03 juillet 2008
Lettre ouverte à M. Nicolas Sarkozy
Lettre ouverte à M. Nicolas Sarkozy (copie pour information)
Monsieur le Président de la République,
Il vous faudra plus
d?un plan de communication pour déjouer les contrecoups des témoignages
accablants que je m?apprête à faire en marge de la présidence française
dans l?Union européenne.
Une majorité de Français vous a porté au
pouvoir, persuadée que vous étiez l?homme de la rupture, comme vous
vous plaisiez à l?affirmer. Haro, disiez-vous, sur l?affairisme
sauvage, la justice de classe et l?Europe monétariste incarnée par
Jean-Claude Trichet. Place, sans tarder, à des valeurs comme le
travail, l?impunité zéro, l?Europe du citoyen et le respect de la
parole de l?Etat, à commencer par celle exprimée en son sommet (sic).
Sauf
que, si l?on s?en tient aux sondages, le credo présidentiel fait de
moins en moins recette auprès du public. Et de mettre tout cela sur le
compte d?un déficit de communication, au dire même de votre entourage.
Et
c?est là qu?intervient le conseiller en communication Thierry Saussez
pour nous vendre l?idée, à grands renforts de spots publicitaires, que
tout cela n?est plus qu?une affaire de temps. Sous-entendu : le train
du changement est en marche pour le plus grand bonheur de tous les
Français ? ou presque. Sauf que la rhétorique va se heurter à
l?évocation de 3 affaires, et non des moindres, que je vais m?efforcer
de rappeler à votre bon souvenir.
1. Vous aviez promis, lettre à
l?appui, l?ouverture d?une enquête sur une affaire présumée de
blanchiment d?argent impliquant la responsabilité de l?actuel président
de la BCE, du temps où celui-ci exerçait à la direction du Trésor. Un
excellent moyen, en somme, de mettre l?intéressé au ban de l?Europe.
Mais voilà que plus de 4 ans après cet engagement formel, l?homme sévit
toujours faute d?enquête véritable. Pourquoi ?
2. Vous m?aviez
certifié, au travers d?une correspondance élyséenne, que tous les
protagonistes de l?affaire Djian, du nom d?un bailleur de fonds du RPR,
seraient poursuivis en justice au regard de tous les faits criminels
qui leur sont reprochés et dont la presse s?est faite largement l?écho.
Seulement voilà, la prétendue instruction à Madame la Garde des Sceaux
n?a jamais été suivie des faits, alors même que la prescription desdits
actes criminels ne saurait être invoquée (cf. acte procédural du
parquet de Paris datant de janvier 2006). Pourquoi ?
3. A plusieurs
reprises, je vous ai fait part de l?opportunité de pouvoir établir, en
France, une fabuleuse plateforme de communication multimédia sur le
thème universel du sport et de la mémoire olympique, un concept visé
par le CIO, qui n?est pas loin d?intéresser les 102 fédérations
internationales regroupées au sein de l?AGFIS, à Monaco. Un concept des
plus ambitieux qui requiert une mobilisation de tous les savoir-faire,
qu?ils soient privés ou publics, pour peu que l?on soit réellement
attaché à défendre le pavillon français. La France qui travaille et qui
entreprend vous a donc tendu les bras. Sans réponse. Pourquoi ?
Imaginez
un instant la colère des Français, lorsque, nonobstant la somme
d?efforts de communication, ils seront durablement acquis à l?idée
qu?on les a roulés dans la farine et qu?on leur a volé l?élection
présidentielle. Imaginez, par ailleurs, la stupeur des citoyens de la
zone euro, lorsqu?ils découvriront que le président de la BCE, celui
qui, au nom d?un euro fort, se plaît à plomber leur pouvoir d?achat,
est en réalité soupçonné d?être impliqué dans une affaire cachée de
recyclage de capitaux ? Inconcevable, dites-vous ? Et, pourtant !
Le
fait de marquer une rupture avec votre prédécesseur suppose que vous
soyez à l?écoute du citoyen, que vous respectiez vos engagements
écrits, que vous mettiez vos actes en conformité avec vos paroles, que
vous placiez toute votre énergie au service de la France qui se lève
tôt et qui entreprend pour porter haut les couleurs du pays. Une bonne
gouvernance aurait donc voulu que vous fassiez vérifier les assertions
et que, dans l?affirmative, vous vous assuriez que les problèmes
soulevés soient réglés dans un cadre institutionnel et républicain,
sans esprit de revanche, de représailles ou d?intimidation.
Libre à
vous de me faire suivre et espionner, pour avoir confirmation du
sérieux de mon propos. En revanche, s?il vous venait à l?idée de me
rencontrer pour discuter ouvertement des choses, alors sachez que j?en
serai fort aise. Vos services savent, d?ailleurs, où me joindre.
En
attendant, je suis dans l?état d?esprit d?un citoyen scandalisé, blessé
et meurtri par ce qu?il sait et par l?attitude incompréhensible et,
pour tout dire irresponsable, qui est la vôtre à mon égard.
Pour ma part, je ne manquerai pas de réitérer ce message, histoire de mieux me persuader qu?il vous parviendra.
Je vous prie d?agréer, Monsieur le Président de la République, mes hommages respectueux et distingués.
Patrick Nitschké
