’abstraire de tout contrôle populaire. Devra notamment être garanti
dans notre constitution le droit imprescriptible du peuple de refuser
une loi ou des règles européennes au moyen du suffrage universel direct.
7. Un nouveau type de développement
La
logique du libéralisme est par nature gaspilleuse et prédatrice. À sa
place, il convient de mettre en œuvre une conception radicalement
différente du développement : économe en ressources naturelles,
écologique, respectueuse de l’environnement, centrée sur le
développement des capacités humaines et le respect de la diversité
culturelle.
? L’objectif
de la vie économique ne doit pas être la croissance pour elle-même mais
l’utilité sociale des activités et des productions. Il faut mettre en
place à tous les niveaux de nouveaux indicateurs de développement
humain, centrés sur la satisfaction des besoins sociaux, sur le modèle
des travaux du PNUD (Programme des Nations Unies pour le
Développement), et ne pas en rester aux actuels indicateurs de
croissance comme le PIB.
? Un
véritable service public de l’environnement doit être constitué pour
assurer l’accès de tous aux biens communs et protéger les ressources
naturelles vitales. Il devra permettre en particulier le retour à la
gestion publique de l’eau et des déchets.
? La
lutte contre les pollutions doit faire l’objet de mesures
contraignantes. Nous refusons le principe des “ droits à polluer ” qui
exonèrent les entreprises de leurs responsabilités en la matière.
? Une
logique publique de réduction des pollutions doit guider une politique
des transports visant à réduire nettement le transport routier de
marchandises, à développer les transports publics de voyageurs et le
ferroutage. Il faut remettre en cause l’utilisation de la voiture en
centre-ville et le tout-camion pour le transport de marchandises. Dans
ces domaines, une logique de service public est la seule à même de
contredire la concurrence, qui pénalise les transports ferroviaires et
fluviaux.
? En
matière énergétique, des choix nouveaux doivent s’imposer autour des
principes suivants : économies d’énergie, diversification des sources
et promotion des énergies renouvelables ; développement des conditions
de transparence et de sécurité ; contrôle démocratique étendu ; respect
strict du principe de la maîtrise publique. La constitution d’un pôle
public de l’énergie en sera l’outil. Sortie progressive du nucléaire ou
maintien d’un nucléaire sécurisé et public, le débat est ouvert. Un
contrôle indépendant doit permettre d’assurer la transparence du
dossier. Un débat citoyen sur l’avenir du nucléaire sera conduit, de
l’information jusqu’à à la prise de décision.
? Il
est temps d’en finir avec les bonnes résolutions sans lendemain et de
faire de la lutte contre le changement climatique une vraie priorité.
La création d’une Organisation Mondiale de l’Environnement, dont les
décisions prévaudraient notamment sur les normes commerciales, en sera
la garante. La politique des transports doit être réorientée au niveau
européen en tenant compte de cet objectif, à travers une harmonisation
fiscale et sociale vers le haut du transport routier. Un programme
national d’économies massives d’énergie dans les logements et de
développement des énergies renouvelables devra remplacer l’inefficace
“ Plan climat ” adopté par le gouvernement Raffarin.
? Nous
devons agir pour le maintien de la diversité biologique. La publication
d’un diagnostic régulier des espèces en voie de disparition, des sites
gravement pollués et des milieux biologiques menacés devra être rendue
obligatoire.
? Il
faut mettre un terme à l’action des firmes qui imposent la culture des
OGM au mépris de la volonté des peuples et du principe de précaution,
et avec pour seul souci la soumission des agriculteurs aux semenciers.
Les cultures d’OGM en plein champ doivent être interdites, de même que
le développement d’OGM à finalité alimentaire. Dans le même ordre
d’idée, il faudra refuser clairement toute brevetabilité du vivant. Par
respect du principe de la souveraineté alimentaire, la politique
agricole doit remettre en cause les subventions à l’exportation qui
déstabilisent les agricultures du Sud. Cela suppose d’organiser les
relations commerciales internationales sur d’autres bases que celles de
la concurrence généralisée. Les revenus agricoles seront revalorisés,
sans pénaliser le consommateur final, en agissant sur les filières de
distribution.
8. Une autre Europe dans un autre monde
L’Europe
constitue pour nous, collectifs du 29 mai, un enjeu particulièrement
décisif : la signature de la France devra être définitivement retirée
au bas du TCE. Nous proposons que l’Union européenne abolisse la
primauté donnée au principe du respect l’économie de marché, où la
concurrence est libre et non faussée. Les traités actuels qui régissent
l’Union seront abrogés et remplacés par de nouveaux textes fondateurs.
Un processus démocratique et populaire pourvoira à ce remplacement. Sa
méthode (processus constituant, renégociation des traités…) doit être
débattue.
? L’Europe
que nous voulons sera une Europe sociale, qui intègrera les conventions
démocratiques et sociales internationales existantes, énoncera et
concrétisera les droits sociaux fondamentaux, respectera le principe de
non-régression et instituera un droit social européen contre les
logiques de concurrence et de dumping. Des normes de salaire minimum,
de minima sociaux et de droits sociaux fondamentaux, seront fixées
selon des modalités permettant la convergence par le haut. Un budget
communautaire conséquent et une harmonisation des fiscalités du capital
conforteront ces évolutions sociales.
? L’Europe
que nous voulons sera celle de l’emploi, en coordonnant la lutte contre
le chômage et la précarité. À cet effet, le Pacte de stabilité sera
dénoncé et il sera mis fin à “ l’indépendance ” de la Banque Centrale
Européenne, dont les statuts et les missions seront révisés. Une
réduction simultanée du temps de travail permettra de créer des
emplois, tandis que des dispositifs seront instaurés contre les
licenciements collectifs et les délocalisations. Une politique
coordonnée de croissance socialement utile sera impulsée en matière de
grands réseaux transeuropéens de transport et d’énergie, de recherche
et développement des technologies nouvelles, de logement, de rénovation
urbaine, de transports collectifs.
? L’Europe
que nous voulons sera celle des services publics. Les libéralisations
en cours seront stoppées et les conséquences sociales des
libéralisations passées feront l’objet d’une évaluation publique. La
coopération entre les services publics de réseau permettra l’émergence
de services publics européens. Ces services doivent trouver une place
centrale dans le droit fondamental de l’Union et être placés hors du
champ de la concurrence. Cela suppose de les exclure des négociations
commerciales internationales type AGCS.
? L’Europe
que nous voulons impulsera un nouveau type de développement. Une Charte
fixera les ambitions européennes d’un “ alterdéveloppement ” humain,
économe et donc durable. Cela suppose d’agir pour l’expansion du
ferroviaire et de la voie d’eau, la sécurité maritime, la lutte contre
les inondations, les économies d’énergie et l’essor des énergies
alternatives renouvelables, la protection des milieux naturels et
l’amélioration des cadres de vie. En matière énergétique, devront
primer des choix permettant de promouvoir les économies d’énergie, la
diversification des sources et l’énergie alternative renouvelable. La
lutte contre les émissions de gaz à effet de serre fera l’objet
d’objectifs et de moyens pour les atteindre. La maîtrise publique de la
sécurité en matière d’énergie nucléaire sera affirmée.
? L’Europe
que nous voulons sera celle de la relance démocratique. Une nouvelle
Charte des droits et libertés sera élaborée démocratiquement et son
application sera impérative pour tous les États de l’Union. Les
institutions fonctionneront selon le double principe de la souveraineté
populaire et de la subsidiarité. Elles reposeront sur une citoyenneté
européenne élargie, sur des droits d’initiative citoyenne renforcés,
sur un renforcement des pouvoirs du Parlement européen pour réduire les
prérogatives de l’Exécutif, et sur une coopération plus solide avec les
Parlements nationaux.
? L’Europe
que nous voulons sera celle de la solidarité et de la paix. L’Europe
annulera la dette des pays du Sud, augmentera son aide au développement
et reconnaîtra aux pays du Sud le droit de protéger leur appareil
économique. Elle recherchera d’autres modalités de coopération, hors de
tout impérialisme économique, technologique ou culturel. Elle bannira
tout soutien et toute intervention militaire au profit de régimes
dictatoriaux et autoritaires (Afrique…) ; elle coopérera avec les
sociétés civiles. Elle agira partout en faveur du désarmement et de la
paix, de l’abaissement des budgets militaires et d’un processus de
dénucléarisation. Elle se placera en rupture avec la politique
agressive développée par les États-Unis, et s’émancipera du cadre de
l’OTAN, qui ne doit en aucun cas être tenue pour une institution
européenne. Les troupes de pays membres de l’UE intervenant dans ce
cadre sur divers théâtres d’opération (Afghanistan, Irak…) doivent être
retirées. L’Europe refusera la banalisation et l’emploi de l’arme
nucléaire.
? Ainsi
conçue, l’Europe sera un levier pour construire une alternative à la
mondialisation capitaliste, injuste et belliciste. Elle promouvra une
logique de la solidarité qui supplantera l’inégalité croissante qui
résulte de la libéralisation effrénée. Cela suppose de contredire
partout les normes édictées par les multinationales, le G8 et les
institutions financières internationales. Cela implique, entre autres :
de remettre en cause la logique et le mode de fonctionnement de l’OMC ;
de subordonner les normes commerciales aux normes sociales, sanitaires
et environnementales ; de lutter contre les paradis fiscaux et
judiciaires ; d’établir les relations Nord-Sud sur la logique du
codéveloppement, ce qui implique en premier lieu que les peuples et les
nations redeviennent maîtres de leurs richesses naturelles ; d’annuler
la dette ; de refonder les institutions internationales ; d’abonder le
fonds de développement culturel à destination des pays du Sud prévu
dans la Convention pour la diversité culturelle de l’UNESCO.
En s’engageant en faveur de telles orientations, La France constituera
un point d’appui pour tous ceux qui veulent changer l’Europe et le
monde. En effet, la mise en œuvre de ces ambitions ne pourra se faire
par de simples négociations diplomatiques, mais par le déploiement d’un
mouvement populaire européen susceptible de bousculer les résistances
et d’imposer une autre perspective.
VERSION n° 4 au 09 mai 2006.




